Vendredi, 3 Décembre 2021
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    Image+nation : panorama de la programmation 2021 du festival

    Image+Nation a été l’un des premiers festivals de films LGBTQ+ du Canada et continue, 34 ans plus tard, à jouer un rôle majeur dans le circuit international des événements du genre et un rôle aussi important dans la vie des personnes LGBTQ+, en rejoignant les communautés et différentes identités de genre.

    « C’est important de pouvoir se reconnaître à l’écran et sur différents écrans», indique Charlie Boudreau à la direction générale du festival. «L’édition 2021 prendra un format hybride. Le passage au numérique pour l’édition 2020 nous a permis de rejoindre un grand nombre de personnes qui n’avaient pas facilement accès aux salles de présentation. On a donc décidé de poursuivre cela, tout en offrant aussi la possibilité de voir, en salles, des films. Ça s’aligne à notre mission d’encourager et de nourrir la culture et les histoires LGBTQ+ afin de les rendre disponibles au plus grand nombre. »

    Tous les films seront disponibles en ligne et une sélection de films d’ici et du monde seront projetés en salle et disponibles en ligne le lendemain de leur présentation en salle. Pendant 11 jours, la programmation présentera des longs métrages primés, des documentaires touchants et des courts métrages acclamés provenant de plusieurs coins du monde dont le L’Italie, la France, l’Estonie, l’Allemagne, la Serbie, la Georgie, la Finlande et la Grèce. Il y a de tout pour tous les goûts, entre comédies légères, histoires d’amour, drames plus profonds et fables inspirées de problématiques sociales. Coïncidant avec la 22e Journée du souvenir trans (le 20 novembre), le volet Une question de genre proposera des récits nouveaux qui repoussent les barrières et explorent les thèmes de l’identité et du genre au-delà du coming-out et des questions entourant la transition. De son côté, le volet Voix émergentes mettra en lumière des films puissants venant de pays plus souvent oubliés et abordant des points de vue qui sont moins souvent représentés dans la scène cinématographique queer.

    La section Made au Canada célèbrera les cinéastes du pays qui mettent en images les identités queers nationales.  D’ailleurs, c’est un film réalisé dans les Maritimes, Wildhood de Bretten Hannam, qui ouvrira le festival, le 18 novembre au Cinéma du Musée, rue Sherbrooke (depuis la fermeture préventive il y a dix jours du Cinéma Impérial depuis que des travaux dans le bâtiment voisin ont provoqué un léger affaissement du mur mitoyen).  

    Présentés par thématiques (comme les Rencontres, l’Amour, les Déclarations) ou par pays d’origines (Canada/Québec, Italie, France…) Environ une dizaine de programmes des courts métrages offriront un panorama diversifié de la production actuelle et des talents de demain.

    Comme c’est maintenant une tradition, la soirée Queerment Québec se tiendra au Centre Phi et regroupera les courts métrages de talents locaux émergents et bien établis qui explorent les réalités québécoises. Le billet en salle se détaillera 13$, alors que le billet pour un visionnement en ligne sera de 10$. Et les programmes de courts métrages seront accessibles au tarif de 6$ seulement.

    Surveillez la page Facebook et le site internet du festival pour connaitre les dates de prévente des films et pour la prévente, début novembre, des différents types de laisser passer qui vous permettront d’économiser si vous voulez visionner plusieurs films.

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    Wet Sand
    Un film de Elene Naveriani, Géorgie/Suisse, 2021

    Mélodrame au bord de la mer Noire. Eliko, vieil homme en retrait, peu apprécié des locaux, s’est donné la mort. Sa petite fille Moé, jeune femme de la capitale, est appelée pour organiser ses funérailles. Amnon – tenancier du bar de la plage, qui connait mieux Eliko qu’il n’y parait – Fleshka, –l’autre «originale» du village – et elle formeront un trio complexe et touchant face aux préjugés d’une communauté empreinte de conformisme toxique. Ce deuxième long-métrage de la Géorgienne Elene Naveriani est un hymne poétique à la résistance aux discours qui s’opposent àl’émancipation de la communauté LGBTQ+ du pays.

