Mercredi, 8 février 2023
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    Interview with the Vampire, place à la sexualité ardente !

    Le roman d’Anne Rice, Interview with the Vampire (Entretien avec un vampire), a connu une adaptation au cinéma en 1994, mettant en vedette Tom Cruise et Brad Pitt. Malgré une charge homoérotique léchée, le film présentait une sexualité quasi homéopathique entre les deux hommes. Une erreur que s’est empressé de corriger le scénariste Rolin Jones (Weeds, Boardwalk Empire) dans la série d’AMC, qui l’embrasse au contraire avec ferveur !

    Cette fois-ci, le charismatique Lestat de Lioncourt est interprété par Sam Reid, alors que Jacob Anderson prête ses traits à Louis de Pointe du Lac. L’action se déroule toujours à La Nouvelle-Orléans, mais au début du 20e siècle et avec une variation qui permet d’y inscrire un contexte de lutte de pouvoir fort intéressant. Louis est en effet afro-américain et évolue au cœur d’une culture profondément raciste, alors que Lestat jouit des privilèges que lui confère « naturellement » sa blancheur. Louis lance d’ailleurs une boutade à ce sujet, indiquant que Lestat n’est pas blanc : il est Français !

    La série n’est pas une réinvention du film de 1994 puisqu’elle prend appui sur ce dernier. Le récit s’amorce avec le journaliste Daniel Molloy qui, 30 ans après les événements du film, reçoit un colis dans lequel se trouvent les bandes audios de l’entrevue réalisée avec Louis. Les entretiens reprennent, mais le journaliste se fait un malin plaisir de remettre les pendules à l’heure et de souligner les contradictions avec le précédent exercice. Une subtile référence aux incohérences entre les deux premiers volumes de la série d’Anne Rice puisque le tome 1 est relaté du point de vue de Louis et le second de celui de Lestat.

    Dès le départ, Louis invoque qu’il se sent maintenant plus libre d’évoquer certains éléments, notamment en regard de ses « préférences ». En ce sens, la série télévisée s’arrime plus habilement avec les romans d’Anne Rice pour qui les vampires constituaient une métaphore des communautés queers qu’elle côtoyait alors qu’elle résidait à San Francisco. Dans la série, Louis est tout sauf en paix avec les sentiments qu’il nourrit pour les hommes : il tente de résister à ses pulsions et de donner le change en payant des prostituées avec lesquelles il se contente de discuter. Fasciné par le séduisant Louisianais, Lestat s’emploie à le libérer de ses chaines et à réveiller des braises qu’il pressent ardentes. La sensualité du vampire s’exprime d’ailleurs symboliquement à l’écran par les cravates flamboyantes qu’il arbore au milieu d’hommes aux vêtements généralement plus ternes. Une entreprise de séduction se met en place, notamment au cœur d’une partie de poker où Lestat s’amuse, au vu et au su de Louis, à manipuler le jeu. Le premier épisode culmine dans une scène passionnelle, magnifiquement poétique et sanglante, au cœur d’une église : Louis rend les armes et Lestat pourfend les représentants d’une institution pour qui la relation qu’ils entretiennent constitue une abomination. Malgré toute la sauvagerie de la scène, sa démesure constitue avant tout une déclaration d’amour entre les deux hommes, résonnant au rythme de battements de tambour que Louis réalise bientôt être ceux de leurs cœurs qui battent à l’unisson :

    « Soyez toutes les belles choses que vous êtes et soyez-les sans aucun repentir. »
    « Pour la première fois de ma vie, j’ai été vu et reconnu. »

    La série se distingue non seulement par la sensualité et la critique sociale dont elle est empreinte, mais également par un humour pince-sans-rire qui joue avec les codes du genre. Lors du premier partage à deux d’un cercueil, Lestat déclare finement : « It’s okay, you can be on top ». On a également droit à une amusante conversation sur l’oreiller entre deux cercueils fermés. Ce sens de la dérision verse parfois presque dans le surréalisme, par exemple lors d’un repas complètement déjanté entre Louis et son biographe ou dans la fureur manifestée par Lestat à l’endroit des fausses notes d’un ténor. Petit bémol autour de la langue de certains personnages présentés comme étant Français ou de descendance française. Pour un auditoire francophone, le décodage de leurs échanges relève parfois de la prouesse auditive. Étrangement, la performance de Sam Reid, pourtant d’origine australienne, est impressionnante de fluidité et de précision. Magnifiquement mis en image, la série se révèle un plaisir pour les yeux, mais également pour l’esprit. Les personnages sont complexes à souhait, parfois même bouleversants, et mettent habilement en scène la profondeur des enjeux et les tensions qui les gouvernent.

    INFOS | La première saison est disponible en anglais sur AMC.

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