Samedi, 25 juin 2022
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    Tom Swift : Action, espionnage et une pincée d’afrofuturisme!

    La série Tom Swift, réalisée par la CW, a cela de particulier qu’elle met en scène une pléthore de personnages racisés et LGBTQ+, alors qu’elle est paradoxalement basée sur une série de romans qui flirtait assidument avec le racisme et le colonialisme. Cette matière première initiale donne cependant ici naissance à une production qui se veut résolument moderne et inclusive.

    Tom Swift et son laboratoire volant, Victor Appleton
    (traduction française chez Lecture et loisir)

    Un peu d’histoire
    La publication des romans, attribuée à l’auteur collectif Victor Appelton, débute en 1910 et se termine en 2019. Elle s’étale sur 106 titres mettant en scène son héros éponyme : un jeune garçon aux cheveux blonds et inventeur de grand renom. 

    Cette mythologie de prodiges technologiques est propre à ce début de 20e siècle puisque de nouvelles inventions semblaient surgir à chaque instant. Tom Swift est un peu le grand-père du superhéros technologique moderne qu’est Tony Stark (Iron Man). La série s’inscrit par ailleurs dans la même mouvance de romans pour adolescents que Nancy Drew (Alice, en français) ou les Hardy Boys (les Frères Hardy).

    Les romans n’ont évidemment pas échappé aux clichés et préjugés de son époque. Les Afro-Américains y sont ainsi toujours décrits comme passifs ou infantiles et capables des pires violences, si ce n’était de l’intervention paternaliste du héros blanc. Même constat pour les Latinos, toujours paresseux et incapables de la moindre autonomie, etc. 

    La série a cependant connu un grand succès et motivé de nombreuses carrières en ingénierie. Anecdotiquement, la marque Taser, désignant l’arme électrique utilisée par les policiers, est d’ailleurs un acronyme libre des premières lettres du titre ToSwift and his Electric Rifle (le « O » est changé pour un « A » pour des questions phonétiques). Dans le roman, publié en 1911, Tom décide de tester son arme en Afrique. Plusieurs n’ont pas été sans relever le malheureux hasard d’une série aux connotations racistes, qui donne son nom à une arme justement utilisée, dans une proportion surabondante, à l’encontre des populations racisées.

    Un revirement télévisuel à 180 degrés
    Dès le départ, la distribution et la trame narrative de la série s’écartent résolument du matériel d’origine en présentant un héros d’origine afro-américaine et gai, interprété par Tian Richards. Ce dernier est un ingénieur aérospatial issu d’une riche famille d’investisseurs et il se retrouve, malgré lui, bien vite mêlé à une enfilade de conspirations et de phénomènes inexpliqués. 

    Alors qu’il menait jusqu’alors une existence relativement peinarde, c’est la disparition de son père qui l’amène à quitter sa somptueuse résidence pour affronter mille dangers et une mystérieuse organisation qui semble n’avoir de cesse de contrer les progrès de son enquête. Bref, il joue dans les mêmes plates-bandes que James Bond et Indiana Jones, mais en version noire et queer.

    Par ailleurs, son existence n’est pas qu’aventures et mystères. Entre un paternel qui n’approuve pas son orientation sexuelle et une mère qui voudrait qu’il prenne la place de ce dernier à la tête de l’entreprise familiale, plutôt que de se consacrer à ses délires d’inventeur, Tom compte nombre de problèmes familiaux.

    Cette révision moderne du récit initial ne se limite pas à son personnage principal, mais également à ses acolytes. Ainsi, l’acteur trans Marquise Vilsón interprète Isaac, son redoutable et viril garde du corps, qui l’accompagne dans chacune de ses aventures et dont la tâche se voit complexifiée par l’émergence de sentiments troubles à l’endroit de son employeur. 

    À ce sujet, Melinda Hsu Taylor, l’une des productrices de la série, a mentionné l’impact que son fils, lui-même trans, a eu sur la genèse de celle-ci. Lorsqu’elle lui a demandé quels étaient les personnages d’émissions de télévision auxquelles il s’identifiait, il a répondu : « Aucune ». Elle a alors décidé d’agir et de changer le discours télévisuel.

    De son côté, Albert Mwangi tient le rôle de Rowan, avec lequel Tom partage des atomes beaucoup trop crochus à son goût, puisqu’il se révèle être membre des services de sécurité d’un membre du Congrès aux intentions malsaines et donc, un redoutable adversaire. Ashleigh Murray (Riverdale) interprète également le rôle de Zenzi, dont la franchise brutale permet à notre héros de garder les deux pieds sur terre.

    Le côté science-fiction y occupe également une place d’importance puisque, à titre d’exemple, les découvertes récentes de Tom lui permettent déjà de planifier un voyage vers Saturne. La notion d’afrofuturisme à la Black Panther, le concept d’appropriation de la technologie et de l’imagerie de la science-fiction dans un contexte afro-américain s’inscrit donc clairement dans la série et ne peut que piquer la curiosité.

    Le personnage a été testé dans l’épisode 15 de la saison 2 de la série Nancy Drew et, devant le succès remporté, une série de dix épisodes a été réalisée. L’action de celle-ci se déroule deux ans plus tard, alors que Tom est déjà plus affirmé et mature et prêt à se lancer à corps perdu dans l’action et la romance !

    La série en promet de toutes les couleurs et entend mettre en place un ton navigant allègrement entre la romance, le drame et l’humour. Pince-sans-rire, Noga Landau, également productrice de la série, la qualifie d’ailleurs de « barbe à papa, couverte de paillettes, avec un steak à l’intérieur » !

    Diffusée sur la CW, la série n’est présentement pas disponible au Canada (à moins d’utiliser un VPN). Les avis sont partagés sur les deux premiers épisodes : certains ont adoré et d’autres sont plus circonspects. C’est donc à surveiller!

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