Samedi, 26 novembre 2022
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    La Coupe du monde de soccer au Qatar aura bien lieu

    Ne rêvons pas. Il n’y aura pas de boycottage de la Coupe du monde de soccer au Qatar du 20 novembre au 18 décembre prochain. Trop d’argent en jeu, trop d’intérêts à maintenir de « bonnes relations » avec cet émirat. Et les amateur.trice.s de ce sport mettront leur conscience humanitaire en veilleuse pour éviter de gâcher leur plaisir. On passe outre la situation des femmes et des milliers d’immigrantes et d’immigrants exploité.e.s, pour la construction des infrastructures.


    Ne rêvons pas. Plusieurs pensent que la présence du Canada et d’autres pays soucieux, sur papier, des droits de la personne influera un jour ou l’autre sur les autorités qataries et que, dans les années à venir, elles s’ouvriront sur une meilleure acceptation des 2SLGBTQI+, tout comme elles donneront plus de liberté aux femmes. Le même discours est tenu par des gouvernements occidentaux sur la capacité de faire changer le cours de l’histoire en étant présent, comme pour les compétitions sportives, aux discours tenus sur le rappel des droits de la personne lors de conférences multilatérales ou à l’ONU.
    On aimerait y croire. Et même si on peut espérer que, en s’inscrivant dans cette stratégie, dans deux ou trois générations, les choses auront bougé, qu’en est-il de nos jours pour les femmes et les 2SLGBTQI+ ? Pourrait-on dire à des esclaves aujourd’hui de ne pas s’en faire, que leurs petits-enfants ou arrière-petits-enfants seront enfin libres ?
     
    On aimerait y croire. Lors des jeux de Sotchi, la même stratégie avait été suivie. Après tout, la présence d’athlètes concerné.e.s par les droits de la personne allait influer sur la politique du Kremlin. Résultats des courses : la politique de Poutine envers les 2SLGBTQI+ s’est durcie et compte tenu de la situation géopolitique, la guerre en Ukraine, etc., on ne voit pas dans un avenir proche un retournement de situation. Le défenseur des droits de minorités LGBTQI, Victor Madrigal-Borloz, a sauvé sa tête de justesse auprès des Nations unies. Son mandat a été renouvelé jusqu’à la fin 2023, malgré la fronde des 53 pays membres de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), ce qui n’augure rien de bon. Certes, le défenseur continuera à faire ce qu’il a déjà fait depuis la création de son mandat, comme de se rendre dans les pays réfractaires aux 2SLGBTQI+ et de faire un état des lieux, mais rien ne changera vraiment. Et ce n’est pas lui qui s’exprimera sur la Coupe du monde de soccer au Qatar.


    Bien sûr, les récentes preuves indiquant qu’une montée anti 2SLGBTQI+ se dessine lentement dans de nombreux pays et même au sud de notre frontière ne semblent pas nous inquiéter. Pas de grands mouvements de solidarité envers les deux lesbiennes condamnées à mort en Iran. Pas de chance, elles ne sont pas nées au bon endroit ni à la bonne époque. Qui en parle ? Il faut se tourner vers la presse étrangère pour s’informer et puis on passe à autre chose. Aucun organisme communautaire, aucun parti politique ici, aucun gouvernement ne semble réellement concerné.

    Bien sûr, aux détours d’une question, on déplore les situations de persécution, de manque de liberté individuelle, mais on revient vite à nos petites préoccupations locales. Au pire, on se désole de ne pouvoir rien faire, mais on laisse partir les athlètes canadiens à cette grande messe du ballon rond, qui a toutes les allures du ballon de la honte puisque l’on s’excitera le poil des jambes dans des tribunes et que l’on jouera sans aucune gêne sur des terrains imbibés du sang de ceux et celles qui les ont construits.


    Personne ne s’indigne de voir l’ex-footballeur anglais David Beckham, que l’on disait soucieux des droits des minorités 2SLGBTQI, devenir l’image officielle de cette Coupe du monde. Le Qatar a choisi — ou plutôt acheté — cet athlète célèbre qui considère, dans la publicité pour Tourisme Qatar, que « c’est la perfection pour moi » ou, encore plus loin, que « c’est un endroit incroyable pour passer quelques jours », avant de conclure qu’il avait hâte d’y emmener ses enfants. Le silence est seulement troublé lorsque sont présentés des rapports d’ONG sur la situation des 2SLGBTQI2 à travers le monde. Pas de grandes vagues de protestation quand deux lesbiennes sont condamnées à mort en Iran. Elles ont un nom : Zahra Sedighi Hamedani et Elham Chubdar. Elles peuvent être exécutées, ici on s’en fout, mis à part l’ILGA qui a mis une pétition en ligne. Pas de manifestations devant l’ambassade d’Iran ou celle du Qatar à Ottawa. Et chaque semaine, on pourrait ainsi faire le tour du monde et signaler des situations d’horreur vécues par des personnes 2SLGBTQI+.


    La défense de nos valeurs, dont la solidarité, s’arrêterait aux frontières du plus beau pays au monde.
    Mais bonne nouvelle : le Qatar progresse. Pour la Coupe du monde, la consommation de bière sera autorisée avant et après les matchs. Grande victoire pour celles et ceux qui pensent que la venue d’équipes et d’athlètes occidentaux influe sur les droits de la personne à travers le monde. Allez, patron, une autre bière SVP. 

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