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    Rebel Dykes
    Un film de Harri Shanahan & Siân A. Williams, Royaume-Uni

    Avec Rebel Dykes, les documentaristes Harri Shanahan & Siân A. Williams plongent au cœur de la scène punk, lesbienne et BDSM du Londres des années 80. Nous sommes ici bien avant les queers ou les Riot grrrl : «c’est plutôt nous qui les avons inventés», exprime d’emblée l’une des interviewées. Ainsi, Rebel Dykes brosse le portrait de femmes qui aiment les femmes et qui désiraient explorer leur sexualité, le fétichisme, à une époque où c’était perçu comme sale et pervers de le faire, d’autant plus pour une femme. C’était «à la fois une belle et une terrible époque pour être lesbienne» dans le sud de Londres, exprime l’une d’entre elles. C’était une sous-culture underground, il fallait donc se cacher pour ne pas être victime de gaybashing, mais également évoluer dans des soirées privées (Sistermatic) et des clubs secrets (Gateways). Certaines féministes, dont les lesbiennes séparatistes radicales, tenteront de faire taire ces «Rebel Dykes» sous le motif que ce leur combat ne serait pas du féminisme, mais la reproduction du patriarcat. Pour leur part, les lesbiennes adeptes de BDSM argumenteront que c’est plutôt le contraire : un espace de liberté, antisexiste, antiraciste, antifasciste et transinclusif. Le documentaire, coté 18 ans et plus, présente également, par le biais d’images d’archives, un groupe appelé Extasy et ses soirées Chain Reactions, avec son code vestimentaire BDSM et une foule d’activités sexuelles présentées en public. Ce qui rend le film doublement intéressant, c’est que celles qui ont jadis pris par l’action commentent aujourd’hui sur ce qu’il en était à l’époque. Sans conteste, on y ressent un mouvement de solidarité et de communauté. Ainsi ces femmes vivaient pour la plupart en communes lesbiennes, raconte l’une d’entre elles. Malgré l’allure rebelle et punk de ces butch/fem, on sent la nostalgie d’une époque révolue dans ce documentaire qui traduit l’éclectisme de l’Histoire lesbienne.

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    Tove
    Un film de Zaida Bergroth, Filande, 2020

    Plongée étourdissante dans la vie peu connue de la légende de la bande dessinée finlandaise Tove Jansson (interprétée par Alma Pöysti), écrivaine, peintre et dessinatrice, est principalement connue pour sa série Les Moumines, des livres illustrés pour enfants qui ont fait le tour du monde. Dans ce film biographique, la réalisatrice Zaida Bergroth met en lumière l’extravagance de l’intelligentsia suédoise dans la période de l’après-guerre et capture la vie sentimentale imprévisible de l’artiste bisexuelle. Au centre du film se trouve sa liaison sulfureuse avec la fatale Vivica Bandler (Krista Kosonen), femme de théâtre mariée. On y voit comment Tove accède à la liberté en tant qu’artiste et amoureuse, dans une société encore peu encline à la diversité et à l’égalité. La reconstitution de l’Helsinki puis, plus brièvement, du Paris de la fin des années 40 est parfaite. Le film, rarement académique, alterne les frustrations de Tove – qui voudrait surtout être reconnue pour sa peinture – et son appétit de vivre – qui se manifeste notamment par son amour de la danse et de la musique. Le film donne l’impression de voir une artiste faire naitre des œuvres physiquement, processus que les cinéastes ont habituellement du mal à traduire en images. Enfin, la performance d’Alma Pöysti dans le rôle-titre est éblouissante.

