Lundi, 20 avril 2026
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    À Avignon, Gwenaël Morin, démonte les remparts pour finir le pont, avec «Les Perses»

    Le titre dit tout. Toute guerre est un échec. Nous en faisons le constat chaque jour aujourd’hui. Nombreux ont été les auteurs et philosophes à le démontrer sans que cela ne change. Et Eschyle, au 4e siècle avant J-C en faisait l’éclatante démonstration. Le propos n’a pris aucune ride même s’il fait référence à  des événements anciens. 

    NDLR : Cet été, notre journaliste Denis-Daniel Boullé était au Festival d’Avignon 2025. Voici l’un des textes sur l’une des œuvres inspirantes qui l’ont marqué… lors de son voyage.

    La pièce Les Perses est la plus ancienne de l’histoire du théâtre dont on ait conservé le texte. Une raison supplémentaire de se laisser prendre par cette tragédie. Le metteur en scène Gwenaël Morin, chaque année, crée un spectacle dans le cadre du projet Démonter les remparts pour finir le pont.

    L’image est éloquente. Comment construire des passerelles entre des peuples, des états, des pays et comment détruire les frontières ? À travers le texte emblématique d’Eschyle, une réflexion autour du pouvoir, de la folie de dirigeants, ici un Roi, à se croire investi d’une mission inspirée par l’arrogance, le pouvoir et l’ivresse engendrée par les succès. Un comportement que les Grecs appelaient l’hybris et qu’ils opposaient à la tempérance considérée comme une vertu. 

    Dans une cour (Maison Jean-Vilar) deux cercles entrelacés, tracés au milieu de l’espace, quatre comédien.ne.s habillés comme s’ils allaient prendre un verre au café du coin se répartissent les différents rôles, interprètent en duo le coryphée. Rien d’autre pour nous distraire de l’essence même de la pièce qui est le texte. Le texte et les comédien.ne.s ne sont plus que des vecteurs par lesquels nous devons être interpellés. 

    L’histoire est souvent comme dans les tragédies est simple. À la cour de l’Empire perse, un chœur, rejoint par la mère du roi Xerxès attendent de ses nouvelles. Xerxès se livre à une expédition contre les Grecs. Un messager survient avertissant la reine et la cour que s’est un échec mais que Xerxès est vivant et sera bientôt de retour. La reine se rend sur la tombe de son mari Darius et l’invoque. Darius condamne son fils et lui prédit même une autre défaite. Xerxès revient enfin détruit par son échec et la pièce se termine par de longues lamentations. 

    L’œuvre est difficile mais en prêtant une oreille attentive, elle entre en résonance avec l’actualité. La douleur d’un peuple qui voit une partie de ses hommes mourir au combat, et ironiquement, aurait-on envie de dire pour rien, pour et par la folie d’un homme. Sans tomber dans la haine ou dans la vengeance, sans prendre parti ni pour les Perses ou pour les Grecs, Eschyle expose des faits et laissent entendre les pleurs des victimes, des survivant.e.s, des vaincu.e.s.

    Toute guerre est un échec. Il n’y a pas de vainqueurs, que des vaincus des deux côtés. Comment alors à partir de ce constat, construire une histoire commune, penser un avenir débarrassé des guerres. 24 siècles plus tard, la question se pose toujours, comme si l’Histoire ne nous apprenait rien. 

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