Vendredi, 24 avril 2026
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    Florent To Lay

    Directeur artisique du centre des arts actuels SKOL

    Qu’est-ce qui vous anime lorsque vous rencontrez quelqu’un ou découvrez un parcours ?
    Florent To Lay : Ce qui m’intéresse, ce n’est pas un discours bien construit sur l’utilité sociale. C’est la source, la flamme. Ce moment où quelque chose bascule et devient inévitable. 

    Votre propre trajectoire s’est-elle dessinée ainsi ?
    Florent To Lay : Pas du tout d’un coup. Elle s’est construite lentement, presque à mon insu.
    Je suis né à Aubervilliers, dans une famille marquée par les migrations. Ma mère a fui la Chine, mon père le Cambodge. J’ai grandi dans un univers multiculturel, avec plusieurs langues et une famille dispersée à travers le monde. Sur le coup, je n’en mesurais pas l’impact, mais aujourd’hui, je vois à quel point ça a structuré ma vision. 

    Quel rôle a joué votre famille dans votre parcours ?
    Florent To Lay : Mes parents, issus d’un milieu populaire, avaient une conviction forte :
    l’éducation était essentielle. Ils n’avaient pas eu cette chance. Alors, pour eux, réussir passait par l’école. J’ai suivi un parcours très classique — bac scientifique, classe préparatoire, école de commerce — sans trop me poser de questions au départ. 

    À quel moment avez-vous ressenti un décalage ?
    Florent To Lay : À l’école de commerce. J’ai ressenti un vide. Les cours ne me nourrissaient pas. J’ai commencé à chercher ailleurs : le droit, l’histoire, puis l’histoire de l’art. Là, quelque chose s’est ouvert.

    L’art était-il déjà présent dans votre vie ?
    Florent To Lay : Oui, sans que je le réalise pleinement. Mes parents nous inscrivaient à des
    activités artistiques, malgré leurs moyens limités : dessin, piano, conservatoire. Ils nous emmenaient aussi au musée. Ils ont posé les bases, sans savoir que ça deviendrait central pour moi. 

    Quel a été le véritable tournant ?
    Florent To Lay : Mon passage à l’Université Columbia, aux États-Unis. J’y ai découvert des penseurs comme Foucault, Derrida, Bourdieu, Deleuze, et surtout Édouard Glissant. Sa pensée sur l’identité, le mélange, la créolisation a été une révélation. Elle faisait écho à mon histoire personnelle. 

    Comment cette découverte a-t-elle influencé votre pratique ?
    Florent To Lay : J’ai compris que ce qui m’intéressait, ce n’était pas seulement les œuvres, mais les trajectoires des artistes, leurs zones de friction. Je me suis orienté vers le commissariat
    d’exposition, en m’intéressant aux récits invisibilisés, à ce qui échappe aux catégories. 

    Pourquoi cette attention aux marges ?
    Florent To Lay : Parce que classer, c’est aussi exclure. Toute notre manière de penser repose sur des catégories. Ce qui n’y entre pas disparaît. Mon travail consiste à rendre visible ce qui a été mis de côté, à questionner ces hiérarchies implicites. 

    Comment cela se traduit-il concrètement dans vos projets ?
    Florent To Lay : Au Centre SKOL, je développe des expositions comme Les espaces que l’on crée / Spaces We Make, qui rassemblent des artistes LGBTQ2+ de différentes régions. Pour moi, exposer, ce n’est pas seulement montrer des œuvres : c’est créer des réseaux, des espaces de partage et de solidarité. 

    Votre engagement est-il politique ?
    Florent To Lay : Il l’est, mais pas uniquement. C’est aussi esthétique et profondément philosophique. Je cherche à déplacer les regards, à créer des espaces où les identités se
    rencontrent, se complexifient.

    Au fond, comment définiriez-vous votre démarche ?
    Florent To Lay : Peut-être comme une manière d’habiter les zones de mélange, d’accepter l’opacité, et de faire du désordre une source de sens.

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