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    Jump Darling
    Un film de Phil Connel, Canada, 2021

    Ce film retrace un moment dans la vie de Russell (Thomas Duplessie), un jeune acteur au chômage qui exprime ses désirs et ses frustrations en tant que drag queen dans les bars. En rupture avec son conjoint, Russell décide de retourner dans sa famille sur l’Île-du-Prince-Édouard, plus précisément chez sa grand-mère Margaret (Cloris Leachman) en perte d’autonomie. Pendant ce break où Russell réfléchit à un avenir possible, il s’impose comme drag queen dans le seul bar LGBTQ+ de la petite ville de sa grand-mère. Au cours de cette cohabitation, ces deux êtres que tout sépare se rapprocheront pourtant. Et Russell regardera d’un autre œil l’histoire de ses grands-parents, le suicide de son grand-père, les aspirations de sa grand-mère au début de l’âge adulte, mais aussi les retrouvailles avec sa mère. Celle-ci veut absolument placer la grand-mère dans une maison pour ainé.e.s – un placement auquel s’oppose Russell. Jump Darling est un film en demi-teinte où Russell, comme dans un puzzle, tente de reconstruire sa vie en reconstruisant celle de l’histoire familiale. Remarquable, touchant et attachante, Cloris Leachman, 91 ans, joue avec une justesse poignante une grand-mère qui ne se résigne pas.

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    Firebird
    Peeter Rebane, Estonie, 2021

    Film d’époque sur la Guerre froide, Firebird est basé sur les mémoires de Sergey Fetisov, The Story of Roman. Il s’agit du premier long-métrage du réalisateur Peeter Rebane, connu pour avoir réalisé plusieurs clips de Moby et des Pet Shop Boys. Firebird  suit Sergey, un Estonien (Tom Prior) attendant la fin de son engagement dans les forces aériennes soviétiques à la fin des années 70, qui rencontre et tombe amoureux de Roman, un pilote de chasse audacieux joué par Oleg Zagorodnii. À la fois thriller sur la Guerre froide et histoire vraie d’un amour secret, le long métrage de Rebane met en lumière la passion torride entre deux hommes dans un environnement où exprimer de tels sentiments est mortel. Le couple se rend vite compte que poursuivre cette relation clandestine – et même déclarer ouvertement leur amour l’un pour l’autre – signifie risquer leur sécurité, la carrière de Roman dans l’armée de l’air soviétique et sa relation avec sa petite amie, Luisa (Diana Pozharskaya). «Firebird est un film très personnel pour moi. Je suis gai et j’ai grandi dans l’Estonie occupée par les Soviétiques, près de la base de l’armée de l’air où cette histoire s’est déroulée», explique Rebane. «J’ai été profondément fasciné par la façon dont un tel triangle amoureux interdit s’est formé dans l’armée de l’air soviétique au plus fort de la Guerre froide.»

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    Mascarpone
    Un film de Alessandro Guida et Matteo Pilati, Italie, 2021

    Qu’est-ce que le mascarpone? Un fromage à la crème acidulé utilisé dans de nombreux plats italiens – un fromage qui a souvent meilleur goût s’il est fait maison. Mais bien faire les choses n’est pas facile. Le sublime et lumineux Mascarpone (Maschile Singolare), réalisé par Alessandro Guida et Matteo Pilati, raconte le parcours d’Antonio (Giancarlo Commare), 30 ans, dont la vie prend un tournant inattendu lorsqu’il est soudainement largué par son mari, dont il dépend à la fois psychiquement et financièrement. En couple depuis 12 ans, Antonio découvre à la dure qu’il a eu tort de renoncer à son indépendance pour le bien de sa relation. Il n’avait pas vu venir cette fin de relation abrupte et doit maintenant trouver un nouveau logement, un travail, un nouveau but dans la vie. Et le bonheur se trouve peut-être en pâtisserie… Les deux cinéastes racontent, avec leur premier long-métrage, une histoire queer positive qui est un délice pour les yeux.

