Jeudi, 16 septembre 2021
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    Le prix de la joie : Été 1963, l’affaire Trenet

    Dans l’esprit de plusieurs, Charles Trenet (La mer, Y a d’la joie) est associé à la notion d’un pédophile se satisfaisant de très jeunes hommes, voire même d’adolescents à peine pubères. Après tout, ce doit être vrai si l’information est à ce point omniprésente et n’a-t-il d’ailleurs pas été condamné à ce titre? Replaçons-nous en juillet 1963. Le chanteur, alors âgé de 50 ans, prend place à la table d’un restaurant en compagnie de quatre hommes, dont Robert (surnommé Richard dans le livre), son secrétaire et chauffeur de 18 ans.

    Les relations semblent tendues, une querelle éclate et quelques heures plus tard, Trenet est arrêté sous le chef d’accusation d’avoir commis des «actes impudiques et contre nature sur mineurs de moins de 21 ans». Il faut savoir que Robert réclamait de l’argent en échange de son silence quant à l’orientation sexuelle du chanteur. Bien que l’époque ne fût pas propice à une telle divulgation, Trenet ne s’était jamais vraiment caché et il ne cède donc pas. L’âge de la majorité sexuelle pour les homosexuels était de 21 ans, alors qu’elle n’était que de 15 ans pour sa contrepartie hétérosexuelle.

    Techniquement, il y a donc bien attentat à la pudeur sur un mineur et il n’en faut pas plus pour que les journaux s’emballent et que naissent les rumeurs les plus folles sur les mœurs secrètes et malsaines du chanteur. Au-delà de la rumeur publique, la réalité est cependant tout autre et toutes les affa-bulations autour de la vie sexuelle du chanteur se dégonflent bien vite lorsque l’on procède à un examen minutieux des sources.

    Et c’est justement à cette tâche exigeante que c’est consacrée Olivier Charneux en compulsant les minutes du procès, ce que personne n’avait auparavant réalisé, de même que les archives des journaux afin de prendre le pouls du contexte social. Ces recherches furent finalement appuyées de nombreux documents mis à disposition par la fille d’Émile Hebey, alors imprésario du chanteur. Incarcéré pendant un mois, Trenet est libéré suite au versement d’une caution, puis condamné à un an de prison en janvier 1964. Il fait appel et est finalement déclaré non coupable. Malgré cet acquittement, les conséquences n’en seront pas moins dramatiques puisque son nom sera longuement attaché à des ragots sans fondements.

    Ce n’est d’ailleurs qu’à la fin des années 70, soit vingt ans plus tard, qu’il reprend à nouveau sa place sur le haut de la scène culturelle. C’est à partir de cette masse d’information que l’auteur rédige non pas un ouvrage documentaire, mais bien plutôt un journal personnel où il personnifie Trenet, livrant ainsi au lecteur un regard très intimiste, à la fois troublant et d’une grande justesse, sur les événements, mais avant tout sur le désarroi d’un homme injustement livré à la vindicte populaire. Je m’en voudrais de ne pas signaler un autre excellent ouvrage de l’auteur, Les guérir (Éditions Robert Laffont), une biographie romancée de Carl Værnet, portant sur les expérimentations réalisées par les médecins nazies sur les homosexuels durant la Seconde Guerre mondiale.

    INFOS | Le prix de la joie /Olivier Charneux. Paris: Séguier, 2020. 143p. (L’indéFINIE)

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