Créateur de théâtre, Trevor Barrette est reconnu pour son immense succès avec la comédie musicale de superhéros Captain Aurora et sa suite Captain Aurora II: A New Dawn. Ce dramaturge queer met en scène la première mondiale de sa comédie romantique queer, Max and Aaron Write a Musical, qui sera présentée au Centre Segal de Montréal à partir du 15 juin.
Située dans le Montréal d’aujourd’hui, Max and Aaron Write a Musical raconte l’histoire de deux amis d’enfance qui collaborent à la création d’une comédie musicale initiatique inspirée de leur propre vie. Leur partenariat est cependant mis à mal lorsque des vérités longtemps refoulées refont surface. Cette comédie romantique pleine de sensualité met en vedette les acteurs Rylan Allen, Émile Auger, Patrick Park et Nathaniel Bacon.
Diplômé du programme professionnel de théâtre du Collège John Abbott, Barrette connaît bien les planches : ce Montréalais a joué ou été régisseur dans des productions du Centre national des Arts, du Centaur Theatre, de Repercussion Theatre et de Scapegoat Carnivale. Il est également enseignant en théâtre au Segal Centre Academy et à la Geordie Theatre School.
Trevor, qui a épousé l’acteur montréalais Oliver Price en 2022, s’est récemment confié dans une entrevue pour présenter Max and Aaron Write a Musical, à l’affiche du Centre Segal du 15 au 22 juin.
Qu’est-ce qui t’a poussé à créer Max and Aaron Write a Musical ?
Trevor Barrette : En 2016, Kamana Ntibarikure était directrice artistique du Centre for Education and Theatre in Montreal (CETM), et elle m’a offert une place dans leur festival Next Wave. Cela m’a donné l’occasion d’écrire la première version de Max and Aaron Write a Musical. Je voulais écrire une histoire d’amour queer, et je travaille sur cette comédie musicale depuis huit ans. La raison pour laquelle je l’ai écrite en 2016 est toujours valable aujourd’hui : même si le monde change, c’est encore un acte radical de monter un spectacle avec quatre personnages queers.
Ton directeur musical, chorégraphe et producteur associé est Jonathan Patterson, et son mari Chris Barillaro a contribué aux nouveaux arrangements pour piano et voix.
Trevor Barrette : Ce sont deux très bons amis. Jonathan a même participé à notre tout premier atelier en 2016. Et comme j’ai évolué en tant que créateur et compositeur au fil des huit dernières années — tout comme le théâtre musical —, je trouvais qu’il était temps de rafraîchir un peu le tout. Il y a donc de nouvelles chansons, et c’était naturel d’inviter Chris à se joindre à nous pour apporter une nouvelle énergie.
L’artiste queer Cara Rebecca est la directrice d’intimité. Qu’est-ce que cela signifie ?
Trevor Barrette : Il y a beaucoup de désir et d’amour sur scène dans cette production, et Cara s’assure que tous les moments d’intimité sont chorégraphiés, reproductibles et sécuritaires tout au long du processus.
Comment les interprètes — Rylan Allen, Émile Auger, Patrick Park et Nathaniel Bacon — ont-ils abordé les scènes d’intimité ?
Trevor Barrette : Tout le monde a lu la pièce, que nous avons aussi retravaillée en avril. Tout le monde sait donc à quoi s’attendre. Cela dit, nos répétitions sont basées sur la collaboration et le consentement, sous la supervision de Cara. Ce qui est vraiment précieux avec une directrice d’intimité, c’est qu’elle permet d’aborder des moments ou conversations délicates, comme : « Je ne suis pas à l’aise avec ça », ou « Je ne suis pas à l’aise avec cette partie de mon corps ».
On trouve alors des moyens créatifs de jouer la scène, tout en maintenant la sécurité de chacun et en gardant l’intensité du désir et de l’amour, essentiels à notre spectacle.
Ta comédie musicale se déroule à Montréal.
Trevor Barrette : Oui, Montréal est au cœur de notre pièce. Nous avons aussi ajouté des dialogues en français. Je suis ravi de ce niveau d’intégration où nos personnages peuvent vivre en tant que personnes francophones ou bilingues dans notre histoire. C’est une autre façon de rendre cela authentique.