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    The Man with the Answers
    Un film de Stelios Kammitsis, Grèce, 2020

    Après le décès de sa grand-mère, Victor décide de quitter son village à bord de la voiture déglinguée de celle-ci et de se rendre en Allemagne afin d’y retrouver sa mère perdue de vue depuis très longtemps. Il prend en stop le beau Mattias, et les deux hommes entament un périple à travers la campagne italienne. Malgré leurs personnalités opposées, un lien intense se noue entre eux. Avec les superbes Vasilis Magouliotis et Anton Weil, ce road movie tout simple et extrêmement émouvant de Stelios Kammitsis explore la recherche de soi dans des lieux et des moments parfois improbables.

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    Leading Ladies
    Un film de Ruth Caudeli, Colombie, 2021

    La réputation de la réalisatrice colombienne d’origine espagnole Ruth Caudeli n’est plus à faire. Prolifique à souhait, cette habituée du festival image + nation était venue présenter son prometteur premier long-métrage Eva + Candela en 2018 et avait enchainé l’année suivante déjà avec la présentation de son deuxième opus, Second Star to the Right. Après avoir réalisé quelques courts, vidéos et séries, elle nous revient avec son troisième long-métrage en carrière : Leading Ladies. Alors que des amies se retrouvent pour un diner, des confessions, mais aussi des réflexions, des mensonges et des trahisons s’accumulent pour ces couples de femmes, sur fond de musique, de rires et de pleurs. Huis clos divisé en chapitre, le film nous fait découvrir toutes les protagonistes, qui gardent leurs vrais prénoms, et se confient sporadiquement à la caméra. Cette caméra, plutôt voyeuse, privilégie l’esthétique du gros plan afin de pénétrer dans l’intimité, voire la psyché des personnages. On sent que la réalisatrice s’amuse et improvise, se donnant certaines libertés sur le plan formel. Dans une direction d’actrices plus vraie que nature, Ruth Caudeli privilégie une fois de plus Silvia Varón, son actrice fétiche et la vedette de ses précédents courts-métrages. On y retrouve également Diana Wiswell, qui s’était illustrée dans Second Star to the Right. Avec Leading Ladies, la réalisatrice Ruth Caudeli peaufine sa signature queer indie tout en expérimentant davantage au niveau du média utilisé.

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    After Blue
    Un film de Bertrand Mandico, France, 2021

    Sur un fond luxuriant de fantasie postapocalyptique qui s’accouple ici avec le western, une jeune ingénue surnommée Toxic (qui rappelle la jeune Maria Schneider) passe par tous les sortilèges jetés par une magicienne-meurtrière, Kate Bush, bientôt prise en chasse par l’héroïne et sa mère Zora. Ce deuxième long-métrage de Bertrand Mandico (après Les garçons sauvages), à la magnificence artisanale revendiquée et au fétichisme saphique assumé, fait parfois sourire, mais subjugue malgré tout. Il offre une résonance obsédante avec «le monde d’après», ce nouveau lieu commun que la pandémie a légué à nos sociétés plus anxieuses que jamais face à leur propre fin et à celle de notre planète détraquée.

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    Yes I Am: The Ric Weiland Story
    Un film documentaire d’Aaron Bear, États-Unis, 2021

    Richard William «Ric» Weiland était un brillant programmeur, un pionnier queer et l’un des premiers employés de Microsoft. Il est devenu, en 1975, le deuxième employé de Microsoft Corporation, rejoignant l’entreprise au cours de sa dernière année à l’Université de Stanford. À 35 ans, il a quitté Microsoft pour se consacrer à la finance et à la philanthropie, devenant un donateur discret mais respecté des causes LGBTQ+, de l’environnement, de la santé et des services sociaux et de l’éducation. À sa mort, Weiland a légué plus de 165 millions de dollars à différents organismes à but non lucratif. Il a consacré sa vie et sa fortune à la philanthropie et à l’activisme, mais ses luttes personnelles sont finalement devenues trop lourdes à supporter. Ce documentaire revient sur l’histoire de sa vie et sur son héritage.

