Samedi, 17 janvier 2026
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    Bangladesh : les personnes LGBTQ+ toujours plus vulnérables un an après la chute du gouvernement

    Les manifestations avaient forcé l’ancienne première ministre Sheikh Hasina à démissionner en août 2024. Un an s’est écoulé depuis la démission et la fuite de Sheikh Hasina, un départ qui a déclenché une crise politique majeure et plongé le Bangladesh dans une période d’agitation profonde. Depuis son éviction, le pays fait face à une flambée de violences collectives, de lynchages et d’attaques ciblées — et la communauté LGBTQ+ se retrouve au cœur de la tourmente.

    À la suite de l’effondrement de l’ordre public en 2024, de nombreuses personnes LGBTQ+ avaient dû se cacher dans des maisons sécurisées alors que les agressions de milices autoproclamées se multipliaient. Aujourd’hui, alors que le pays peine encore à stabiliser ses institutions et que les forces de l’ordre fonctionnent avec un taux de postes vacants avoisinant les 30 %, les témoignages de la communauté LGBTQ+ offrent un indicateur brutal du véritable état du redressement social et politique du Bangladesh.

    Une régression rapide et inquiétante
    Tushar Kanti Baidya, directeur des programmes de l’organisation Inclusive Bangladesh, affirme que la situation des droits LGBTQ+ a radicalement changé depuis la crise de 2024 — et pas pour le mieux.

    « Au cours de la dernière décennie, nous avons travaillé fort pour bâtir une visibilité positive pour les personnes LGBTQ+, surtout les personnes trans. Mais ces avancées sont désormais menacées par l’influence croissante de groupes politiques de droite et de leurs alliés », dit-il.

    Selon Baidya, ces groupes nient la légitimité même des identités trans et mènent des campagnes coordonnées contre l’ensemble de la communauté.

    « Le climat hostile entraîne discrimination, harcèlement et violence. Les personnes trans sont particulièrement ciblées : agressions physiques, intimidation, restrictions professionnelles… même celles qui ont contribué à l’avancement des droits humains ne sont pas épargnées. »

    Il cite notamment le cas de Sanjiboni Sudha, directrice de son organisation, qui aurait été « constamment harcelée » et poussée à démissionner de son poste à BRAC Bank, affiliée à la grande ONG BRAC. Les plaintes adressées à la direction, selon lui, n’ont reçu « aucune réponse substantielle » et ont été classées comme un simple « problème interne ».

    Sanjiboni aurait également perdu sa bourse à l’Université de Dhaka, après l’abolition soudaine du quota destiné aux étudiants trans — une décision prise sans directive ni mesure de transition. Une autre collègue, Saraban Tahura, n’a pas vu son contrat renouvelé chez Walton Group, alors que ses collègues cisgenres occupant des postes comparables ont été conservés. « Des membres de notre communauté qui avaient publiquement soutenu un nouveau parti politique ont été expulsés de ses comités dès que leur orientation sexuelle ou leur identité de genre a été révélée », ajoute Baidya. « Les cas de chantage, de crimes haineux et même de meurtres ont connu une hausse spectaculaire. »

    Un meurtre qui fait trembler la communauté

    Le 19 juillet dernier, Mohammad Rafiqul Islam, un homme gai, a été assassiné de manière brutale à Gazipur, près de Dhaka. Une organisation de défense des droits humains basée à Paris a qualifié l’attaque de préméditée, ce qui a ravivé les craintes au sein des groupes marginalisés.

    Leurs observations pour l’année 2024 documentaient déjà une montée vertigineuse de la violence depuis la chute du gouvernement Hasina et l’arrivée au pouvoir de l’administration intérimaire dirigée par Muhammad Yunus. Profitant du vide politique, des groupes islamistes fondamentalistes auraient multiplié les attaques ciblant les personnes LGBTQ+, aggravant leur insécurité dans un contexte déjà explosif.

    Hasina : un passé contrasté, mais plus protecteur
    Selon Baidya, l’administration Hasina avait mis en place plusieurs mesures concrètes pour protéger les minorités — religieuses, sexuelles, de genre et ethniques.

    Avant la crise de 2024, son gouvernement avait instauré : la reconnaissance légale du troisième genre (2013), permettant l’accès à des documents officiels, passeports et cartes électorales ; la possibilité pour les personnes trans de postuler à des emplois publics ; des incitatifs fiscaux pour les entreprises qui embauchent des personnes trans — une rareté en Asie du Sud. « Ce cadre avait créé un environnement plus protecteur », explique Baidya.

    Or, depuis l’arrivée de l’administration intérimaire de Yunus, rien de comparable n’a été mis en place. « Le gouvernement n’a démontré aucune volonté de poursuivre ou renforcer ces protections. L’absence totale d’initiatives laisse les minorités dans un état d’incertitude et de vulnérabilité accrue. »

    La levée de l’interdiction visant Jamaat-e-Islami, un parti islamiste conservateur connu pour son opposition aux droits LGBTQ+, inquiète également les défenseurs des droits humains.

    Jeux d’influence et climat de peur
    Baidya affirme que des allégations circulent selon lesquelles certains acteurs étrangers — notamment les États-Unis — auraient soutenu indirectement les manifestations anti-gouvernementales de 2024.

    Il souligne les relations de longue date de Muhammad Yunus avec d’anciens gouvernements démocrates américains et estime improbable que l’administration républicaine actuelle modifie sa position si la transition politique au Bangladesh sert ses intérêts géopolitiques.

    Selon lui, le gouvernement intérimaire actuel a adopté des politiques qui affaiblissent les droits fondamentaux des personnes LGBTQ+ au lieu d’encourager le dialogue ou l’inclusion. « Les minorités sexuelles et de genre sont davantage marginalisées et déshumanisées. Les femmes et les militantes trans sont devenues des cibles directes. »

    Les menaces d’enlèvement, de violences sexuelles et de meurtre ont forcé plusieurs personnes à fuir leur région ou à vivre recluses.

    De plus en plus de membres visibles de la communauté LGBTQ+ se retirent de la vie publique, par crainte pour leur sécurité. Ceux qui en ont les moyens cherchent activement à quitter le pays. Inclusive Bangladesh reçoit désormais jusqu’à dix demandes hebdomadaires d’aide à la relocalisation, mais les politiques de visas restrictives des pays occidentaux laissent de nombreuses personnes dans l’impasse.

    Selon Baidya, le constat est sans équivoque : « Aucun grand parti politique n’exprime ouvertement son soutien aux droits LGBTIQ+. Sans relais politique, nos seuls leviers sont l’engagement communautaire, le plaidoyer stratégique et la pression sur les politiques publiques. Nous devons continuer à travailler sans relâche pour que les droits des personnes LGBTIQ+ soient enfin reconnus, respectés et institutionnalisés. »

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