Mardi, 9 août 2022
• • •
    Publicité

    Festival Massimadi, 14e édition sous le signe de la « guérison-extase »

    La guérison peut être suivie d’une extase, c’est ce que nous souhaitons tous en ces temps de pandémie, et l’art peut en être une des sources. Bien évidemment, Massimadi sera présenté en virtuel, obligeant les organisateurs à revoir une partie de la programmation qui aurait dû se retrouver en salle. Mais finalement, c’est une trentaine de films qui seront accessibles par le Net, avec six longs métrages et quatre moyens métrages.

    Pour celles et ceux qui ne sauraient toujours pas quels sont les bienfaits et les vertus de l’art, la lecture du mot du président du festival Massimadi, Laurent Lafontant, devrait les convaincre. L’art peut nous aider à transcender nos joies comme nos peines et nous amener vers la beauté, bref il peut nous faire grandir tant individuellement que collectivement, comme le conclut Laurent Lafontant dans son mot de présentation : « Enfin, les arts permettent d’aller au-delà des traumas en donnant vie à des mondes qui nous libèrent de nos conditions sociales et des sphères politiques qui cloisonnent nos identités. Ainsi notre thématique de cette année est “guérison-extase” ».

    À travers cette programmation très diversifiée, une place est faite à celles et ceux qui ont marqué l’histoire des communautés LGBTQ afro-américaines avec les deux longs métrages Mama Gloria et Can you bring it. Mama Gloria, de son vrai nom Gloria Allen, est l’icône trans noire de Chicago qui, après avoir subi nombre de discriminations, a créé une école de charme pour les jeunes transgenres, dont la pièce Charm a été tirée. Autre grande figure artistique qui a marqué les années 90 : le chorégraphe Bill T-Jones. Autour de l’une de ses créations les plus emblématiques, D-man in the water, le documentaire Can You Bring it raconte la genèse de la pièce, qui est issue de la crise du sida et du décès de son partenaire Arnie Zane. À travers la danse, Bill T-Jones transfigure la colère, le chagrin, mais aussi l’espoir et la rédemption des émotions, qui habitent la communauté LGBTQ.

    On se penche également sur la question de l’exil, où la survie passe par le changement de pays, un chemin rempli d’embûches et qui ne s’arrête pas au moment de l’arrivée en terre d’asile. Someone Like Me, long métrage canadien, s’intéresse à un demandeur d’asile gai originaire de l’Ouganda et à sa rencontre avec les membres de la communauté queer de Vancouver. Le moyen métrage Above The Trouble Water suit quant à lui trois Nigériens dispersés à travers le monde.

    Si certain.e.s choisissent de quitter leur pays, d’autres préfèrent rester conscient.e.s du danger que cela peut représenter pour elles et eux-mêmes. Avec I Am Samuel, on plonge dans le quotidien de Samuel et de son conjoint Alex pour voir comment ceux-ci trouvent, dans la capitale Nairobi, une communauté et un sentiment d’appartenance, malgré les violences homophobes et les lois kényanes qui criminalisent l’homosexualité. The Legend of Underground nous fait découvrir comment la discrimination opère à tous les niveaux au Niger, en explorant la vie de plusieurs hommes hors normes, qui doivent choisir de vivre dans le danger ou encore de fuir vers des pays plus cléments. Enfin, Ni Aquí/Ni Allá (Nor Here Nor There) poursuit sur le même thème qui explore comment vivre et être accepté par sa famille, cette fois en République dominicaine.

    Il est aussi question d’histoire, d’expériences communautaires et même d’utopie. Chocolates Babies, qui devait être le film d’ouverture en salle du festival, a été tourné en 1996 et s’intéresse à un groupe d’activistes queers racisés à New York, qui s’en prennent aux politiciens conservateurs alors que l’épidémie du sida frappe douloureusement dans les communautés afro-américaines. À Chicago, à la même époque, existait une salle de spectacle LGBTQ noire, un espace de création, mais aussi un lieu de rencontre et de militantisme. Le moyen métrage intitulé Fierceness Served! The ENIKAlley Coffeehouse Documentary présente cet endroit historique, qui a été l’épicentre d’une renaissance culturelle. L’histoire est aussi marquée par des faits divers qui prennent des allures de tragédie, comme le raconte le documentaire Gemmel & Tim. La vie de ces deux hommes a fait les manchettes de la presse californienne. Le premier est mort en 2017 et le second en 2019, les deux à la suite d’une overdose de méthamphétamine, dans l’appartement d’un donateur démocrate et homme d’affaires, Ed Buck, militant LGBTQ. Tous les ingrédients pour en faire une série télévisée. Ce documentaire retrace, à travers des témoignages d’ami.e.s et de proches, le destin de ces deux hommes, Gemmel et Tim. Le festival nous amène vers le passé, certes, mais aussi vers le futur, avec le point de vue utopique de Tracing utopia, où des adolescents queers new-yorkais imaginent ce que pourrait être une vie beaucoup plus sécuritaire dans une société accueillante.

    Impossible de passer sous silence le court métrage haïtien, Massi Wou, de l’artiste et activiste Sanba Yonel, qui rend hommage aux Lwa, dieux et déesses du vaudou qui ont inspiré la révolution. Sanba Yonel aborde le combat des masisi (mot qui désigne les hommes perçus comme féminins et qui est par ailleurs utilisé comme une injure) face aux préjugés et à l’hostilité.
     
    Le festival Massimadi accueille cette année une dizaine de films produits au Canada. Même si les productions en provenance des États-Unis sont encore nombreuses, plusieurs films sont issus d’une coproduction avec des pays où le défi est immense pour celles et ceux qui veulent rendre compte des réalités LGBTQ, comme le Kenya, le Niger, le Botswana, ou encore Haïti. Mais c’est un début et souhaitons que les films soient de plus en plus nombreux, malgré l’adversité et l’intolérance encore si grande.


    INFOS | Festival Massimadi du 11 février au 11 mars 2022
    Pour plus d’infos : Massimadi.ca

    Du même auteur

    SUR LE MÊME SUJET

    LAISSER UN COMMENTAIRE

    S'il vous plaît entrez votre commentaire!
    S'il vous plaît entrez votre nom ici

    Publicité

    Actualités

    Les plus consultés cette semaine

    Publicité