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    Bliss (Glück)
    Un film de Henrika Kull, Allemagne, 2021

    Dans une maison close de nos jours, deux travailleuses du sexe tombent amoureuses l’une de l’autre – et ce dans un monde où leur féminité est considérée comme une marchandise. En dépit de vies désespérantes, Sascha, femme expérimentée, et sa nouvelle collègue d’origine italienne Maria, vivent ensemble des moments de grande joie. Mais aussi lumineuse qu’elle soit, leur passion est fragilisée par le monde extérieur et leur passé. Cette fiction sur l’émancipation féminine et la rencontre amoureuse, élaborée avec bienveillance et une grande authenticité, traite d’un sujet complexe avec justesse et beauté. Le film évite les clichés habituels pour laisser place aux performances incroyables de Katharina Behrens et d’Adam Hoya, deux femmes en pleine possession de leurs corps et de leurs cœurs.

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    Ma Belle, My Beauty
    Un film de Marion Hill, États-Unis, 2021

    Les nouveaux mariés Bertie et Fred s’adaptent à leur nouvelle vie dans la belle campagne française. La transition est facile pour Fred, fils de parents français et espagnols, mais moins pour Bertie, originaire de La Nouvelle-Orléans. Pour aider Bertie aux prises avec un blocage créatif, son mari invite Lane, une amie de Bertie – qu’il ignore être son ex. Marion Hill, qui réalise son premier long-métrage, nous propose une plongée enivrante et lunatique dans une relation non traditionnelle. Le film, qui contient toute la gravité et la complexité de la triangulation sexuelle, conserve l’atmosphère légère d’une aventure estivale. Soutenu par une très belle bande sonore de guitare acoustique enivrante (de Mahmoud Chouki), Ma Belle, My Beauty est un voyage plein de fraicheur et de sens à travers des diners aux chandelles bien arrosés, des fêtes dans les vignobles et des randonnées ensoleillées le long du ruisseau. Fred, Bertie et Lane s’efforcent de trouver satisfaction dans ce flot de désirs et de passions.

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    Boy Culture: The Series
    Un film de Q. Allan Brocka, États-Unis, 2021

    Q. Allan Brocka, force créatrice derrière la série de films populaires Eating Out, est de retour avec la suite de Boy Culture, un petit film indépendant qui a acquis contre toute attente un statut de film culte au fil des ans. Prenant la forme d’une websérie qui sera présenté d’un bloc lors d’image+nation, Boy Culture: The Series reprend dix ans après la fin du film original. Derek Magyar revient dans le rôle de «X». Il a repris son travail d’escorte et a rompu avec Andrew (Darryl Stephens), dont il est tout de même toujours le colocataire… En 2021, il doit affronter la compétition d’une jeune génération qui a acquis un avantage concurrentiel à l’ère numérique. X est pris contre son gré sous l’aile de Chayce (Jason Caceres), un travailleur du sexe qui devient de facto son pimp. Alors que X garde son corps vieillissant en forme et ses clients pervers heureux, il doit également faire face aux épreuves de la cohabitation avec Andrew. Comme dans le film original, il y a dans Boy Culture: The Series des histoires d’amour qui se terminent mal, des histoires de cul à n’en plus finir, et des histoires d’amour qui n’ont pas pu finir pour la simple raison qu’elles n’ont jamais commencé. Les obstacles rencontrés par les hommes de Boy Culture n’ont rien de familial ou de social. Pas d’environnement hostile autour de ces hommes gais, mais juste leurs propres barrières et leurs propres limites, dressées par la peur de se dévoiler et de souffrir. Une fois de plus, on se laisse toucher par la quête d’absolu que mène sans le savoir X, un cynique blasé doublé d’un romantique sensible, dont les gestes semblent dire : «L’amour, oui, mais comment?»

