Si vous voyez des personnes costumées faire la fête et défiler dans les rues de Rimouski le 15 mars prochain, ce n’est pas une répétition pour l’Halloween. C’est la continuation d’une tradition médiévale. En 2022, alors que le rythme des festivités reprenait lentement après la fin des restrictions sanitaires, un petit groupe d’artistes queers du Bas-Saint-Laurent ont décidé de faire renaître la tradition de la Mi-Carême, ajoutant une touche de joie queer. Lancée au printemps 2023, la Mi-Carême Queer de Rimouski marquera sa quatrième édition le 15 mars prochain.
Pendant des siècles, en France et dans d’autres pays de tradition catholique, dont le Québec, le carême était synonyme de privations. Pendant 40 jours, du mercredi des Cendres jusqu’au Jeudi saint, on ne mangeait pas de viande ni de produits laitiers et on évitait l’alcool. Sans réfrigération, au mois de mars, l’offre de fruits et légumes n’est pas non plus très appétissante. « Les gens trouvaient ça long », explique Flo Mailhot-Léonard, artiste multidisciplinaire et membre du comité organisateur. « La Mi-Carême était une pause officieuse dans le carême, sans la bénédiction de l’église. Ça se faisait en cachette. Jusque dans les années 60, ça se faisait dans tous les villages du Québec. » Des groupes de voisins, méconnaissables dans leurs déguisements, allaient de maison en maison pour chanter, danser et jouer de la musique, idéalement sans se faire démasquer.
« Faire une pause du carême, c’est faire une pause de tous les diktats et tout ce que ça représente », y compris les diktats de genre, mentionne la co-organisatrice Klo Rancourt-Maltais. « Pour une soirée, on peut être quelqu’un d’autre, ou être son vrai soi. C’est éminemment queer, à cause de ça. » Avec la Révolution tranquille, le bruit des soirées costumées cachées s’est estompé peu à peu au Québec. « Quand les gens ont cessé de faire le carême, ils voyaient moins la pertinence de faire une pause à quelque chose qu’ils ne faisaient plus », dit Flo. La tradition perdure dans quelques communautés isolées, dans Charlevoix, sur la Côte-Nord, aux Îles-de-la-Madeleine et en Acadie. Pour faire renaître la tradition à Rimouski, les organisateur.trice.s ont d’abord dû expliquer ce que c’était — à part quelques personnes avec des proches aux Îles, peu de gens en avaient entendu parler. Mais une fois les explications données, « tout le monde a embarqué », dit Flo Mailhot-Léonard, qui, comme ses co-organisateur.trice.s, est aussi impliquée dans l’organisation du FestiQueer. Le groupe a eu peu de difficulté à recruter une demi-douzaine de personnes pour accueillir une joyeuse fanfare costumée chez eux et une trentaine d’artistes.

La tenue d’une exposition sur la Mi-Carême au Musée régional de Rimouski, coordonnée par Mailhot-Léonard et le FestiQueer, a contribué à faire connaître le festival. Le parcours varie d’année en année. Les festivaliers et festivalières sont accueilli.e.s dans des résidences privées et le groupe tente d’incorporer au parcours une résidence pour aîné.e.s et un lieu public. Les spectacles ambulants mélangent musique, danse, théâtre, arts du cirque et improvisation. « Les équipes [d’artistes] ont la liste des maisons, puis ils vont où ils veulent quand ils veulent. Il y a des équipes qui se croisent ; une fois, il y a eu un jam de musique géorgienne et trad québécoise », se souvient Flo Mailhot-Léonard, passionnée de musique et gigueuse et chanteuse dans le groupe de musique traditionnelle québécoise féministe Germaine. « Il y a beaucoup d’ouverture à la spontanéité. »
« La première année dans le salon chez mes amis, quand justement on a vu des personnes performer, puis on ne savait pas c’était qui, il y avait quelque chose de vraiment fun et excitant un peu, de deviner qui était sous ce costume, qui était comme une espèce de ballon d’exercice troué avec plein de morceaux de bois, puis des mains », s’enthousiasme Agastache Fortin, qui s’est joint.e au comité organisateur après la première édition. « C’était à la fois terrifiant et drôle, très étrange. Je me suis vraiment reconnu.e là-dedans. » Les membres du comité organisateur souhaitent créer une nouvelle tradition, où tout le monde pourra se sentir inclus.e, à la fois dans la communauté queer et en dehors. Pour participer à l’édition 2026 de la Mi-Carême Queer de Rimouski, comme artiste, bénévole, hôte ou
festivalier.ère, la préinscription est requise. Le Mi-Carême Queer aura lieu le 15 mars, dans le cadre du FestiQueer 2026 qui se tiendra à Rimouski tout le mois de mars. Outre le Mi-Carême, notons une série d’ateliers (écritures, autodéfemnse, théâtre corporel), projections de films, une exposition, un show de drag, une soirée rave, un bingo, une soirée «À vos chattes» et bien plus.
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