Mardi, 25 août 2026
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    Dolly Parton s’éteint à 80 ans : la communauté LGBTQ+ perd une icône et une alliée

    Dolly Parton, légende de la musique country, autrice-compositrice, actrice, femme d’affaires et philanthrope, est décédée ce mardi 25 août à Nashville, au Tennessee. Elle avait 80 ans. Derrière les perruques blondes vertigineuses, les strass, l’humour et des chansons devenues universelles, elle laisse une œuvre immense. Pour plusieurs générations de personnes LGBTQ+, elle laisse aussi le souvenir d’une alliée qui, bien avant que cela devienne relativement courant dans l’industrie du divertissement, avait choisi de parler d’acceptation plutôt que de jugement.

    La nouvelle de son décès a été annoncée par sa famille. Son neveu Bryan Seaver, qui a également dirigé sa sécurité pendant plus de deux décennies, a expliqué que Dolly Parton lui avait elle-même demandé, des années auparavant, d’être celui qui annoncerait un jour sa disparition.

    Elle est morte paisiblement à Nashville. Aucune cause précise n’a été rendue publique.

    Il serait facile d’expliquer le statut d’icône gaie de Dolly Parton uniquement par son apparence : les perruques blondes démesurées, les talons vertigineux, les tenues couvertes de brillants et cette féminité assumée jusqu’à la caricature. Bref, tout ce que la culture queer sait reconnaître et transformer en « camp ».

    Mais l’histoire d’amour entre Dolly et le public LGBTQ+ allait beaucoup plus loin.

    « Aimer les gens comme ils sont »

    Pendant des décennies, Dolly Parton a défendu une idée d’une simplicité presque désarmante : chacun devrait pouvoir être qui il est sans être jugé.

    À une époque où une bonne partie de l’industrie country entretenait des rapports pour le moins difficiles avec les réalités LGBTQ+, elle n’a jamais caché la présence de personnes gaies et lesbiennes parmi ses proches, ses collègues et son public.

    En 1991, dans la chanson Family, tirée de l’album Eagle When She Flies, elle évoquait déjà positivement l’homosexualité dans un texte consacré aux différences qui peuvent exister au sein d’une famille. Dans l’univers très conservateur de la musique country du début des années 1990, le geste était loin d’être anodin.

    Interrogée en 2009 par Joy Behar sur l’importance de son public gai, elle expliquait que les personnes LGBTQ+ savaient particulièrement bien ce que signifiait se sentir différentes et devoir lutter pour être acceptées.

    Son principe était simple : permettre aux gens d’être eux-mêmes et les aimer tels qu’ils sont.

    Elle avait d’ailleurs une manière très Dolly Parton de parler du mariage entre personnes de même sexe. Lorsqu’on lui demanda si les couples homosexuels devraient avoir le droit de se marier, elle répondit avec son humour caractéristique qu’ils devraient évidemment pouvoir le faire — et « souffrir comme nous tous ».

    Derrière la boutade, la position était sans ambiguïté : les couples de même sexe devaient avoir les mêmes droits que les autres.

    Une alliée dans un univers qui l’était beaucoup moins

    Cette fidélité envers son public LGBTQ+ prend une autre dimension lorsqu’on la replace dans le contexte de ses origines et de sa carrière.

    Dolly Parton était profondément attachée à ses racines du Tennessee, à la musique country et à sa foi chrétienne. Elle n’a pourtant jamais accepté que la religion serve à condamner les personnes LGBTQ+.

    Elle répétait qu’il ne lui appartenait pas de juger les autres et estimait que Dieu avait créé les gens tels qu’ils étaient.

    Son parc d’attractions Dollywood a lui-même été associé à des rassemblements de visiteurs LGBTQ+ surnommés « Gay Days », ce qui lui a valu au fil des années des critiques provenant de certains milieux religieux et conservateurs. Sa réponse aux controverses demeurait remarquablement constante : elle aimait tout le monde.

    Cette capacité à ne pas renier ses racines tout en refusant l’intolérance explique sans doute une partie de l’affection particulière que lui vouaient ses admirateur·rices LGBTQ+.

    Dolly Parton ne demandait pas aux personnes différentes de devenir plus discrètes pour être acceptées. Elle avait plutôt tendance à célébrer cette différence.

