Mercredi, 17 juillet 2024
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    Dany Boudreault incarne Louis II de Bavière dans «Châteaux du ciel»

    Le Théâtre Denise-Pelletier ouvrira sa scène à un personnage plus grand que nature qui a marqué la seconde moitié du XIXe siècle : Louis II de Bavière. Le comédien Dany Boudreault, sous la direction de Claude Poissant et sur un texte de Marie-Claude Verdier, redonnera vie à ce roi qui refusa de se plier aux codes rigides de son époque et surtout de son rôle de souverain. Extravagant, fou, illuminé, voire possédé, les épithètes ne manquent pas pour tenter de cerner cet homme qui tenta de faire de sa vie une œuvre d’art. Mécène de Wagner, architecte audacieux de plusieurs châteaux, organisateur de spectacles dont il était parfois l’unique spectateur, la vie de ce roi iconoclaste pour son époque ne cesse encore aujourd’hui de fasciner. Il suffit de savoir que ses châteaux sont encore les plus visités d’Allemagne et que sa vie a inspiré aussi bien les grands noms du cinéma que du théâtre.

    Le comédien Dany Boudreault, bien avant d’être approché pour ce rôle, était fasciné par ce roi hors du commun dont la vie tient aussi bien de la légende que de la folie. « Il est encore difficile de se rendre compte du legs artistique de ce souverain, précise Dany Boudreault en entrevue pour Fugues, combien il a marqué son époque et bien au-delà des frontières de son royaume ». Louis II accède au pouvoir à l’âge de 18 ans, mais n’aura jamais une grande inclination pour les devoirs de sa charge. Bien au contraire, ses préférences sont ailleurs et il les cultivera jusqu’à sa mort. On connait sa passion pour la musique de Wagner, dont il fera jouer des opéras pour lui tout seul, mais aussi son goût pour l’architecture, qui mêle aussi bien les constructions dans le style de Versailles que les forteresses aux accents néogothiques.

    Catholique, culpabilisé par son homosexualité, Louis II va rapidement se retirer du monde réel pour s’enfermer dans un univers recréé, comme un théâtre dont il serait aussi bien le dramaturge, le metteur en scène et le héros. Et pour ce faire, il dépense sans compter. Sur le plan politique, il délègue ses pouvoirs à des proches. Son entourage, lassé par ses frasques, l’obligera à abdiquer et l’enverra à l’asile. La veille de son internement, on le retrouve noyé, ainsi que le médecin qui l’accompagnait. Sa mort demeure un mystère, chacun y allant de sa théorie, entre accident, assassinat ou suicide. Ce qui ne fait qu’ajouter une pierre à la légende de ce roi qui préférait le monde onirique au monde réel.

    Dany Boudreault – crédit photo Sarah Latulippe

    « Ce qui m’a toujours fasciné dans ce personnage, c’est sa recherche de la beauté sous toutes ses formes pour échapper à sa propre vie, continue Dany Boudreault, jusqu’à se réfugier dans un monde totalement parallèle, comme peuvent le faire aujourd’hui certains jeunes avec le virtuel ». Le comédien, qui parle allemand, a eu le temps de se préparer à ce rôle bien sûr en lisant tout ce qui a été écrit sur Louis II, en passant plusieurs semaines en Bavière et en visitant les lieux mêmes dans lesquels a vécu le roi, dont bien sûr les quatre châteaux qu’il a fait construire. « J’ai aussi lu ses carnets dans lesquels il notait ses réflexions, mais parlait aussi de ses projets, avance le comédien, et j’ai passé aussi beaucoup de temps aussi bien dans le château de Neuschwanstein — peut-être le plus connu et qui a inspiré Walt Disney — que le château de Herrenchiemsee, qui se voulait une réplique du château de Versailles, ou encore le château de Linderhof. » C’est dans ce château que Louis II avait fait construire une grotte dite la Grotte de Vénus, comme une immense salle de théâtre avec un plan d’eau, dans laquelle il organisait des représentations pour son seul plaisir.
     
