Flambée du discours haineux contre les personnes LGBT+ aux États-Unis

Des attaques verbales aux menaces directes, la hausse de la désinformation anti-LGBT+ aux États-Unis, alimentée par des élu·es conservateurs, a des conséquences de plus en plus tragiques.

Cheveux roses flamboyants, Desmond Napoles agite un drapeau arc-en-ciel à la marche des Fiertés de New York, un acte de résistance face à une campagne de désinformation cherchant à associer des membres de la communauté LGBT+ à la pédophilie.

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En juin, une image truquée a fait surface sur Internet. Elle faisait croire qu’un adulte participant à la marche des Fiertés en Californie portait un tee-shirt avec le visage de Desmond, 16 ans, et une inscription : « Les enfants transgenres sont sexy ».

Sur la photo originale, publiée en 2021 par un journal de Californie du Sud, l’homme défilait avec un tee-shirt complètement blanc.

L’image retouchée, qui a circulé sur les réseaux sociaux, a provoqué un déluge de commentaires haineux accusant l’homme de pédophilie et se faisant l’écho d’une théorie du complot d’extrême droite selon laquelle des membres de la communauté LGBT+ manipuleraient psychologiquement les enfants en vue de les abuser sexuellement.

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De nombreux internautes ont appelé à la mort ou la castration de l’homme sur la photo.

« Ils ont utilisé (l’image) pour faire passer des Américains de la communauté LGBT+ pour des “prédateurs” et ils se sont servis de mon visage », a fustigé Desmond Napoles, styliste, mannequin et activiste, qui assure à l’AFP avoir ressenti du « dégoût .

La personne du cliché, identifiée par l’AFP comme étant un homme gai d’âge mûr résidant en Californie, a fait part de sa « stupéfaction » lorsqu’un ami lui a montré l’un des messages injurieux.

« Je suis écœuré par les gens qui nous accusent d’être des agresseurs d’enfants. Cela doit cesser », a-t-il poursuivi lors d’un entretien Zoom avec l’AFP, requérant l’anonymat pour sa sécurité et le respect de sa vie privée.

Il a aussi exprimé sa peur que l’affaire ne « prenne de l’ampleur ».

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Le flot de menaces auquel Desmond Napoles et l’homme de Californie sont confrontés met en lumière les dommages réels causés par la hausse de la désinformation anti-LGBT+.

« Discours haineux »
Celle-ci survient au moment où la rhétorique anti-LGBT+ s’intensifie dans le pays.

Elle comprend, au-delà des fausses allégations de pédophilie, une avalanche de lois contre les personnes trans portées par des élus conservateurs et des boycotts ciblés de marques, comme celui des supermarchés Target, qui ont soutenu les causes LGBT+.

Le mois dernier, la Cour suprême des Etats-Unis a par ailleurs autorisé pour la première fois certains commerces à écarter les client·es LGBT+ pour motifs religieux.

« Il y a eu une flambée du discours haineux qui associe les personnes LGBT+ aux abus sur des enfants », confirme Imran Ahmed, directeur du Centre américain de lutte contre la haine en ligne (CCDH).

« Des personnes haineuses propagent ces mensonges simplement pour déshumaniser les membres de la communauté LGBT+ et les effrayer, et cela se traduit par une hausse alarmante de la violence dans le monde réel », soutient-il.

La photo truquée de Desmond Napoles est apparue d’abord sur le forum de niche 4chan avant de circuler sur Twitter et TikTok.

La photo « n’arrêtait pas de se propager. Nous ne savions pas qui était derrière tout ça ni ce qui se passait », raconte Desmond.

« C’est déchirant »
Pour ajouter à l’horreur, des tee-shirts et d’autres produits à l’effigie de Desmond Napoles avec le slogan « les enfants transgenres sont sexy » ont soudainement été mis en vente en ligne.

Des sites douteux spécialisés dans les impressions à la demande, aux noms de domaines enregistrés à l’étranger, en font la publicité.

La mère de Desmond, Wendy, explique avoir passé des heures à demander à ces sites de retirer cette marchandise, avec peu de succès.

« J’ai envoyé des emails, en disant : “Vous avez une photo de mon enfant sur votre tee-shirt, et c’est inacceptable” », explique-t-elle à l’AFP.

Beaucoup de ces sites semblent liés car ils ont une mise en page et des réclames similaires et disposent des mêmes coordonnées de contact.

Sollicités par l’AFP, ces sites, qui selon certains commentaires clients ont aussi vendu des œuvres volées, n’ont pas répondu dans l’immédiat.

Ils illustrent les efforts déployés pour profiter financièrement de la désinformation anti-LGBT+.

Les cinq plus gros comptes relayant les discours qui lient communauté LGBT+ et manipulation d’enfants en vue d’agressions sexuelles ont généré 6,4 millions de dollars de revenus par an en recettes publicitaires sur Twitter, selon une étude du CCDH.

Pour Wendy, il est particulièrement blessant que l’image de Desmond ait été utilisée pour inciter à la haine et « faire croire aux gens quelque chose qui n’est pas vrai ».

« Ils l’utilisent sans penser qu’il y a une personne derrière l’image qu’ils peuvent blesser », souligne-t-elle. « C’est déchirant ».

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