    Et venant d’une femme qui avait elle-même construit toute sa carrière en refusant de devenir plus discrète, le message avait une certaine cohérence.

    De la pauvreté des Smoky Mountains au statut de légende

    Née le 19 janvier 1946 dans le comté de Sevier, au Tennessee, Dolly Rebecca Parton était l’une des 12 enfants d’une famille très modeste des Smoky Mountains.

    Elle commence très jeune à chanter et à écrire des chansons avant de partir pour Nashville. La suite appartient à l’histoire de la musique populaire.

    JoleneCoat of Many ColorsHere You Come Again9 to 5Islands in the StreamI Will Always Love You.

    Cette dernière chanson connaîtra d’ailleurs une deuxième vie phénoménale grâce à une autre immense icône adorée du public LGBTQ+, Whitney Houston, dont la version enregistrée pour The Bodyguard est devenue l’une des interprétations les plus célèbres de l’histoire de la pop.

    Mais réduire Dolly Parton à ses chansons serait encore passer à côté d’une partie du personnage.

    Elle s’est imposée au cinéma, notamment dans 9 to 5, aux côtés de Jane Fonda et Lily Tomlin, puis dans Steel Magnolias. Elle a créé Dollywood, bâti un véritable empire commercial et réussi à traverser les décennies en demeurant étonnamment présente dans la culture populaire.

    Sa carrière s’est étendue sur sept décennies, avec plus de 100 millions de disques vendus et une quantité impressionnante de récompenses et de records. Elle a été intronisée aussi bien au Country Music Hall of Fame qu’au Rock and Roll Hall of Fame.

    Une générosité qui dépassait les projecteurs

    Son héritage dépasse toutefois largement la scène. Dolly Parton a consacré une partie considérable de sa fortune à des initiatives en éducation, en santé et en aide aux victimes de catastrophes.

    Créée en 1995, sa Imagination Library a distribué des centaines de millions de livres gratuitement à des enfants afin de favoriser l’apprentissage de la lecture. Elle a également soutenu la recherche médicale et différentes causes sociales.

    Cette générosité contribuait elle aussi à son image singulière : derrière l’autodérision, les tenues extravagantes et la redoutable femme d’affaires se trouvait une personnalité qui semblait avoir fait de la bienveillance une sorte de principe directeur.

    Plus que des strass et des perruques

    Pourquoi Dolly Parton comptait-elle autant pour le public LGBTQ+? Bien sûr, il y avait les perruques. Les robes. Les seins dont elle plaisantait elle-même constamment. Les répliques assassines prononcées avec un sourire angélique. Jolene, devenue pratiquement incontournable dans les karaokés. Et cette aptitude exceptionnelle à être simultanément totalement sincère et délicieusement excessive.

    Mais cela ne suffit pas à expliquer l’affection qu’elle suscitait. Dolly Parton est devenue une véritable icône queer parce qu’elle incarnait quelque chose de profondément familier pour plusieurs personnes LGBTQ+ : la possibilité de transformer ce qui vous rend différent en ce qui vous rend unique.

    Elle avait choisi d’exagérer tout ce qu’on aurait pu lui demander d’atténuer. Trop blonde? Encore plus blonde. Trop maquillée? Davantage de maquillage. Trop country? Absolument country. Trop Dolly? Jamais assez.

    Cette façon de revendiquer sa propre identité faisait écho à des générations de personnes à qui l’on avait demandé, d’une manière ou d’une autre, de se faire plus petites pour mieux se fondre dans le décor.

    Et surtout, elle avait accompagné cette extravagance d’un message constant : les autres avaient eux aussi le droit d’être pleinement eux-mêmes. Dolly Parton n’était donc pas seulement une icône gaie parce qu’elle était fabuleuse. Elle l’était parce qu’elle nous rappelait que nous avions, nous aussi, le droit de l’être.

    À 80 ans, Dolly Parton laisse derrière elle des chansons qui continueront certainement d’être chantées pendant des générations. Quelque part, Jolene continuera de faire lever une salle entière dès ses premières notes. Quelqu’un découvrira 9 to 5. Une autre personne entendra pour la première fois I Will Always Love You.

    Les strass finiront peut-être par perdre un peu de leur éclat. Les chansons, elles, resteront. Et le message aussi : ne pas avoir peur d’être exactement qui l’on est.

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