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    Sweetheart 
    Un film de Marley Morrison, Royaume-Uni, 2021

    Fraichement débarquée dans la campagne anglaise du bord de la mer pour y passer des vacances en famille, April (Nell Barlow) est blasée et refuse, au grand désespoir de sa mère, de s’extasier devant les merveilles de la nature. Il faut dire que la jeune femme de 17 ans ne se croit pas «gâtée par la nature» et se considère masculine et plutôt maladroite. À ce propos, sa mère n’aide en rien : «Ce n’est pas parce que tu es une lesbienne maintenant que tu dois t’habiller en garçon tout le temps. Prends exemple sur Jodie Foster, elle ne s’habille pas toujours comme un gars!» Si April, alias AJ, est en pleine crise identitaire, elle trouve néanmoins les moyens d’appliquer certains conseils de sa mère, dont celui de «sortir dehors pour aller se faire des ami.e.s». Elle fait la rencontre d’Isla (Ella-Rae Smith) à la buanderie. La belle sauveteuse métisse l’aide à partir son lavage tout en lui faisant les yeux doux. «Elle sent le chlore», s’exclame April à elle-même, non sans intérêt pour la jeune femme. C’est alors que débute une «amitié particulière» qui ne sera pas sans intérêt pour les deux jeunes femmes. April amorcera la découverte de son (homo)sexualité et sa réconciliation identitaire. Pour son premier long-métrage, Marley Morrison propose une comédie dramatique attachante et touchante, mettant de l’avant le charisme des deux actrices. Nommé à titre de Meilleur premier film au Frameline de San Francisco, gagnant du Prix du Jury international au Inside Out Toronto LGBT Film Festival et du Prix du Public au Festival du Film de Glasgow, gageons que Sweetheart  sera le coup de cœur de plusieurs, ou du moins qu’il vous fera retomber en adolescence. 

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    The Hill Where Lionesses Are
    Un film de Luàna Bajrami, France/Kosovo, 2021

    Qe, Jeta et Li sont un trio d’amies à l’esprit libre errant dans un petit village du Kosovo. Dans les collines, à la recherche du temps perdu avec le vague à l’âme, elles errent sans but. Elles rencontrent Lena, une Francokosovare en vacances chez sa grand-mère, qui vit à Paris. Elle fait rêver les jeunes filles, qui peinent à être admises à l’université, aspirant à un avenir meilleur que celui de serveuse, coiffeuse ou femme de ménage à la remorque des hommes. Blasées, elles forment un gang de voleuses pour tenter d’y parvenir. Présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, La colline où rugissent les lionnes est le premier film réalisé par l’actrice Luàna Bajrami — nommé pour le César du Meilleur jeune espoir féminin pour son rôle de Sophie dans Portrait de la jeune fille en feu — qui incarne Lena dans ce film qu’elle a également scénarisé. Si le film présente certaines longueurs, la réalisation est parfaitement maitrisée avec des prémisses dignes d’une signature de film d’auteur en fin de parcours. La jeune réalisatrice francokosovare, même si ses personnages parlent peu, a sans conteste quelque chose à dire. Nommé pour la Golden Camera et la Queer Palm à Cannes, le film présente le lesbianisme en trame de fond dans la tradition des non-dits et des silences, qui «parlent» davantage en fin de film. Dire qu’elle a tourné ce film alors qu’elle n’avait que 19 ans! On a déjà hâte de découvrir ses prochains.

