Lundi, 9 février 2026
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    Russell Tovey : «J’espère qu’on ne perdra jamais l’art de flirter»

    Dans Plainclothes, Russell Tovey offre l’une de ses performances les plus sensibles et les plus courageuses. L’acteur britannique, révélé dans Looking*, y incarne Andrew, un New-Yorkais encore dans le placard dans les années 1990, à une époque où la police infiltrait les lieux de drague pour piéger les hommes gais. Fugues s’est entretenu avec Tovey pour parler désir, danger et signaux perdus à l’ère de Grindr.

    Avant les applis, rencontrer un autre homme pouvait comporter de vrais risques. C’est ce contexte qu’explore Plainclothes.

    Qu’est-ce qui vous a donné envie d’incarner Andrew ?
    « Comme toujours, c’est la manière dont c’est écrit. À la troisième page, je me suis dit : “Je dois dire ces mots-là. Je veux habiter cette personne.” »

    Le tournage s’est fait à Syracuse, un endroit que Tovey idéalise depuis longtemps. « C’était magnifique. Le réalisateur tournait chez lui, avec sa famille et ses ami·e·s. Il y avait quelque chose d’incroyablement humain dans cette équipe. »

    Mais c’est surtout Andrew qui l’a happé : « Je suis attiré par les histoires queer, et Andrew ne ressemblait à personne que j’ai joué avant. Son besoin de connexion, sa vulnérabilité… Et j’aimais l’idée d’être un personnage qui facilite la “première fois” de quelqu’un d’autre. »

    Il insiste beaucoup sur cette dynamique : « C’était essentiel pour moi que cette première expérience soit aimante, tendre, sécuritaire. Qu’il n’y ait pas de traumatisme, pas de ghosting — comme on dirait aujourd’hui — rien d’égoïste. Trop de premières fois sont vécues comme ça. »

    Une histoire du passé… qui ressemble étrangement au présent
    Plainclothes suit Andrew et Lucas (Tom Blyth), un policier infiltré chargé de piéger des hommes gais — jusqu’à ce qu’il tombe amoureux de sa cible. Le film, dit Tovey, touche quelque chose de profondément actuel : « Quand les espaces sécuritaires disparaissent et que la représentation est minimale, on pousse les personnes queer vers les marges, dans des situations dangereuses. »

    Il rappelle que l’histoire sur laquelle s’inspire le film est réelle : « Ce qui est effrayant, c’est que ça devrait ressembler à une époque révolue. Mais ça ne semble pas historique. C’est cyclique. Les conversations qui se passent en ce moment au Royaume-Uni, et chez vous aussi, sont franchement terrifiantes. »

    L’importance de revisiter notre histoire queer
    Pour Tovey, il ne s’agit pas seulement d’un film sensuel et chargé de tension : c’est aussi un devoir de mémoire.

    « Connaître notre histoire est impératif. Je suis ici grâce aux personnes — surtout les femmes trans et les personnes trans — qui ont ouvert la voie. J’ai une responsabilité d’amplifier leurs voix, de les citer, de les honorer. »

    Le film touche à quelque chose de générationnel : « On porte un traumatisme collectif. On doit savoir ce qui est arrivé, comment ça a été surmonté, et pourquoi certaines leçons n’ont pas collé. J’espère que les gens auront envie de se renseigner, d’aller plus loin. »

    Et surtout, il veut que le public s’attache aux personnages : « Beaucoup de gens m’ont dit après l’avoir vu qu’ils se demandaient si les personnages allaient bien, qu’ils voulaient qu’ils soient heureux. C’est une histoire magnifique sur l’amour impossible et la nécessité de censurer ses propres sentiments à cause de la société. »

    Flirt, signaux codés et Grindr : a-t-on perdu quelque chose ?
    Le film capte très bien la paranoïa des lieux de drague d’autrefois : regards furtifs, gestes subtils, communication codée.
    Aujourd’hui, tout passe par des applications. Est-ce qu’on a perdu quelque chose ?

    Tovey ne croit pas que le flirt soit mort : « les rencontres en personne, c’est crucial. Je crois toujours à la règle des deux secondes et demie : tu regardes, tu regardes encore, et bang — c’est parti. »

    Il rit : « J’adore la façon dont les personnes queer interagissent dans les espaces sécuritaires. C’est beau. Flirter, rencontrer des inconnus, engager une conversation… Je ne veux pas qu’on perde ça. »

    Et les applis ? « Je n’ai jamais été très dans la culture des apps. Et maintenant, c’est presque impossible pour moi, à un certain point. Mais je suis un fan des connexions réelles. »

    Que veut-il que les gens — queer ou non — retiennent de Plainclothes ?

    « Je veux que les gens découvrent Carmen Emmi, cette voix incroyable. Je veux qu’ils redécouvrent le cinéma indépendant. Ce film a été fait avec presque rien, par des gens passionnés, et il touche les gens profondément. »

    Il tient aussi à ce que le film permette d’ouvrir les horizons : « Je veux que les gens se voient à l’écran. Qu’ils voient ce qui est possible. Que les personnages leur permettent de trouver leur vérité authentique — comme vous l’avez vécu avec Looking*. Les scènes de sexe ici sont universelles : ce sont des histoires humaines. On ressent tous les mêmes choses, on désire tous les mêmes choses.* »

    Et après Plainclothes ? Un rôle dans l’univers de Doctor Who
    Tovey tease aussi un nouveau projet très attendu : « The War Between the Land and the Sea, écrit par Russell T. Davies, une série en cinq épisodes pour Disney et la BBC. C’est un spin-off de Doctor Who. Je joue Barkley, un employé de bureau ignoré de tous qui se retrouve soudain avec une responsabilité énorme.* »

    Il affirme : « Je suis vraiment fier de cette série. Je ne peux pas en dire plus, mais ça porte un message important. »

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