Vendredi, 24 avril 2026
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    Julie Lemieux

    Première mairesse trans au Canada

    Qu’est-ce qui t’a donné envie de t’engager dans la communauté LGBTQ+?
    Julie Lemieux : Avant mon élection en 2017 comme mairesse de Très-Saint-Rédempteur, je n’étais pas particulièrement engagée dans la communauté. Tout a changé le lendemain du scrutin. Une amie très proche de la communauté m’a dit : « Julie, tu es maintenant un modèle et tu dois en tenir compte. » J’ai aussi reçu un message d’une journaliste m’annonçant qu’un article serait publié avec ou sans mon accord. Là, j’ai compris : je devenais une figure publique. Et avec ça venait une responsabilité — envers ma municipalité, bien sûr, mais aussi envers la communauté LGBTQ+, et particulièrement la communauté trans.

    Te considères-tu comme militante?
    Julie Lemieux : Non. Je me vois plutôt comme une facilitatrice. Quelqu’un qui agit
    concrètement, qui soutient, qui ouvre des portes. J’ai beaucoup de respect pour les
    militant·es, mais je ne me reconnais pas dans ce rôle.

    Pourquoi l’engagement communautaire est-il essentiel aujourd’hui?
    Julie Lemieux : Je suis impliquée en développement social dans Vaudreuil-Soulanges
    depuis six ans, et j’en suis la présidente depuis plus de quatre ans. Sans les organismes communautaires — et correctement sans l’engagement des personnes dans ces organismes —, notre société ne tiendrait pas. Ils offrent des services directs et constituent souvent le principal filet social. Sans eux, ce serait le chaos.

    Le militantisme queer a-t-il changé?
    Julie Lemieux : Oui et non. Les bases restent les mêmes, mais le contexte a radicalement changé. Depuis la pandémie, le climat est plus tendu, plus polarisé. Certains discours médiatiques et politiques divisent et remettent en question des acquis que l’on croyait solides. C’est un recul préoccupant.

    Quelles luttes sont les plus urgentes?
    Julie Lemieux : Celles des personnes trans et non binaires. Comme si tous les problèmes du monde découlaient de cette communauté dont je fais partie. Quand j’ai commencé ma transition, il y a 25 ans, j’étais vulnérable. J’essaie d’agir localement, notamment avec le groupe LGBTQ2+ Vaudreuil-Soulanges que j’ai cofondé. Mais le manque de ressources est frappant, alors que les besoins explosent.

    Qu’est-ce qui te donne espoir?
    Julie Lemieux : La relève. Les jeunes prennent la parole, s’affirment, refusent de se taire. C’est inspirant. Mais je reste lucide : dans certaines écoles, le climat est difficile.

    Qu’est-ce que la communauté t’a apporté?
    Julie Lemieux : La liberté d’être moi-même. La confiance. Et des rencontres déterminantes. Je pense à Marie-Marcelle Godbout, qui a marqué un moment clé de mon parcours. Et à mes parents, sans qui rien n’aurait été possible.

    Pourquoi faut-il encore s’engager aujourd’hui?
    Julie Lemieux : Parce que rien n’est jamais acquis. Ce qu’on observe ailleurs — notamment aux États-Unis — nous le rappelle brutalement. S’engager, c’est protéger ce que l’on a déjà gagné. Et refuser de reculer.

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