Lundi, 19 janvier 2026
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    Célébrer pour résister

    Chaque été, au Québec comme ailleurs, les rues se parent de drapeaux multicolores, les scènes s’animent de musique, de discours, d’artistes et de drag queens, et des milliers de personnes queer et alliées défilent dans une ambiance survoltée. Pour certain·es, ce déferlement de joie et de paillettes peut paraître frivole. Pourtant, dans un climat politique de plus en plus polarisé et conservateur, l’aspect festif des festivals de la Fierté demeure, en soi, un acte profondément politique.

    Une tradition de résistance joyeuse
    Les premières marches ont eu lieu en commémoration des émeutes de Stonewall. À Montréal, cette commémoration s’est tenue pour la première fois en 1979. Ce n’était pas une parade, mais une courte marche qui s’est terminée par un pique-nique au Square Saint-Louis la première année, puis au parc Lafontaine, par la suite.

    Or, dès les premières années, la fête s’est invitée dans les cortèges : slogans militants et chorégraphies disco cohabitaient dans une volonté commune de visibilité et d’affirmation. La joie, l’exubérance et la provocation sont alors devenues des armes, des réponses à une société qui invisibilisait et criminalisait. Encore aujourd’hui, danser dans la rue, assister à un concert en tenant la main d’un·e partenaire du même genre, défiler en robe à paillettes ou scander des slogans, vivre sa réalité sans honte demeure un geste subversif dans bien des contextes.

    Fierté, visibilité et légitimité
    Un festival comme celui de Fierté Montréal permet d’abord une prise d’espace. Il revendique le droit d’exister, haut et fort, dans un espace public encore trop souvent hostile ou normatif. Pour les personnes trans, non binaires, intersexes, non conformes à la norme ou en questionnement, cette visibilité peut être salvatrice. Elle montre qu’elles ne sont pas seules. Qu’une communauté les soutient. Qu’il est possible d’exister autrement, de vivre pleinement et fièrement sa vérité. La fête devient alors une affirmation identitaire. Un refus de se cacher. Et, surtout, une revendication : nous sommes là — et nous n’avons pas l’intention de disparaître.

    Quand la fête défie le conservatisme
    Depuis quelques années, un vent conservateur souffle sur plusieurs régions du monde — y compris en Amérique du Nord. Au Québec, on observe une montée des discours transphobes dans les médias, un certain recul des politiques inclusives (ÉDI) et une banalisation inquiétante des attaques contre les droits des personnes LGBTQ+. C’est précisément dans ces moments de recul que la fête devient nécessaire.

    Elle rappelle que la communauté refuse de se laisser dicter ses humeurs ou ses modes d’expression par des forces oppressives. Célébrer quand on nous dit d’avoir honte, danser quand on voudrait nous faire taire, aimer quand on voudrait nous diviser : tout cela est politique. Et essentiel.

    Une scène pour les luttes trans et non binaires

    L’un des grands défis de notre époque demeure la reconnaissance pleine et entière des droits des personnes trans et non binaires. Ces dernières années, elles ont été au centre de campagnes de désinformation et de haine — pensons aux spectacles ou lectures de contes de drag, aux toilettes non genrées, à l’écriture inclusive, aux politiques d’ÉDI —, souvent orchestrées par des groupes conservateurs d’ici et d’ailleurs.

    L’accès aux soins de santé, à des papiers d’identité adéquats, à la sécurité dans les écoles et les lieux publics reste un combat quotidien, comme en témoigne le récent rapport du « Comité de sages ».
    Dans un festival de la Fierté, la scène devient un véritable podium de visibilité. Les artistes prennent le micro. Les organismes communautaires rencontrent le public. Les allié·e·s écoutent, apprennent, relaient. La fête offre une plateforme médiatique et sociale que peu d’autres événements peuvent égaler. Elle permet de montrer la pluralité des expériences trans, non binaires (et plus largement LGBTQI+), leurs luttes, bien sûr, mais aussi leur joie, leur amour, leur créativité.

    Le pouvoir de la joie collective
    À une époque marquée par le cynisme, la division, la peur et les tentatives d’instrumentalisation de la Fierté, la joie collective devient une forme de soin et de réparation. Elle guérit les traumatismes, tisse des solidarités, ouvre des espaces de dialogue. Les festivals de la Fierté — comme l’ont été Divers/Cité et Fierté Montréal depuis 2007 — créent des moments où de jeunes personnes queer découvrent, souvent pour la première fois, un monde où leur existence est célébrée, et non simplement tolérée.
    Cela ne signifie pas que la fête remplace la lutte. Au contraire : elle l’amplifie. Elle la rend désirable, accessible, contagieuse. Elle permet à des membres des communautés 2SLGBTQIA+, qui ne se reconnaissent pas toustes dans les formes traditionnelles de militantisme — pétitions, manifestations, boycotts, sit-in, die-in, conférences de presse — de s’engager autrement. D’écouter un discours pendant un show drag. De signer une pétition entre deux concerts. De faire un don après avoir vu passer la banderole d’un organisme. De découvrir un groupe qui milite pour une cause chère à nos yeux.

    Réclamer la fête, revendiquer nos droits
    Il ne faut pas tomber dans le piège du « soit l’un, soit l’autre ». Un festival comme Fierté Montréal est à la fois une fête et un espace de revendications. Il peut accueillir des spectacles et des débats, des DJ et des ateliers éducatifs, susciter les échanges et les rencontres, favoriser le réseautage et le recrutement communautaire, proposer des danses, des expositions, des parades et des panels sur les droits LGBTQIA+. Tout cela et bien d’autres choses encore, avec l’intention politique de célébrer nos identités et nos acquis, oui, mais aussi de dénoncer les injustices envers les personnes LGBTQIA+, de mobiliser les gens, de soutenir les plus vulnérables. Dans un monde qui voudrait parfois nous voir rentrer dans le rang, la Fierté continue de se réinventer, de faire du bruit, de rayonner. Refuser la joie, ce serait donner raison à celles et ceux qui souhaitent nous faire taire ou disparaître. Embrasser la Fierté, c’est affirmer notre droit de vivre pleinement.

    Le Festival Fierté Montréal se tiendra du 31 juillet au 10 août.
    Le défilé aura lieu dès 13h, le dimanche 10 août.

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