Samedi, 26 novembre 2022
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    Le changement (?) dans la continuité

    Pas de surprise lors des dernières élections provinciales : la CAQ a été réélue. S’en sont suivies les mêmes critiques du mode de scrutin, puisque pour un pourcentage semblable d’électeurs à l’échelle de province, certains partis ont plusieurs député.e.s et d’autres aucun.e.s. On reparle d’un mode d’élection qui ferait place à la proportionnalité. Cela faisait d’ailleurs partie des promesses de la CAQ lors de la précédente élection, mais il ne fait aucun doute que la complexité d’un tel changement refroidira encore une fois le premier ministre Legault.

    On peut regretter que les questions 2SLGBTQI+ n’aient pas vraiment été abordées par les candidat.e.s ou par les chef.fe.s durant la campagne, autrement que par les réponses des partis aux questions que nous leur avions envoyés et auxquelles tous ont pris la peine de répondre (sauf le parti conservateur du Québec… mais sommes-nous surpris?). L’économie et l’écologie ont pris toute la place et face aux défis qui dépassent les frontières de la province, on comprend l’urgence. Cela dit, à travers les réponses de la CAQ à nos questions, on sent que le changement — s’il y a — se fera dans la continuité.

    On espère donc prochainement un nouveau Plan de lutte contre l’homophobie et la transphobie, comme le précédent est échu. Mais aussi, que les choses avancent dans les modifications sur le Code Civil. Le prochain gouvernement devra donc reprendre tout le processus, en particulier le dossier des mères porteuses. Actuellement, les ententes conclues entre elles et les parents d’intention n’ont aucune valeur légale. Des députées de l’opposition se sont montrées inquiètes de l’enjeu de la marchandisation du corps des femmes, mais plusieurs couples d’hommes gais à la recherche de mères porteuses espèrent que leur situation sera possible, sinon ils devront continuer à faire ce qu’ils font actuellement, soit d’aller dans une autre province pour le processus de devenir pères, puis faire adopter leur enfant par la suite par leur conjoint. La réforme prévue du droit de la famille aurait dû inclure une révision des règles de conjugalité, notamment la question des droits et obligations des conjoints de fait, en comparaison des couples mariés… On ne sait pas si ça se fera finalement ou non… 

    Sur un autre plan, la CAQ précise qu’elle «assurera un financement adéquat des groupes». C’est tout le «adéquat» qui méritera d’être expliqué, puisque depuis des années les organismes communautaires se plaignent de sous-financement. Certes, l’enveloppe de subvention est globalement plus grosse qu’il y a quelques années, mais on est bien loin de pouvoir subvenir aux défis auxquels font face les organismes communautaires 2SLGBTQI+ qui apportent une contribution originale et essentielle. Non seulement ils méritent un soutien plus conséquent de la part de l’État, mais en ont grandement de besoin. Certains groupes sont en colère, car la situation est critique sur le terrain, et ce alors que les besoins de la population augmentent. Le service d’écoute et de soutien Interligne a justement profité de la campagne électorale pour crier à l’aide et déclarer qu’il devra prochainement diminuer ses services la nuit, par manque de financement «adéquat».

    Heureusement, on peut se féliciter des bonnes relations que nous entretenons depuis des années avec les différents gouvernements qui se sont succédés d’autant que les militant.e.s ont obtenu par leurs représentations et leurs pressions des gains importants. Que l’on pense au plan de Lutte contre l’homophobie et la transphobie ou en remontant plus loin sur la reconnaissance légale des couples de même sexe. Tous les partis ont rappelé leur attachement aux valeurs fondamentales des droits de la personne incluant les 2ELGBTQI+. Les portes des ministères se sont ouvertes au cours des deux dernières décennies aux représentants de nos communautés et beaucoup d’élu.e.s se font un devoir d’être présent.e.s à des grands événements célébrant nos communautés. On nous aime, on est conscient de nos réalités, et l’on nous rappelle combien nous sommes privilégié.e.s dans cette province, voire dans ce pays. Effectivement, si l’on se compare avec les réalités de nos voisins américains et d’Europe (ne parlons même pas d’ailleurs)…

    Mais ce beau fixe, cette «communion» entre les décideurs.euses et les groupes communautaires, ne doit pas devenir un écran de fumée qui masquent des réalités qui feraient tache dans le portrait si on les éclairait et les visibilisait un peu plus. Nos communautés ne sont pas diversifiées uniquement par l’appartenance à laquelle on s’accroche dans le 2ELGBTQI+. On parle beaucoup d’intersectionnalité, mot à la mode qui souligne que notre identité ne se résume pas à notre orientation sexuelle ou encore à notre genre, mais que d’autres identités, le sexe, l’âge, l’origine culturelle, etc. interférent et ont une incidence sur notre bien-être. Il est clair que le volet social et économique en fait aussi partie. Notre réussite sociale et économique, notre réussite scolaire nous donne plus de facilités à affronter les épreuves qui sont sur notre chemin quand il est question d’orientation sexuelle ou de genre. Une évidence, diront certains, mais que l’on a tendance parfois à oublier.

    Puisqu’on est dans une société qui se félicite de se classer dans le peloton de tête des quelques pays qui sont le plus ouverts aux réalités 2ELGBTQI+, que l’on multiplie les guides, les manuels, les interventions en milieu scolaire, en entreprises, où des activistes apportent avec justesse et rigueur la bonne parole, il faudrait aussi dans le même temps se tourner vers celles et ceux qui restent en marge. Il est bon que le législateur-trice pense, entre autres, à revoir la filiation, ou la question de la gestation pour autrui. Il est bon que des activistes s’engagent dans cette voie. Mais il reste le terrain qui dessine un tout autre paysage. L’itinérance, le logement, les jeunes en fugue, les personnes immigrantes, la violence dont sont victimes encore de nombreux 2ELGBTQI+, restent des questions dont on peut constater un manque de ressources pour accompagner ces personnes à la marge. Que penser des entreprises formées au respect des personnes 2ELGBTQI+ quand on n’a pas de travail? Que penser des aides téléphoniques pour contrer le suicide quand on ne peut offrir un soutien et un suivi dans le secteur public sinon dans quelques mois voire années ? Les exemples pourraient se multiplier… Il faut s’assurer que les décideurs passent à l’action. Il n’y a pas d’amour sans preuves d’amour. On espère les voir.

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