Mercredi, 30 novembre 2022
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    Mauvais genre

    Nous sommes à l’aube de la Première Guerre mondiale : Paul et Louise se rencontrent, s’amourachent l’un de l’autre et se marient pour être immédiatement séparés par ce premier conflit planétaire.

    Les horreurs des combats de tranchées amènent bientôt Paul à se couper un doigt, celui qui peut appuyer sur la gâchette, afin d’être déclaré invalide. Le voici donc de retour à Paris, dans les bras de sa bien-aimée, prêt à filer le parfait bonheur jusqu’à ce qu’on lui annonce qu’il va devoir retourner au front.

    Et c’est à ce moment précis que le destin des personnages prend une tangente inattendue. Inattendue et étonnante puisque le récit est fondé sur des faits réels.

    En effet, Paul déserte l’armée et se cache dans une chambre louée par son épouse. L’ennui et la langueur propre au temps qui passe l’amènent éventuellement à se travestir en femme. Ce qui, au départ, n’est qu’un petit stratagème lui permettant de prendre l’air devient rapidement de plus complexe et raffiné l’amenant à endosser une identité féminine complète ainsi qu’un travail de couturière dans une usine.

    Il lui devient bientôt impossible de se dissocier de Suzanne, son avatar féminin, par l’intermédiaire de laquelle il explore les lieux de drague des parcs avoisinants où il se prête à des jeux sexuels dans lequel il se redécouvre, mais où il se perd également.

    De fait, même lorsqu’une amnistie est signée à l’endroit des déserteurs, la présence de Suzanne continue d’être prépondérante dans sa vie. Présenté sous la forme d’un flash-back initié dans le cadre d’un procès, on se doute bien que le récit sombrera éventuellement dans le drame, mais la conclusion est cependant assez surprenante.

    Le procès lui-même rend par ailleurs fort bien les limites rencontrées par la société qui peine à comprendre toute sexualité ou toute identité divergente de la norme établie.

    Écrit et somptueusement illustrés par Chloé Cruchaudet, on ne peut qu’admirer la qualité du dessin, des expressions, comment les moments d’égarement ou de fantasmes sont traduits en images et le lyrisme propre à certaines scènes, pleine page, où l’émotion est à fleur de peau sans qu’aucune parole ne soit échangée.

    Un ouvrage magnifique et un cadeau splendide à faire ou à se faire!

     Mauvais genre / Chloé Cruchaudet. Paris : Delcourt / Mirages, 2014. 160p.

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