L’ancien joueur professionnel de football australien Mitch Brown affirme aujourd’hui se sentir « en paix » depuis qu’il a fait son coming out comme homme bisexuel — un geste encore rarissime dans le sport masculin d’élite.
En août dernier, l’ex-joueur des West Coast Eagles, qui a évolué pendant dix ans dans la Ligue australienne de football (AFL), est entré dans l’histoire en devenant l’un des premiers joueurs de la compétition masculine à révéler publiquement sa bisexualité. Dans un univers où l’hétérosexualité demeure la norme implicite et où les sorties du placard se comptent encore sur les doigts d’une main, son témoignage a résonné bien au-delà des terrains.
À l’occasion du Mardi Gras — événement phare des communautés LGBTQ+ en Australie — Brown a accordé une entrevue à l’émission Melbourne Breakfast, animée par Sharnelle Vella et Bob Murphy. Il y est revenu avec franchise sur les mois qui ont suivi son annonce.
« Je suis un homme bisexuel », affirme-t-il d’entrée de jeu. Puis, il décrit ce que cette prise de parole a changé dans sa vie : « Ça m’a apporté un sentiment de paix, mais surtout de confort et de confiance — confiance en qui je suis, en mon identité, et confiance de la partager. »
Sortir du silence
Questionné sur les six derniers mois, Brown confie que parler ouvertement de son orientation sexuelle a agi comme une véritable thérapie. « Je traverse ça en temps réel, et ça se déroule publiquement, mais je le vis aussi à un niveau très personnel », explique-t-il. Malgré l’exposition médiatique, il dit ressentir aujourd’hui « un sentiment de paix et de confort ».
Il évoque également le poids du secret, ce qu’implique le fait de cacher une partie de soi : « Quand tu gardes quelque chose pour toi, il n’y a que toi et tes pensées… Tu t’inventes des scénarios qui ne correspondent pas à la réalité. Tu t’imagines que ce sera pire que ça l’est vraiment. »
Ce discours trouvera un écho familier chez bien des personnes LGBTQ+ au Québec comme ailleurs : l’angoisse anticipée, la peur du rejet, les scénarios catastrophes qui s’effritent parfois au contact du réel.
« Ça a été rempli d’amour »
Avant de faire son coming out publiquement, Brown admet avoir redouté les réactions. Pourtant, l’accueil a dépassé ses craintes. « Ça n’a vraiment pas été si difficile. Ça a été rempli d’amour et de soutien », dit-il, tout en reconnaissant son « privilège » d’avoir été entouré ainsi.
Conscient que tous les athlètes LGBTQ+ ne bénéficient pas du même filet de sécurité, il insiste sur l’importance de poursuivre la conversation autour de la diversité sexuelle dans le sport masculin. « Je choisis de le faire », affirme-t-il, en parlant de son engagement à maintenir le dialogue.
Dans son entourage personnel, Brown était ouvert au sujet de sa bisexualité depuis des années. Mais dans la sphère publique du football professionnel, il ne sentait pas qu’il avait « la place pour parler ». Cette impression d’illégitimité en dit long sur les codes encore rigides qui structurent les vestiaires et les ligues masculines.
Briser l’effacement bisexuel
Brown aborde aussi une réalité bien connue dans les communautés queer : l’effacement de la bisexualité. Il admet avoir réfléchi à la symbolique de son geste.
« Peut-être que la première personne dans la compétition masculine de l’AFL à faire son coming out publiquement aurait dû être un homme gai, quelqu’un qui marche sur le tapis rouge du Brownlow aux côtés d’un homme », dit-il, évoquant la prestigieuse cérémonie annuelle du football australien.
Cette remarque met en lumière la hiérarchie implicite qui persiste parfois dans la représentation médiatique des identités LGBTQ+. Les hommes gais sont plus visibles — bien que toujours minoritaires dans le sport d’élite — tandis que les personnes bisexuelles demeurent souvent perçues comme ambiguës, transitoires ou moins « clairement » queer.
En choisissant de parler, Brown ne cherchait toutefois pas à occuper un rôle symbolique particulier. Son objectif était plus simple — et plus radical : être authentique.
Il affirme avoir toujours voulu que son coming out laisse place à « son moi authentique » et à une certaine « brutalité honnête », sans filtre ni stratégie de relations publiques trop polie.
Rendre le sport plus accueillant
Au-delà de sa propre trajectoire, Mitch Brown espère contribuer à rendre le sport masculin plus accueillant pour tout le monde. Dans un contexte où les initiatives arc-en-ciel se multiplient — souvent critiquées pour leur caractère superficiel — la prise de parole d’athlètes en activité ou récemment retraités demeure un levier puissant de changement culturel.
Pour les communautés queer québécoises, où le hockey, le football et d’autres sports d’équipe occupent une place importante dans l’imaginaire collectif, ce type de témoignage rappelle que les vestiaires ne sont pas des espaces neutres. Ils peuvent être des lieux d’exclusion — mais aussi, potentiellement, de transformation.
En se disant « en paix », Mitch Brown ne prétend pas avoir réglé tous les enjeux liés à l’homophobie ou à la biphobie dans le sport. Il témoigne plutôt d’un parcours intime : celui qui consiste à passer du silence à la parole, de la peur à l’authenticité.
Et parfois, dans un monde sportif encore frileux face aux réalités LGBTQ+, cette simple affirmation — « Je suis un homme bisexuel » — peut déjà faire bouger les lignes.

