Mercredi, 20 mai 2026
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    À 80 ans, Jean-Paul Daoust fête un demi-siècle de carrière !

    Sortez le champagne, les confettis et les paillettes ! Le plus dandy des poètes québécois multiplie les anniversaires ces jours-ci : son 80e anniversaire de naissance (le 30 janvier 2026), ses 50 ans de carrière littéraire et la parution d’un recueil débordant d’opulence et de jouissance, Escalader la lumière.

    Qu’est-ce que ça signifie pour toi d’avoir 80 ans ?
    Jean-Paul Daoust : Se rendre à 80, c’est déjà avoir beaucoup vécu et voir arriver l’heure des bilans. J’ai encore des projets, mais je suis obligé de choisir maintenant. En même temps, c’est un privilège d’atteindre cet âge en étant relativement en santé. On n’a pas le choix de vieillir. Et vieillir, c’est rester en vie !

    Pour quelles raisons écrivais-tu à tes débuts ?
    Jean-Paul Daoust : Je faisais des propositions de textes qu’on qualifierait de queers aujourd’hui. À l’époque, le mot existait, mais il était utilisé de façon péjorative. Au fil des livres, d’autres dynamiques se sont développées. J’ai exploré le fait de vivre en Amérique francophone, le dandysme, ma vie amoureuse, mon enfance, etc.

    Comment ta plume a-t-elle évolué ?
    Jean-Paul Daoust : Elle s’intéresse moins qu’avant aux grandes envolées dans mes livres. Cela dit, j’ai écrit presque chaque semaine pendant 11 ans pour Ici Première : peut-être que cet aspect de mon écriture s’était réfugié là. Dans mes recueils, comme dans Escalader la lumière, c’est plutôt de courts textes intimistes. Je me suis calmé un peu.

    Quelles sont tes plus grandes fiertés professionnelles ?
    Jean-Paul Daoust : En 1990, j’ai reçu le Prix littéraire du Gouverneur général du Canada. Un de mes textes est souvent étudié dans les cégeps. J’ai écrit sur des sujets très personnels, comme dans Les cendres bleues, où je parle de mon enfance quand j’ai été violé. Avec le temps, on m’a défini comme une sorte de dandy et c’est un personnage que j’assume entièrement. Je le nourris avec plaisir, même si ça me coûte une fortune ! Je me considère un peu comme l’héritier de Baudelaire et d’Oscar Wilde. Certains de mes livres ont fait leurs marques et continuent d’être lus. Un de mes recueils est rendu à sa septième réimpression. C’est énorme en poésie !

    Tu as été un témoin privilégié de l’évolution du monde littéraire québécois. Qu’est-ce qui a changé en 50 ans ?
    Jean-Paul Daoust : Dans les années 1970, il y avait le formalisme qui ne m’a jamais vraiment intéressé. Les poètes décortiquaient les codes du langage. Parfois, c’était assez obscur. Ensuite, le mouvement féministe a pris son élan et continue encore aujourd’hui. On s’intéresse aux voix autochtones qu’on n’écoutait pas il y a 50 ans. On a assisté à une prise en charge de la parole et de notre identité québécoise. Avant, il y avait beaucoup moins de livres ultras intimistes. Et la poésie est encore plus assumée qu’avant.

    Dans ton recueil Escalader la lumière, tu parles de « faire de sa vie une œuvre d’art dans un décor nucléaire de fin du monde ». À quel point est-ce un acte de résistance de vivre ainsi dans l’état actuel de la société ?
    Jean-Paul Daoust : Cette thématique ne correspond pas à l’ambiance actuelle et je trouvais que c’était un pied de nez à notre époque tellement lourde ! On ne sait pas trop ce qui va se passer, mais ça n’augure rien de bon. J’ai voulu écrire un recueil dans lequel j’affirme qu’il y a encore des moments heureux, plaisants et extraordinaires à vivre. L’optimisme est un choix. C’est possible de vivre sans être tout le temps à la remorque des malheurs.

    Tes strophes commencent toutes par « J’aime ». Tu évoques une overdose d’amour, rire à en pleurer, l’espoir qui nargue le cynisme. Es-tu d’un optimisme inébranlable ou c’est de la job pour toi de voir la beauté ?
    Jean-Paul Daoust : C’est ben de la job ! Je ne suis pas un jovialiste, on s’entend. Mais dans le titre, Escalader la lumière, il y a un verbe d’action. J’aime ce mouvement d’action et d’effort pour avancer, comme les gens le font en grimpant les montagnes. C’est un titre assez éloquent de ce qui se passe à l’intérieur du recueil.

    Tu dis snober l’ignorance crasse. Comment peut-on s’en protéger ?
    Jean-Paul Daoust : C’est à chacun de trouver sa méthode. Moi, j’utilise l’écriture, mais ça peut être par les mouvements sociaux ou des prises de position politiques. On a trop tendance à se sentir impuissants, alors que c’est le moment ou jamais de s’exprimer. Mon recueil, c’est une prise de position contre l’ennui et la grisaille.

    Comment entrevois-tu la suite de ta création ?
    Jean-Paul Daoust : Je n’aurai pas le choix de ralentir. Mon corps me parle… et je ne l’ai jamais vraiment ménagé ! Je me réserve des surprises. C’est rare que je refuse de participer à des lectures devant public. J’ai quelques projets devant moi. Et je veux donner plus de place à la lecture ! Il y a plusieurs livres que je veux lire depuis longtemps.

    INFOS | Escalader la lumière., de Jean-Paul Daoust, Poêtes de brousse, 2026, 72 pages.

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