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    No Straight Lines : The Rise of Queer Comics
    Un film documentaire de Vivan Kleiman, Etats-Unis, 2021

    Quand les héros et héroïnes queer n’existent pas, il faut les inventer. La bande dessinée est l’un des champs d’expression les plus accessibles et les plus créatifs à cet égard. Un crayon et un papier (et la cave d’un club de karaté pour femmes!) suffisent à l’Étatsunienne Mary Wings, en 1973, pour produire la première BD lesbienne. À l’instar de Rupert Kinnard, père du premier superhéros noir et gai, les auteur.trice.s LGBTQ+ composent des œuvres novatrices, décapantes et profondes pour aborder tous les sujets : VIH/sida, mariage, race, genre, etc. Avec l’intervention d’Alison Bechdel (célèbre pour Fun Home), ce documentaire fait des BAM! CRUNCH! RIP! TEAR! MMMH! pour raconter la magie du 9e art, pionnier populaire de la culture queer.

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    P.S. Burn This Letter Please
    Un film documentaire de Jennifer Tiexiera et Michael, États-Unis, 2021

    Documentaire à voir absolument pour celles et ceux qui s’intéressent à l’histoire LGBTQ+. À travers des images, des petits films, des lettres et des témoignages, on découvre la vie des personnificateurs féminins du New York des années 50. À l’origine de ce documentaire : une boite de 200 lettres retrouvées et écrites par des drag queens de l’époque (même si le terme n’était pas encore utilisé) dont une se terminait par P.S. Burn this letter please. Une plongée dans ces années où existait à New York un grand nombre d’espaces de liberté ainsi qu’une grande répression policière. Les lettres témoignent de la vie quotidienne des drags, sur scène mais aussi dans leur quotidien. Et le tout est confirmé par les témoignages extrêmement touchants de ces gais qui, aujourd’hui âgés de plus de 80 ans, reviennent sur ces années-là, dont Daphné qui est l’un des auteurs de ces lettres. Ceux qui ont fait les grandes nuits gaies de New York ouvrent leurs albums de photos et sortent les anecdotes : les grands bals, les arrestations, la mafia, les vedettes et les personnalités politiques qui allaient voir leurs spectacles, comme John et Jackie Kennedy, ou encore le vol de perruques par l’un d’entre eux au Metropolitan Opera. Des parcours surprenants, certains quittant le fin fond des États-Unis âgés de moins de 20 ans pour s’installer à New York, d’autres se faisant renvoyer de l’armée américaine pour déshonneur. Daphné, qui avait vu très jeune l’opéra Madame Butterfly, avait déclaré en sortant de la représentation : «I want to be Madame Butterfly.» Jennifer Tiexiera et Michael Seligman ont eu la bonne idée de privilégier les entrevues avec ces personnages colorés aujourd’hui oubliés, le tout entrecoupé de quelques commentaires d’historien.ne.s LGBTQ+ – dont George Chauncey – fasciné.e.s par cette trace épistolaire. Quant aux principaux intéressés, c’est avec plaisir, nostalgie et parfois beaucoup d’émotion qu’ils se souviennent de cette époque et d’y avoir vécu au plus près de ce qu’ils étaient envers et contre tous.

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    Kiss me Kosher (Kiss Me Before It Blows Up)
    Un film de Shirel Peleg, Allemagne/Isräel

    Dans cette comédie romantique où l’on tente d’abolir les frontières, Shira Shalev (la belle Moran Rosenblatt) se fait demander en mariage par Maria Muller (Luise Wolfram). C’est l’amour entre les deux femmes, mais il y a un bémol : l’une est d’origine israélienne et l’autre d’origine allemande. Quand Maria va à la rencontre de Shira, à Tel Aviv, elle va également à la rencontre de sa culture, de sa famille et… de sa grand-mère! Si le frère de Shira trouve amusante la relation entre les deux lesbiennes au point d’en tirer un documentaire pour ses études, la grand-mère Berta n’approuve guère ce couple avec une «nazie». Cette dernière se trouve elle-même dans une relation limite puisqu’un médecin palestinien la courtise… Récipiendaire d’un prix spécial pour le meilleur film allemand à thématique juive au Berlin Jewish Film Festival, ce premier long-métrage de Shirel Peleg revisite brillamment le choc culturel et le trauma lié à la Shoah ayant cours lors de la Seconde Guerre mondiale. Kiss Me Before It Blows Up aborde ces thèmes par le biais de l’humour et de l’homosexualité féminine, un pari osé qui ne manque pas de flirter avec certains tabous.

