Mardi, 24 mai 2022
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    Quand l’homophobie proscrit le numéro 24 des maillots de soccer au Brésil

    « Je ne suis pas homophobe, mais le 24, pas question ! », lance un supporter de Palmeiras dans un bar de Sao Paulo.

    Au Brésil, les vedettes du ballon rond arborent avec fierté le 10 de Pelé sur leur maillot, mais un autre numéro, le 24, est pratiquement proscrit pour des raisons homophobes.

    Ce préjugé vient du « jogo do bicho » (jeu de la bête), loto clandestin apparu à la fin du 19e siècle dans les rues de Rio, et toujours pratiqué.

    Chaque parieur doit choisir une case représentée par un animal et le numéro 24 est celui du cerf, associé à l’homosexualité dans la culture populaire brésilienne, entre autres parce qu’il appartient aux espèces animales dont les mâles peuvent avoir des relations sexuelles entre eux.

    « Il y a un vrai tabou, même si ça peut sembler fou. C’est un numéro comme un autre, mais les footballeurs (soccer) préfèrent en utiliser un autre pour que leur masculinité ne soit pas remise en cause », explique Bernardo Gonzales, militant et joueur d’une équipe trans de futsal, le Sport Club T Mosqueteiros de Sao Paulo.

    Selon lui, le préjugé s’étend bien au-delà des terrains de foot, dans un pays où les violences homophobes font des ravages.

    Certains hommes refusent par exemple de s’asseoir sur le fauteuil 24 au théâtre ou au cinéma, de vivre dans l’appartement 24 d’un immeuble ou utilisent des bougies 23+1 pour fêter leurs 24 ans.

    Le scandale des Corinthians
    Pour le début de la saison, qui commence en janvier par les tournois régionaux de chacun des 27 États du Brésil, seules quatre des équipes de la première division nationale avaient des joueurs portant le numéro 24 dans leur effectif.

    Et trois d’entre eux sont des jeunes qui viennent de signer leur premier contrat professionnel, comme Kevin Malthus, 19 ans, milieu de terrain de Santos.

    « Ce serait bien que tous les clubs aient un numéro 24. C’est juste un numéro, associé à un préjugé homophobe. Il a pourtant été porté par de grands sportifs, comme Kobe Bryant », star de la NBA décédée il y a deux ans, a souligné Malthus sur le portail d’infos Uol.

    Le numéro 24 le plus célèbre du championnat brésilien actuellement est l’international colombien Victor Cantillo, milieu des Corinthians de Sao Paulo. Il utilisait déjà ce numéro avec son club précédent, Junior de Barranquilla.

    Mais à son arrivée au Brésil, en janvier 2020, le directeur sportif des Corinthians, Duilio Monteiro Alves, avait fait scandale en déclarant, d’un ton blagueur : « pas de numéro 24 ici ». Le dirigeant a finalement présenté ses excuses et le joueur a pu porter son numéro fétiche.

    Le club de Bahia avait lancé la campagne « numéro du respect » et plusieurs joueurs d’autres équipes avaient troqué leur numéro habituel pour le 24 le temps d’un match, comme l’avant-centre Gabigol, de Flamengo.

    Pourtant, deux ans plus tard, les préjugés persistent. L’ONG Grupo Arco-Iris (groupe arc-en-ciel), qui lutte pour le respect des droits de la communauté LGBT, a pointé du doigt récemment l’absence d’un numéro 24 dans l’équipe de jeunes de Flamengo inscrite pour un tournoi des moins de 20 ans. L’association a attaqué le club de Rio de Janeiro en justice, mais l’affaire a été classée, pour absence de preuve d’une quelconque pratique discriminatoire.

    Lors de ce même tournoi, le latéral Jurandir, numéro 24 de l’América Mineiro, a été visé par des chants homophobes de supporters. Même la Seleçao, icône du soccer brésilien, a été éclaboussée par cette polémique.

    Habituellement, le problème ne se pose pas, les équipes nationales étant autorisées à amener seulement 23 joueurs lors des tournois.

    Mais lors de la Copa América disputée l’an dernier au Brésil, chaque équipe pouvait appeler jusqu’à 28 joueurs à titre exceptionnel, en raison de la pandémie de Covid-19.

    Toutes les sélections se sont présentées avec un numéro 24… sauf le pays-hôte. La numération passait directement du 23 du gardien Ederson au 25 de Douglas Luiz, milieu d’Aston Villa. Un autre procès intenté par l’ONG Grupo Arco-Iris a de nouveau été classé sans suite, la Confédération brésilienne ayant argué que le choix des numéros répondait exclusivement à des critères « sportifs ».

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