    Louis II de Bavière ne laisse personne indifférent. Séduisant, mais aussi extrêmement rude avec son entourage, difficile à comprendre, d’une très grande exigence avec les autres et lui-même et n’ayant que très peu d’estime pour qui il était, sa vie a été un engagement vers une quête d’absolu qui ne pouvait conduire qu’à la mort. Une perception qui n’a pas échappé au comédien. « Il y a quelque chose de sacrificiel, comme si d’aller au bout de ses folies, et peut-être le savait-il, ne pouvait le conduire qu’à la mort, comme ultime façon d’échapper à la réalité, à une réalité qu’il n’aimait pas, dans laquelle il ne se reconnaissait pas, donc, le théâtre, la musique, celle de Wagner entre autres, les décors et les mises en scène même de son quotidien étaient pour lui la seule porte de sortie. »
     
    On ne peut parler de ce roi sans évoquer l’homosexualité. Comme beaucoup d’hommes à l’époque, il devait composer entre ses désirs pour les autres hommes et sa très grande culpabilité, d’autant que Louis II de Bavière était un fervent catholique. On lui prête de grandes et de petites relations, mais accompagnées de la notion de pêché, ce qu’il a peut-être, selon le comédien, transfiguré par l’art, là où tout est possible.
     
    La dramaturge Marie-Claude Verdier a rapidement pensé à Dany Boudreault pour incarner ce personnage haut en couleur. « Il fallait un comédien qui puisse interpréter ce personnage du début de l’âge adulte jusqu’à sa mort, environ sur une trentaine d’années, donc un comédien qui soit crédible physiquement à ces différents âges », ajoute Dany Boudreault. Mais il est aussi possible qu’elle ait perçu la présence d’un lien plus profond entre le comédien et le personnage dans cette recherche de la beauté et dans cette soif d’absolu qui fascine celui qui a adapté pour le théâtre la correspondance amoureuse de Maria Casarès et Albert Camus.

    Au cours de l’entrevue, Dany Boudreault parle de ses propres quêtes, et aussi des sacrifices qu’une telle démarche peut entrainer pour soi et pour les proches.

    Dany Boudreault – Crédit photo Sarah Latulippe

    C’est le directeur artistique du Théâtre Denise-Pelletier, Claude Poissant, qui signe la mise en scène de Châteaux du ciel. Entre le metteur en scène et le comédien, il existe depuis longtemps une grande complicité, le premier sachant ce qu’il peut attendre du second, et le second ne cachant pas son admiration pour le premier.
     
    Reste une question : quel est l’intérêt de s’attarder sur la vie et l’œuvre d’un personnage historique aussi excentrique qu’il soit ? Peut-être est-ce parce que dans le monde dans lequel nous vivons, où nous nous sentons parfois prisonnier d’une réalité à laquelle il nous est difficile d’échapper, nous nous demandons si faire le choix de s’inventer sa vie, avec tous les risques que cela comporte, pourrait être une alternative certes terrifiante, mais aussi terriblement séduisante.
     
    Laissons à Dany Boudreault le mot de conclusion : « Cette déception permanente dans laquelle le monde le jette l’isole profondément. Il est absolument seul. Et son absolu va jusque-là, jusqu’à la plus absolue des solitudes ». À méditer sans réserve.


    INFOS | Châteaux du ciel, du 15 mars au 15 avril 2023 au Théâtre Denise-Pelletier

    Texte : Marie-Claude Verdier | Mise en scène : Claude Poissant
    Avec : Mikhaïl Ahooja, Félix Beaulieu-Duchesneau, Annick Bergeron, Frédéric Blanchette, Dany Boudreault, Myriam Gaboury, Maxime Genois, Fabrice Girard, Daniel Parent et Mary-Lee Picknell.

    denise-pelletier.qc.ca

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