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    North By Current
    Un film documentaire d’Angelo Madsen Minax, Etats-Unis, 2021

    Trois ans après la mort inexpliquée de sa nièce Kalla, l’artiste et cinéaste Angelo Madsen Minax retourne dans la maison de sa famille mormone dans la petite ville du Michigan où se trouve la scierie de son père. Sa sœur Jesse, qui avait retrouvé une stabilité temporaire en tant que mère après une jeunesse difficile et des problèmes de toxicomanie, est soupçonnée par les autorités d’être responsable, avec son partenaire David, de la mort de leur fille Kalla. Alors que Jesse lutte contre son traumatisme et sa dépression, sa mère s’ouvre progressivement à la caméra. Avec North By Current, Angelo Madsen Minax tourne un regard sans complaisance vers une famille en voie de réparation. Une réflexion provocante sur l’identité et la responsabilité familiale.

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    Celts (Kelti)
    Un film de Milica Tomović, Serbie, 2021

    Marijana, aidée de sa belle-mère, prépare des sandwiches pour l’anniversaire de sa fille de huit ans, Minja qui adore les Tortues Ninja. Tandis que la nuit tombe, il n’y a pas que les jeunes amis de Minja qui viennent faire la fête, mais aussi toute une bande d’amis et de proches de ses parents : le frère médecin de Marijana amène du whisky; celui du père, Goran, apporte une caisse de bières ainsi qu’une idéologie punk anarchiste toute neuve et la coupe de cheveux qui va avec. Quand à Zaga, elle vient avec sa nouvelle petite-amie, principalement pour rendre son ex jalouse. C’est une fête mouvementée, pleine de discussions enflammées et de passions cachées qui remontent rapidement à la surface. Mais c’est aussi l’histoire de la génération de la réalisatrice (née en 1986), des gens désormais eux-mêmes devenus parents qui vivent dans une Serbie toujours gouvernée par les personnes et structures qui ont détruit des pays et massacré des milliers de gens dans les années 90. Le film crée un monde à part entière où la nostalgie est largement remplacée par l’amertume et par un tourbillon de conflits, d’amourettes, de ressentiments et d’envie, mais aussi de liens humains authentiques et même de générosité.

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    Swan Song 
    Un film de Todd Stephen, États-Unis, 2021.  

    Un vieux coiffeur exubérant s’enfuit de sa maison de retraite pour remplir la dernière volonté d’une ancienne cliente et amie, avec qui il s’était brouillé il y a trente ans. Cette chronique douce-amère sur la mort et la solitude des aînés est par moments anecdotique mais toujours fois sensible et délicat. Si la réalisation reste sobre, la trame sonore est recherchée et l’interprétation de Udo Kier vraiment mémorable.

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    Stolen Kisses: Homosexual Love in Fascist Italy
    Un film documentaire de Fabrizio Laurenti, Gabriella Romano, Italie, 2020

    Par des lettres, des journaux et des témoignages personnels, on raconte la complexité et la variété des expériences des Italiens LGBTQ pendant la dictature fasciste de Benito Mussolini (1922-1943). Ces mots intimes contrastent avec les paroles des chansons populaires et la propagande de l’époque, obsédés par l’exaltation des mythes de la virilité, de la féminité et de la maternité, et montrent l’ampleur de la répression sexuelle.

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    PAR Karl Mayer, Yves Lafontaine, Chantal Cyr, Julie Vaillancourt, Denis-Daniel Boullé


    INFOS | Image Nation Festival Film LGBTQueer Montréal,
    du 18 au 28 novembre 2021 www.image-nation.org


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