Jeudi, 23 avril 2026
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    El Mehdi, foncer malgré l’adversité

    Né au Maroc et ayant grandi à Montréal, le chanteur El Mehdi offre une musique singulière qui allie la musique maghrébine aux sonorités pop. En janvier, l’artiste a dévoilé un premier EP, SALAM. Et, visiblement, il ne compte pas s’arrêter là, lui que l’on pourra bientôt trouver au cinéma dans le film marocain L’Héritier des secrets de Mohamed Nadif, qui explore entre autres la transidentité.
     
    Comment s’est déroulée la sortie de ton premier EP, SALAM ?
    El Mehdi : Sincèrement, en général, je me concentre quand même beaucoup sur le positif, mais je mentirais si je disais que ça n’a pas été difficile pour moi, autant d’un point de vue personnel que professionnel. Cet EP-là, c’était un peu comme mon vrai coming out, je dirais. C’est vraiment là où j’ai décidé de mettre de l’avant autant mes racines que mon identité, sans aucun compromis, sans sacrifice. Et ça a fait beaucoup de flammèches. J’ai reçu des vagues de haine sur les réseaux sociaux pour ça: des menaces de mort dans mes DM, vraiment des trucs affreux que je recevais constamment. Je m’y étais un petit peu préparé, je bouscule quand même des codes qui ne sont pas souvent touchés, surtout au Maroc, mais ce n’est pas toujours évident à gérer.

    Donc ça a été une sortie douce-amère ?
    El Mehdi : Parfois, la haine crie plus fort que ce qu’on peut recevoir comme amour, mais, en même temps, ce que j’ai beaucoup remarqué avec ce projet-là, c’est que, dans les commentaires, ça allait être super agressif, mais en message privé, j’allais recevoir tellement d’amour. Il y a une personne qui m’a même dit qu’elle avait peur de me suivre sur les réseaux sociaux parce qu’elle ne voulait pas que les gens voient qu’elle était associée à moi. C’est fou de voir à quel point la haine se sent autorisée à monopoliser l’espace public. Les autres vivent plus en silence. C’est un peu ce que j’essaie de faire avec mon projet : essayer de rééquilibrer ça pour qu’on puisse, à un moment donné, vivre, tout simplement.

    Est-ce que tu as un regret d’avoir sorti cet EP ?
    El Mehdi : Impossible ! Jamais de la vie ! C’est quelque chose que je dis souvent : mais je
    ne pense pas, moi, dans ma vie, dans mon existence, pouvoir vivre le monde auquel j’aspire, mais ce qui est important pour moi, c’est de contribuer à ce que ça change. Parce que ça m’a pris la majeure partie de ma vie pour réussir à déconstruire tellement de choses, avant de pouvoir réellement commencer à construire… Je me dis que s’il y a beaucoup de personnes qui sont encore dans ma situation, il faut juste, à un moment donné, faire en sorte que ça bouge et que ça change pour que les générations après nous n’aient pas à passer par tout ça.

    Comment as-tu découvert ton style de musique ? Est-ce que c’est venu instinctivement ?
    El Mehdi : C’est vraiment venu de manière très instinctive. J’ai eu plusieurs influences.
    J’ai grandi avec beaucoup de musique marocaine, arabe, amazighe. Mon père est Amazigh [Autochtone d’Afrique du Nord, NDLR]. J’ai grandi avec ça, et avec beaucoup de musique française du côté de ma mère (Dalida, Mireille Mathieu, Johnny Hallyday). Par la suite, moi, j’ai découvert beaucoup la musique pop, les divas pop : Shakira, Kylie Minogue, Lady Gaga, les Pussycat Dolls. C’est des choses qui ressortent naturellement quand j’écris, quand je compose. J’overthink beaucoup de choses dans la vie, mais pas mon processus créatif musical.

    Vois-tu parfois des liens entre la culture queer et la culture maghrébine ou arabe ? Est-ce que tu fais des ponts entre ces deux-là ?
    El Mehdi : Tout ce que je fais, c’est de faire des ponts entre ces deux cultures-là, parce que c’est un peu ça que j’essaie de créer : une représentation que moi, je n’avais pas nécessairement en grandissant et qu’on ne voit pas beaucoup en ce moment. J’ai envie d’habiter ma culture, mais sans sacrifier qui je suis, et vraiment essayer de créer cet espace-là pour que d’autres personnes puissent se reconnaître là-dedans aussi et qu’elles ne sentent pas qu’elles aient à délaisser leur culture pour pouvoir être queer ou  embrasser leur identité. J’ai envie de montrer que c’est possible de faire les deux et qu’on n’a pas besoin de sacrifier ni l’un ni l’autre. Parce que c’est hyper déchirant, ça laisse des blessures, c’est comme laisser tomber une moitié de nous.

    Tu es de la distribution du film L’Héritier des secrets. Est-ce que c’est un monde qui t’intéresse aussi, l’interprétation ?
    El Mehdi : Ça s’est vraiment fait par hasard, je n’ai jamais été à la recherche active de ça. J’aime beaucoup le cinéma en général. Dans mes clips, je suis impliqué autant devant que derrière la caméra, donc je suis beaucoup en contrôle. Là, il m’a fallu lâcher prise pour ce film. J’ai beaucoup aimé l’expérience et je suis prêt à en faire d’autres. Ce qui m’a le plus interpellé, c’est vraiment le sujet. C’est pour ça que je me suis lancé. Chaque petit pas qu’on peut faire, personnellement encore plus du côté de ma culture, pour vraiment apporter du changement, j’ai envie d’y participer. Peu importe la haine. Si on ne bouge pas, ça ne changera jamais. Toutes les occasions qu’on a de faire bouger les choses, j’essaie de les prendre.

    INFOS | SALAM de El Mehdi disponible sur les plateformes musicalesé On verra aussi El Mehdi dans le film L’Héritier des secrets de Mohamed Nadif, une co-production entre le Maroc et le Québec, qui sera distribués au Canada par Filmoption. La date de sortie est fixée au 7 août 2026.

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