Vous les avez peut-être déjà vues, et même revues, sur les réseaux sociaux et à la télé : quatre petites vidéos d’une minute tout au plus nous plongent dans les parcours d’autant d’individus à travers la ville. En quelques secondes, on découvre qui sont ces êtres engagés, authentiques, sereins dans leurs choix de vie et dans leur volonté de sensibiliser le monde aux diverses orientations sexuelles et identités de genre.
Produite par le Conseil québécois LGBT (CQ-LGBT), en étroite collaboration avec Cossette Communications, cette campagne de sensibilisation s’appelle simplement « Les Marches de la Fierté ». Encore aujourd’hui, à Montréal, au Québec et au Canada, même dans des lieux pourtant dits « ouverts » et protégés par les lois et les chartes, il faut du courage pour une personne queer afin de s’assumer pleinement, alors que les discours haineux se font de plus en plus entendre sur les réseaux sociaux, dans les écoles, etc. Quatre visages, quatre parcours, quatre environnements…
Chacha Enriquez
Enseignant.e en sociologie et activiste, Chacha a participé à la manifestation du 21 octobre 2023 pour « protéger la jeunesse trans et l’éducation sexuelle inclusive ». « On était un millier face à une centaine de transphobes. » Iel voyait que c’était bien là « toute une communauté qui luttait ensemble », et cela l’a encouragé.e à poursuivre cette lutte. Iel fait un podcast appelé « Tout le monde est rendu queer », qui vise à contrer la haine.
Chacha vient d’un parcours où, auparavant, iel devait cacher qui iel était, restreindre son côté féminin et même « devenir homophobe », mais iel s’est libéré.e de ces liens en participant à des groupes queers et en s’organisant politiquement. Chacha Enriquez marche sur Sainte-Catherine Est, en direction de Fullum.
Samya Lemrini
Femme, arabe et queer, Samya avait participé au défilé de la Fierté il y a quelques années, mais ne connaissait presque personne. Elle a été déçue par ce qu’elle appelle l’institutionnalisation de cette grande marche. « Je cherchais un sentiment d’appartenance. J’ai compris que je ne cherchais pas seulement une fête. »
L’an dernier, avec des ami.e.s, elle a coorganisé la première Wild Pride – La Fierté indomptable. Elle se demandait : « Qui manque encore à la fête ? » Il s’agissait pour elle de créer un espace « pour les personnes queers, arabes, racisées, trans, migrantes ».
« Un espace pour que d’autres n’aient plus à chercher leur place. Une marche née de la résistance. » Samya Lemrini, quant à elle, fait une promenade près de la Place des Arts.

Javier Léon
Originaire du Mexique, Javier voit, à l’adolescence, deux hommes se tenir par la main dans un parc. Il se dit alors que cela est possible ici. Que cela est accepté, que cela est normal. « Pour la première fois, je n’avais pas honte de qui j’étais. Pour la première fois, j’avais le droit de décider qui je voulais être. » Il découvre qu’il y a une ouverture à l’homosexualité.
« J’ai émigré, j’ai galéré, je me suis adapté, mais j’ai surtout découvert le vrai Javier et, pour cela, je serai toujours reconnaissant envers Montréal. » Il avait une immense envie d’un nouveau départ. Il avait 15 ans lorsqu’il a mis les pieds à Montréal pour la première fois. Javier Léon retourne sur ses premiers pas dans la métropole, dans le quartier près du métro Atwater.
Lyraël Dauphin
Sa marche, c’est d’aller à la pharmacie chercher, pour la première fois, ses bloqueurs de testostérone. « C’est pas juste des bloqueurs, c’est tout, tout ce qu’il me faut pour commencer le parcours. Enfin, je vais vivre », dit-elle presque poétiquement. Elle marche pour tuer le temps, le temps qu’il faudra pour que le personnel de la pharmacie prépare ses médicaments. Elle se demande si elle « arrivera à vieillir heureuse et épanouie », comme cette femme trans qu’elle rencontre souvent dans son quartier et qui est radieuse avec ses grands chapeaux… Lyraël Dauphin se déplace dans le quartier Rosemont.

Contrer la haine
« Il y a quelques jours, nous étions dans un drive-through avec ma copine. Un homme s’est approché de la voiture, il nous a regardées et il a craché par terre et sur l’auto », dit Chris Bergeron, vice-présidente, Contenu de marque, chez Cossette Communications et membre du comité diversité de cette firme.
C’est une forme de violence. « On voit comment la haine peut s’exprimer au quotidien », continue-t-elle. Même si les deux conjointes n’ont pas été elles-mêmes attaquées physiquement, la haine était bien présente.
« Cette campagne est un bel adon. C’est la troisième année que notre comité diversité œuvre à une campagne de sensibilisation, poursuit Chris Bergeron. L’an passé, les gens s’en souviennent peut-être, c’était “L’effet papillon”. Chaque année, on fait quelque chose de créatif. On voulait faire quelque chose lorsque le Conseil québécois LGBT nous a contactés et ça nous a tout de suite intéressés de collaborer à une telle campagne. »
Mais cette campagne n’a pas été montée que par les membres du comité diversité de Cossette. « Fany Thourain et Souléman Diallo sont les deux créatifs allié.e.s qui ont travaillé sur la campagne avec Chris [Bergeron] », nous dit Paula Rossi, qui est chargée de projet (stage) au CQ-LGBT.
« Les créatifs allié.e.s ont ressenti que l’espace était moins sécuritaire pour les personnes LGBTQ+. Les marches de la Fierté sont importantes, elles produisent un effet de nombre, mais les marches des gens LGBTQ+ se font au quotidien et le courage de s’affirmer se vit également au quotidien. C’est ce qui a inspiré cette campagne-ci », explique Chris Bergeron.
« Au Québec, marcher dans la rue n’a pas le même poids pour tout le monde. Alors que l’homophobie et la transphobie connaissent une recrudescence préoccupante, plus d’une personne trans sur deux (53 %) évite encore activement l’espace public par crainte d’être harcelée ou agressée. Ce chiffre alarmant nous rappelle une réalité crue : sortir de chez soi, tenir la main de la personne aimée ou prendre l’autobus en s’assumant demeure, aujourd’hui encore, un acte de courage au quotidien », peut-on lire dans le communiqué.
Les Marches de la Fierté ne sont pas qu’une campagne, c’est aussi une plateforme interactive, lesmarchesdelafierte.ca, qui cartographie les récits intimes et les trajectoires d’émancipation des membres de la communauté 2ELGBTQIA+ dans les rues de Montréal.
« Il y a déjà plus d’une quinzaine de personnes qui ont inscrit leurs propres récits, leurs propres expériences de marches sur le site, et c’est ce qu’on voulait : que ce soit participatif », souligne Chris Bergeron.
En tout, une cinquantaine de personnes ont travaillé sur Les Marches de la Fierté, y compris sur le site Web. « Nous avons aussi la collaboration de plusieurs diffuseurs, comme Radio-Canada ou Affichage Sauvage, entre autres [en plus des réseaux sociaux]. Cela nous procure une grande visibilité et représente plusieurs milliers de dollars en diffusion gratuite pour cette campagne-là », affirme Chris Bergeron.
Alors, allez-y et racontez vous-mêmes vos propres marches quotidiennes ou hebdomadaires, celles que vous faites et que vous assumez pleinement en tant que personnes LGBTQ+.
INFOS | https://lesmarchesdelafierte.ca

