La doctrine catholique concernant les personnes gaies et trans ne changera pas « dans un avenir prévisible ». C’est le message livré par le pape Léon XIV dans ce qui constitue sa première grande entrevue publique depuis son élection, selon des extraits d’une biographie à paraître en anglais au printemps.
Premier pape né aux États-Unis, élu l’an dernier, Léon XIV s’est confié à la journaliste Elise Ann Allen pour son ouvrage Leo XIV: Citizen of the World, Missionary of the XXI Century, publié en espagnol en septembre dernier. Des passages diffusés récemment par le quotidien italien La Repubblica révèlent que le souverain pontife considère la question LGBTQ+ comme « hautement polarisante » au sein de l’Église.
« Je dois avouer que la question reste en arrière-plan de mes pensées parce que, comme nous l’avons vu au Synode, au sein de l’Église tout thème lié à la réalité LGBTQ est hautement polarisant », aurait déclaré Léon XIV. « Pour l’instant, en cohérence avec ce que j’ai essayé de vivre et de témoigner comme pape à ce moment de l’histoire, j’essaie de ne pas alimenter la polarisation dans l’Église. »
Un héritage de François… avec des limites
Le pape semble faire référence au Synode sur la synodalité de 2024, un processus de consultation mondiale qui avait suscité la controverse en omettant de nommer explicitement les personnes LGBTQ+ dans un document portant sur l’accueil au sein de l’Église.
Léon XIV affirme vouloir poursuivre l’approche pastorale de son prédécesseur, le pape François, qui prônait un ton plus inclusif sans modifier l’enseignement doctrinal. « Tout le monde est invité, mais pas en tant qu’expression ou non-expression d’une identité particulière. J’invite une personne parce qu’elle est un fils ou une fille de Dieu », aurait-il expliqué. « Les gens veulent que la doctrine change et que les attitudes changent : je crois que nous devons d’abord changer les attitudes avant même de penser à modifier l’enseignement de l’Église sur une question particulière. »
Dans les faits, le pape maintient la ligne traditionnelle : le mariage religieux demeure réservé aux couples hétérosexuels. Il a toutefois conservé la politique instaurée sous François permettant aux prêtres de bénir des couples de même sexe, sans reconnaître ces unions comme des mariages au sens sacramentel.
« L’enseignement de l’Église restera tel quel et, pour l’instant, je n’ai rien de plus à ajouter sur ce point », aurait-il ajouté, soulignant que les prêtres accueillent en confession « des personnes de toutes sortes, avec toutes sortes de situations de vie ».
Une position attendue, mais critiquée
Avant même son élection, Léon XIV s’était montré critique envers les médias occidentaux qu’il accusait, en 2012, de favoriser une « sympathie » envers le « mode de vie homosexuel » et les « familles alternatives ». Ces déclarations avaient suscité des inquiétudes chez plusieurs groupes catholiques progressistes.
Pour Elise Ann Allen, le pape chercherait surtout à calmer le jeu dans une Église traversée par de profondes divisions internes. « Il essaie de ne pas accentuer la polarisation. Il veut faire baisser la température », a-t-elle expliqué au balado Busted Halo. « Il souhaite que les gens respirent, se calment un peu et se concentrent sur l’essentiel, c’est-à-dire le cœur du message de l’Évangile. »
Entre ouverture pastorale et blocage doctrinal
Les propos du pape Léon XIV s’inscrivent dans une tension qui marque l’Église catholique depuis plusieurs années : d’un côté, une volonté d’accueil et d’accompagnement pastoral des personnes LGBTQ+ ; de l’autre, un refus de modifier la doctrine sur le mariage, la sexualité et l’identité de genre.
À l’échelle mondiale, cette position continue d’alimenter le débat. Dans plusieurs pays occidentaux, une partie des fidèles réclame une reconnaissance plus explicite des couples de même sexe et une évolution du discours sur les personnes trans. À l’inverse, des conférences épiscopales en Afrique, en Europe de l’Est et ailleurs défendent fermement l’enseignement traditionnel.
En affirmant que « les attitudes » doivent changer avant la doctrine, Léon XIV semble privilégier une stratégie graduelle, misant sur un ton moins conflictuel plutôt que sur des réformes structurelles rapides.
Reste à voir si cette approche suffira à répondre aux attentes des catholiques LGBTQ+ et de leurs alliés, qui espéraient que le premier pape américain amorce un virage plus net. Pour l’instant, le message est clair : l’accueil pastoral peut évoluer, mais la doctrine, elle, demeure inchangée.