Comment était-ce pour toi de grandir en tant que jeune queer à Pointe-Claire, dans l’ouest de l’île de Montréal ?
Trevor Barrette : J’aime dire que je suis sorti du placard avant Glee, en 2008, à 17 ans. Je l’ai fait dans un camp de théâtre musical en Ontario ! Franchement, quelle histoire plus gai que ça ? On explore cela dans le spectacle : les deux personnages se rencontrent dans un camp de théâtre musical, puis passent les huit années suivantes à être amis tout en se demandant : « Et si on avait tenté quelque chose ? Et si on avait su comment faire notre coming out ? Et si on avait su qui on était à ce moment-là ? » J’ai compris que le coming out est un processus continu. Mon propre cheminement a été effrayant et m’a tenu en alerte pendant longtemps. Aujourd’hui, je suis vraiment confiant dans qui je suis, mais il y a toujours ce besoin de redéfinir ce qui est possible, ce qui est permis, et qui on peut être.
En tant qu’enseignant en théâtre, ayant donné des cours à McGill et à Concordia, que
dites-vous aux étudiant.e.s queers sur le fait d’être out dans ce milieu ?
Trevor Barrette : Ne faites pas le travail de casting à la place du metteur en scène. Faites votre travail. Pensez-vous que ce rôle est pour vous ? Si vous sentez que c’est votre histoire, que c’est votre moment, foncez. Ce qui fait peur, c’est que quelqu’un d’autre prenne la décision à votre place. Mais si vous vous excluez vous-même avant même d’entrer dans la salle, alors vous n’avez aucune chance.
Vous avez des stagiaires queers sur le plateau de Max and Aaron Write a Musical.
Trevor Barrette : C’est une autre raison pour laquelle ce spectacle est si important. Nous travaillons avec une équipe majoritairement queer, et j’ai mis en place un petit programme de mentorat. Six jeunes artistes queers nous accompagnent pendant tout le processus. J’ai contacté toutes les écoles de théâtre en leur disant : « Dites-moi qui vous êtes, ce que vous voulez retirer de cette expérience. » Et j’ai reçu des réponses comme : « Je suis un.e jeune artiste queer, je cherche ma voie. Je ne sais pas ce que le monde du théâtre me réserve à Montréal. » J’adore le fait qu’on puisse être artistes queers ensemble, monter un spectacle, et leur offrir une chance de réseauter avec des pros.
Je ne sais pas si je vous l’ai déjà dit, mais j’ai beaucoup aimé votre spectacle To Be avec Adam Capriolo et Sean Colby, joué en janvier 2014 par votre compagnie Kaleidoscope. Leur scène d’amour sur le banc du parc m’a fait sourire. Ce baiser reste l’un de mes moments préférés au théâtre.
Trevor Barrette : Vous me l’avez dit, et je le garde précieusement dans mon cœur. Il y a encore plus de moments comme ça dans Max and Aaron Write a Musical !
Vous considérez-vous comme un créateur de théâtre gay, ou comme un créateur de théâtre qui se trouve être gai ?
Trevor Barrette : Pour ce spectacle, je suis clairement un créateur de théâtre queer. On pense que le théâtre est très queer, non ? Qu’il y a beaucoup de gays dans ce milieu. Mais quand je regarde ma carrière — surtout comme régisseur — je réalise que je n’ai pas travaillé avec tant de créateur.trice.s queers que ça. C’est étonnant.
Aujourd’hui, je suis entouré d’une équipe très queer — en régie, dans les décors, sur scène — il y a tellement de personnes queers dans la salle que je me sens enfin autorisé à être moi-même. C’est un moment magnifique pour moi, que je vis rarement dans un cadre professionnel. C’est une occasion d’embrasser pleinement mon identité de créateur de théâtre queer. Donc oui, c’est une belle question, et je suis sûr que j’aurai une autre façon d’y répondre à la fin de cette production.
INFOS | Max and Aaron Write a Musical sera présenté au Centre Segal du 15 au 22 juin. Billets disponibles sur www.segalcentre.org.

