Mardi, 16 août 2022
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    Queer as Folk : plus abrasive que jamais !

    Troisième mouture d’une série qui a singulièrement marqué l’imaginaire et soulevé moult controverses, au début des années 2000, où on ne voyait que peu de représentations gaies au petit comme au grand écran. Est-ce que cette nouvelle itération réussira également à se démarquer au sein de l’univers télévisuel actuel ?


    Diffusée entre 1999 et 2000, la série initiale se composait de deux saisons dont l’action se situait dans la ville de Manchester, en Angleterre. Elle s’articulait autour de l’amitié et des drames de trois hommes gais face aux plaisirs, mais également aux enjeux d’une société parfois intolérante. Elle eut l’insigne honneur d’être la première série exclusivement composée de personnages principaux gais et, bien évidemment, causa l’indignation de nombreux bien-pensants par des scènes de sexe jugées trop crues.


    Pour la petite histoire, le titre est tiré d’une expression du nord de l’Angleterre, « there’s nowt so queer as folk » (il n’y a pas plus étrange ou bizarre que l’être humain), tout en y ajoutant un second niveau de lecture avec le sens moderne de queer associé à l’homosexualité. De 2000 à 2005, Showtime (É-U) et Showcase (Canada) ont proposé une nouvelle itération se déroulant à Pittsburgh. Alors que la version britannique se centrait uniquement sur le G de LGBT, la seconde mouture embrassait plutôt le LG, se déroulant autour de cinq hommes gais et d’un couple de lesbiennes. La série abordait des thèmes comme le mariage, l’adoption, l’insémination, l’homophobie, le sida, la prostitution et la consommation de drogues. Bien que sexuellement moins explicite que son pendant britannique, elle sème toujours la controverse chez les bien-pensants conservateurs, mais également à l’intérieur même des communautés LGBT. En effet, certains critiques lui reprochent de présenter une image débauchée de la réalité.


    Nonobstant ces tracasseries, la série a connu un succès sans précédent, tant du côté de Showtime que de Showcase. Pour une analyse complète et détaillée du phénomène, le vidéaste youtubeur James Somerton propose un reportage de 30 minutes sur le sujet : How a Gay Show Changed TV… and Was Forgotten. La chaine Peacock propose maintenant sa propre relecture du concept, qui s’avère beaucoup plus abrasive. On ne peut cependant parler d’une relance (reboot) puisqu’aucun personnage ni élément précis du scénario des séries originales ne reviennent. L’action a par ailleurs quitté la Pennsylvanie pour s’établir à La Nouvelle-Orléans. Fidèle à sa tradition d’inclusivité, la nouvelle série quitte maintenant les frontières du LG pour embrasser tout le spectre du LGBTQ+.

    D’un même souffle, la représentation exclusivement caucasienne des deux premières moutures laisse place à une très grande diversité : personnes caucasiennes, afro-américaines, sino-américaines, latinos, personne en situation de handicap, personne atteinte de paralysie cérébrale, etc. Le premier épisode fait face à l’enjeu de toute nouvelle série : installer une flopée de personnages. On peut dire que cette troisième mouture s’en tire relativement bien, malgré un parcours plutôt cahoteux puisqu’on saute constamment d’un personnage à l’autre, de telle sorte qu’il est difficile de tisser des liens entre eux. L’arc narratif du premier épisode se conclut par une fusillade au club Babylone, un rappel de la tuerie survenue en 2016 au bar Pulse, à Orlando en Floride.

    L’un des personnages que l’on pensait principaux y perd la vie, mais celui-ci est à ce point sous-développé que son trépas se révèle presque anecdotique, ne permettant pas de s’identifier à la douleur de l’événement. Une occasion dramatique qui se révèle donc un peu ratée. Le second épisode comble cependant ce rendez-vous manqué en développant richement tous les personnages, permettant ainsi d’en établir les traits fondamentaux et de créer un attachement véritable avec ces derniers. Coup de chapeau pour Ryan O’Connell (Special), atteint de paralysie cérébrale, qui livre une interprétation complexe et nuancée et qui marque instantanément l’esprit par son humour caustique. De plus, l’ouverture et la conclusion dudit épisode en étonneront plusieurs en affichant une sexualité à la fois profondément décomplexée et explicite.


    C’est également une belle surprise de retrouver l’actrice trans Jesse James Keitel (Big Sky), toujours aussi étonnante dans la justesse de son interprétation. Les fans pourront aussi la retrouver dans l’épisode 7 de la série Star Trek : Strange New Worlds, où elle crève l’écran par son interprétation et ses propos relatifs à la dualité identitaire de Spock. En terminant, il faut souligner le trait d’humour de Peacock qui, dès les premières secondes de l’épisode, affiche son nom en y soulignant les quatre dernières lettres pour ainsi former « cock » (queue). La série est disponible en anglais et aucun doublage n’est pour le moment annoncé. Il faut par ailleurs noter qu’aucune diffusion des versions françaises des précédentes séries n’a été effectuée au Québec. Il faut dire qu’il était difficile de s’identifier à un doublage français ayant évacué et jusqu’à un certain point censuré le mordant du discours initial, tout en relevant un peu trop le niveau de langage.


    INFOS | Diffusée sur StackTV au Canada ainsi que sur Showcase Canada, via CRAVE

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