Lundi, 9 février 2026
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    La hausse des suicides chez les jeunes trans coïncide avec l’interdiction des bloqueurs de puberté au Royaume-Uni

    Au Royaume-Uni, le nombre de jeunes transgenres de moins de 18 ans décédés par suicide aurait connu une augmentation tragique au cours des dernières années, selon un nouveau rapport accablant du Good Law Project. Publié le samedi 7 février, le rapport de cet organisme juridique révèle que 22 jeunes trans sont morts par suicide en Angleterre entre 2021 et 2022.

    Ce chiffre est près de six fois plus élevé que celui recensé en 2020-2021, période durant laquelle au moins quatre jeunes trans ou non binaires sont décédés, selon des données obtenues par demandes d’accès à l’information (FOI). À titre comparatif, le nombre de décès rapportés avait diminué d’un cas entre 2019-2020 et 2020-2021.

    Le Good Law Project affirme que lorsque l’organisme a exprimé ses inquiétudes face à cette hausse, le ministre britannique de la Santé, Wes Streeting, a publiquement critiqué les chiffres, les qualifiant de « dangereux ». L’organisation dénonce également la révision commandée par Streeting, qui minimisait l’ampleur des décès.

    « La décision de Wes Streeting de commander un examen des suicides qui a occulté la gravité de ces tragédies est impardonnable », écrit l’organisme. « Son rapport a nié la réalité des décès de jeunes trans, tout comme son interdiction des bloqueurs de puberté nie la réalité des vies trans. »

    Les bloqueurs de puberté — des médicaments qui suspendent temporairement les changements physiques et émotionnels liés à la puberté — sont décrits par de nombreuses organisations médicales internationales comme sécuritaires, efficaces et potentiellement salvateurs. C’est notamment le cas de la World Professional Association for Transgender Health(WPATH), mais aussi de Trans Care BC au Canada.

    Au Royaume-Uni, ces traitements sont actuellement inaccessibles aux jeunes trans qui ne participent pas à un essai clinique, alors qu’ils demeurent prescrits aux jeunes cisgenres, notamment pour traiter la puberté précoce.

    Bien qu’une décision judiciaire ait temporairement levé l’interdiction, le NHS a de nouveau cessé de prescrire les bloqueurs de puberté après que Wes Streeting a prolongé indéfiniment une interdiction initialement imposée par le gouvernement conservateur en mai 2024.

    Une crise de santé mentale documentée
    Cette prolongation repose sur la très controversée Cass Review, une évaluation des soins de santé trans dirigée par la pédiatre Hilary Cass. Le rapport a été largement critiqué par des experts médicaux et des organismes de défense des droits humains, qui en dénoncent les failles méthodologiques et les conclusions biaisées.

    Selon les données FOI du Good Law Project, au moins 10 jeunes trans se sont suicidés en 2022-2023, une période durant laquelle les bloqueurs de puberté demeuraient inaccessibles. La National Child Mortality Database (NCMD), financée par le NHS et source de ces données, précise que ces chiffres sont probablement sous-estimés, en raison du nombre élevé d’enquêtes sur les décès d’enfants toujours incomplètes.

    Des recherches antérieures indiquent déjà que l’interdiction a des effets sévères sur la santé mentale des jeunes trans. Une étude dirigée par la chercheuse Natacha Kennedy, de l’Université de Londres, rapporte que des jeunes auparavant « bien adaptés » ont soudainement présenté des symptômes marqués d’anxiété, de dépression et d’idées suicidaires après avoir perdu l’accès aux bloqueurs de puberté.

    Malgré ces constats, Wes Streeting maintient que la prolongation de l’interdiction est justifiée, affirmant s’être appuyé sur des avis cliniques. Plusieurs experts médicaux ont toutefois remis en question la crédibilité de ces recommandations.

    L’interdiction restera en vigueur jusqu’aux résultats de l’essai clinique PATHWAYS du NHS — un projet de 10 millions de livres sterling sur deux ans visant à étudier les effets des bloqueurs de puberté. Or, la WPATH, ainsi que ses antennes américaine (USPATH) et européenne (EPATH), estiment que cet essai contrevient aux principes du consentement éclairé, puisqu’il constitue désormais la seule voie d’accès aux bloqueurs de puberté pour les jeunes trans au Royaume-Uni.

    Peut-on faire un parallèle avec la réalité canadienne et québécoise?
    Bien que le Canada ne connaisse pas d’interdiction nationale des bloqueurs de puberté, plusieurs données permettent d’éclairer la comparaison.

    Au Canada, les soins d’affirmation de genre pour les jeunes — incluant les bloqueurs de puberté — sont reconnus par les principales associations médicales, dont la Société canadienne de pédiatrie et l’Association médicale canadienne. Au Québec, ils sont intégrés aux lignes directrices cliniques et accessibles dans le réseau public, notamment par l’entremise de cliniques spécialisées.

    Les données canadiennes démontrent toutefois une vulnérabilité marquée des jeunes trans sur le plan de la santé mentale. Selon l’Enquête canadienne sur la santé des jeunes trans et non binaires (2019), plus de 60 % des jeunes trans ont sérieusement envisagé le suicide au cours de la dernière année, un taux largement supérieur à celui de la population cisgenre. Le risque diminue significativement lorsque l’accès aux soins affirmant le genre est garanti et lorsque l’environnement familial et social est soutenant.

    Des études canadiennes et internationales convergent vers la même conclusion : l’accès aux soins d’affirmation de genre, y compris aux bloqueurs de puberté lorsqu’indiqués cliniquement, est associé à une amélioration notable du bien-être psychologique et à une réduction des idées suicidaires chez les jeunes trans.

    Si le contexte canadien diffère du modèle britannique actuel, l’expérience du Royaume-Uni agit comme un signal d’alarme. Elle illustre les conséquences potentiellement dramatiques de décisions politiques qui restreignent l’accès aux soins fondés sur les données probantes, au détriment de la santé et de la vie des jeunes trans.

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