Mercredi, 22 avril 2026
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    C’est l’heure d’aimer pour le chanteur Dee Joyce

    Le chanteur R&B Dee Joyce a lancé en avril L’heure d’aimer, un troisième album où il ne cache pas son côté romantique et sensuel. Celui qui aspire à être un « performer » comme Usher souhaite, par la sortie de cet album, s’exposer et s’afficher comme « prenant part » aux luttes LGBTQ+, « aussi pour les communautés racisées ».

    L’heure d’aimer est un album romantique. Qu’est-ce qui t’attire dans le fait d’être romantique ? Trouves-tu que c’est difficile d’être romantique quand tu es queer ?
    Dee Joyce : Je me considère comme très romantique, un passionné de l’amour, amoureux de l’amour ! Depuis l’enfance, je n’ai pas eu la chance de voir de beaux schémas de bel amour, de couples qui durent, puisque je suis issu d’une famille où il y a eu des divorces, de la violence conjugale. Donc je n’ai pas été baigné dans l’amour, hormis l’amour que ma mère m’a donné et qu’elle me donne toujours. Pendant longtemps, à cause de ces schémas familiaux, dans ma sexualisation et dans mes premières relations amoureuses, je me laissais de côté et je rêvais d’un amour qui ne venait jamais.

    C’est à partir du moment où j’ai pris conscience qu’il fallait que je me choisisse, que je travaille sur moi, que j’accepte aussi la part de solitude que j’ai pu être ouvert à accepter l’amour, à donner de l’amour en retour et à trouver l’amour véritable. Dans notre communauté queer, c’est difficile, parce que toute notre éducation amoureuse/sexuelle passe par les réseaux sociaux, les applications comme Grindr, ce qui nous donne une fausse appréciation de ce qu’est la relation humaine. L’heure d’aimer, c’est à la fois une déclaration d’amour envers la personne qu’on aime, mais aussi envers soi-même.

    De ce que j’ai compris, cet album n’est pas un coming out, mais, en tout cas, une affirmation de ta queerness publiquement ?
    Dee Joyce : Effectivement, le terme « coming out » n’est pas tout à fait ça. J’ai vu une émission sur ICI TOU.TV qui s’appelle Pa t’mentir, où une dame disait qu’elle ne fait pas de « coming out », elle fait un « coming in » : elle invite les personnes à venir entrer dans son univers. Ma famille est au courant, au travail tout le monde est au courant, mes amis, mon entourage musical, tout le monde sait : ce n’est pas un coming out. Mais, musicalement, j’avais besoin d’être encore plus entier et de continuer à livrer des parts de moi. Dans mon premier album, c’était ma quête de l’amour, dans le deuxième, c’était la violence conjugale. Là, je me livre à 100 % parce que je sens que je suis dans un environnement propice à être encore plus moi-même.

    Il y a de plus en plus de personnalités queers dans l’univers du R&B, mais cela semble être encore timide du côté de la francophonie. Comment expliquerais-tu ce phénomène ?
    Dee Joyce : C’est un constat qui est dommage, mais qui est nourri par tous ces schémas hétéronormatifs qui font que les gens ne veulent pas être out. En même temps, il y a peut-être cette peur de perdre de l’audience, d’être rejeté. Il y a plus de femmes queers qui s’assument, mais des artistes hommes dans la francophonie R&B, j’en connais presque pas. Frank Ocean et Khalid ont fait leur coming out, on a au Québec Kaytranada… Je sens que [dans la francophonie] ça s’en vient et de voir ces représentations, ça nous donne encore plus l’envie de le faire. Moi, on m’a facilité la tâche parce qu’il y a des artistes comme Kaytranada ou Khalid. S’il n’y avait personne, est-ce que j’aurais pris ce lead de le faire ? Certains ont tracé la voie et je me dis que si je peux être une personne qui fait ce chemin pour en aider d’autres à le faire, pourquoi pas.

    La lutte contre la violence conjugale est un combat qui est très important pour toi.
    Peux-tu nous expliquer pourquoi ?

    Dee Joyce : C’est un combat, à la base, que je faisais uniquement par vengeance, parce que j’ai grandi dans la violence conjugale. Mon beau-père était l’auteur de toute la violence à la maison depuis que je m’en souvienne, de 3 ans jusqu’à 12 ans, quand ma mère a enfin divorcé. J’avais juste envie, à la base, de faire une chanson en hommage à ma mère. Elle est toujours vivante, tout va bien, elle vit sa meilleure vie maintenant.

    Quand je lui ai fait cette chanson-là, j’ai envoyé le projet dans le groupe de famille en disant que je voulais l’afficher pour me venger. Sauf que, quand j’ai rencontré des organismes féministes et différentes associations, je sentais qu’il y avait un besoin de prendre cette parole d’enfant parce qu’on n’entend pas beaucoup la version des enfants qui vivent la violence conjugale. De là, j’ai rencontré des personnes incroyables.

    C’est pour ça que j’en ai fait ensuite tout un album complet, Grand Garçon. Je parle de tout mon parcours de vie en tant que garçon victime, jusqu’à la résilience. C’est devenu un projet thérapeutique : ça m’a guéri, ça m’a encore plus rapproché de ma mère. J’avais l’impression que toutes les femmes que je rencontrais, c’étaient des bouts de ma mère, des personnes fortes, des femmes fortes, résilientes. Maintenant, je suis un activiste, mais plus en propageant l’amour. Mon but maintenant, c’est juste de propager l’amour : aimez-vous les uns les autres, reconnectez-vous. On a besoin de ça.

    INFOS | L’heure d’aimer de Dee Joyce s’écoute sur les plateformes où l’ont peut entendre de la musique. Pour suivre Dee Joyce, «deejoycemusic sur Instagram, Facebook et TikTok

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