Durant les années 1990, Olivier Loubry a multiplié les rôles dans Jamais deux sans toi, Les héritiers Duval, Watatatow et Ent’Cadieux. Peu à peu, le public a découvert ses talents de danseur, chorégraphe et metteur en scène, sans se douter à quel point sa vie privée était rocambolesque. Vous pourrez en avoir un aperçu dans son premier livre, Vous ne me croirez pas, dans lequel il enchaîne les anecdotes et les confidences sur ses amours… au masculin.
Tu ne rêvais pas d’écrire un livre. Pourquoi l’avoir fait ?
Olivier Loubry : Quand j’ai rencontré mon éditrice, je m’attendais à une réunion de réseautage pour parler d’un projet qui ne se ferait jamais. Je suis arrivé là complètement sans attente, la garde baissée. Finalement, elle était sérieuse et elle m’a annoncé la date de lancement du livre. J’ai dit oui, parce que je déteste faire la même affaire deux fois artistiquement. Aussitôt qu’il y a un danger et que je pourrais me péter la gueule, ça m’éveille et je dis oui. Me livrer n’est pas quelque chose de naturel chez moi.
Tu dis n’avoir rien fait de spécial qui mérite un livre, comme si tu t’excusais de l’avoir écrit. As-tu du mal à assumer cette publication ?
Olivier Loubry : Plus maintenant, mais durant le processus, je ne l’assumais pas. Je me trouvais jeune pour écrire une « autobiographie ». Je trouvais ça arrogant. Je ne me serais pas cru si j’avais écrit un livre sur « mon beau parcours de vie ». Oui, mes amis ont entendu mes histoires mille fois, mais je reste encore surpris quand je reçois des commentaires de personnes que je ne connais pas. C’est un processus que je ne comprends pas encore : qu’un inconnu puisse lire 300 pages sur ma vie. Je n’arrive pas à le rationaliser.
Tu racontes plusieurs situations de vie surprenantes et tu dis avoir l’habitude que ton entourage ne croit pas ce qui t’arrive. Est-ce que ça t’amuse ou ça te choque ?
Olivier Loubry : Ça m’amuse. Mes amis proches se sont tous demandé, un jour, si je suis mythomane. Je trouve ça sain de leur part. Quand on regarde l’accumulation d’histoires qui ne se peuvent pas, c’est difficile à croire. Mais, non seulement c’est vrai que ces situations-là m’arrivent tout le temps, mais j’ai plutôt tendance à minimiser quand je les raconte. Si je donne tous les détails, ça ne passera pas !
Tu racontes tes débuts à 8 ans dans une mégaproduction de l’opéra Aida au Stade olympique, avec des animaux et d’immenses décors. Explique-nous ce que tu as vécu.
Olivier Loubry : On est à la fin des années 1980. Je suis des cours de danse à l’École Louise Lapierre. La production d’Aida la contacte pour trouver des enfants afin de jouer les esclaves. On fait les répétitions. Je suis emballé, mais je n’ai aucune idée de ce dans quoi je m’embarque. Au Stade, on découvre une pyramide qui s’ouvre en deux. Il y a des lions, des cobras, des chameaux.
Ça n’existe plus, ce genre de production. Le soir du spectacle, je trouve ça long, attendre dans les stationnements en béton. Sur scène, je suis un premier de classe : je fais ce qu’on m’a demandé de faire à la lettre. En raison des éclairages, je ne vois pas tant la foule. Après, on me demande de remettre les fleurs à la cantatrice. Le bouquet est plus grand que moi. Je le lui donne. On m’avait bien appris : quand on fait un spectacle et que les gens applaudissent, il faut saluer. Du haut de mes 8 ans, je me suis tourné devant les 60 000 personnes, je me suis placé devant la cantatrice, j’ai salué et j’ai entendu 60 000 personnes partir à rire. À ce moment est entrée la drogue du public !
Tu évoques en quelques mots tes années de danse sur Broadway. Qu’as-tu fait là-bas ?
Olivier Loubry : J’ai d’abord tourné une publicité pour une compagnie aérienne qui cherchait un danseur de claquettes. À New York, on m’a proposé de remplacer un prof de danse qui enseignait à un groupe francophone. Je donnais des ateliers et il y avait souvent des gens de l’industrie. Même adolescent, j’étais déjà très professionnel. J’avais une mémoire phénoménale. J’ai fait Tap Dogs et Stomp. Je faisais beaucoup d’allers-retours entre Montréal et New York. C’était un milieu hyper compétitif et malsain. Je ne me sentais pas le bienvenu par la communauté de Broadway. Quand je revenais à Montréal, mes collègues trouvaient ça formidable. En dedans, j’avais juste envie de dire : venez me chercher ! J’en ai peu parlé publiquement, car j’ai vécu plusieurs choses tough.

À 17 ans, tu as vécu ta première histoire d’amour avec un gars. Pourquoi l’as-tu gardée secrète ?
Olivier Loubry : Après une enfance et une adolescence très médiatisées, je ressentais le besoin d’avoir quelque chose juste à moi. Aussi, à cette époque, Daniel Pinard n’avait pas fait son coming out homosexuel. Le terme bisexuel était inexistant du vocabulaire général. Je ne voulais pas me cacher. Je n’étais pas dans la honte. Mais je ne me voyais pas devenir le porte-étendard d’une cause.
Vous vous êtes laissés et retrouvés 21 ans plus tard. Vous êtes ensemble depuis. Tu en parles comme l’Amour de ta vie. Penses-tu qu’il fallait ce hiatus pour que ça fonctionne ou tu as l’impression d’avoir manqué 21 ans de votre histoire ?
Olivier Loubry : Ça n’aurait pas marché sans ce hiatus pour mille et une raisons. J’avais besoin d’aller explorer plein de choses dans la vie en général. Lui aussi. Si on était restés ensemble, je pense qu’on se serait laissés après quelques années et qu’on ne se serait probablement jamais retrouvés. Quand on a renoué pour parler des raisons nébuleuses pour lesquelles on s’était laissés, j’ai compris au premier regard que je serais dans le trouble ! C’était tellement le bon timing. En même temps, c’était étrange d’avoir reconnecté avec quelqu’un qui avait tant changé… mais qui était resté pareil à la fois.
Tu évoques le divorce de tes parents et l’éloignement graduel avec ton père. Quel impact ça a eu sur toi ?
Olivier Loubry : On me parle beaucoup de ça depuis la sortie du livre. C’est un sujet sensible, un père absent, mais je n’ai pas eu un mauvais père. Il était présent à temps partiel. Durant notre dernière discussion, avant sa mort, on a pu mettre cartes sur table, en toute transparence : le fait qu’il nomme ce qu’il avait manqué, ça m’a permis de régler ben des affaires. Je ne serais pas le même homme, personnellement et relationnellement, si je n’avais pas eu cet échange-là. Je n’ai pas de regret. Je ne me suis jamais senti pas aimé. On a vécu un beau voyage. Cela dit, j’aurais aimé présenter l’homme de ma vie à celui qui me l’a donnée.
Tu mentionnes en début de livre que tu ne vas pas raconter les coulisses du milieu artistique, faire du name-dropping ni des règlements de compte. Pourquoi as-tu choisi de ne pas raconter les dessous de ton travail d’artiste ?
Olivier Loubry : Je viens d’avoir 47 ans. Je ne me serais pas cru de raconter ça. Janette Bertrand qui écrit un livre sur sa vie, je comprends. Il y a un âge où ça devient un bilan de vie. Je ne suis pas rendu là. Et j’avais peur que ça mette un point final à ma vie professionnelle, si je racontais tout ce que j’avais fait. Le jour où je raconterai mon parcours professionnel, ce sera moins beau, alors que je voulais que mon premier livre soit léger.
INFOS | Vous ne me croirez pas, d’Olivier Loubry, Éditions Libre Expression, Montréal, 2026.

