Information, éducation, sensibilisation, diversité, inclusion… Des mots que l’on répète ad nauseam, qui sont au centre des programmes et des plans d’action en direction des personnes 2SLGBTQ+ depuis des années. Des programmes et des plans d’action qui sont destiné.e.s généralement à la population cisgenre hétérosexuelle pour qu’elle pose un regard différent sur qui nous sommes, nous ouvre les bras au lieu de nous fermer la porte. On peut applaudir, car personne n’est contre la vertu.
Au cours des décennies, il y a eu des avancées obtenues grâce à des mobilisations des principales et principaux concerné.e.s, sans attentat ni massacre de foule. Malgré notre détermination, nous nous sommes montré.e.s conciliant.e.s, ouvert.e.s aux discussions, pédagogiques dans nos interventions pour convaincre nos interlocuteurs et interlocutrices d’agir. Et cela a été payant. Nous avons vu des changements, nous avons obtenu des droits et une reconnaissance partielle de nos existences.
Mais l’arbre de nos victoires ne doit pas cacher la forêt du conservatisme qui se profile derrière.
Nous savions que nous n’avions pas encore gagné toutes les batailles, mais l’espoir ne faiblissait pas. Petit à petit, un jour à la fois, une personne rencontrée après l’autre, etc., et l’arc-en-ciel finirait bien par briller dans les cieux après une belle ondée orageuse. Quand ? En 2126 ? En 2226 ? Pas important. Simplement reprendre chaque matin son bâton de pèlerin.e et continuer de tracer le sillon. D’autant que nous ne le cachons pas, nous sommes aujourd’hui beaucoup plus toléré.e.s qu’accepté.e.s. S’il n’y avait pas des lois qui protègent contre la discrimination ou encore qui condamnent certains propos ou actes violents, l’homophobie et la transphobie seraient encore plus criantes. Comme c’est le cas sur les réseaux sociaux.
Nous avancions lentement mais sûrement vers cette reconnaissance sociale et légale, jusqu’à penser que nous étions devenu.e.s des citoyen.ne.s à part entière ne souffrant plus d’aucune différence avec la majorité cisgenre hétérosexuelle. Dans notre cour seulement, car au-delà de nos barrières, la situation des personnes 2SLGBTQ+ ne s’est pas tellement améliorée. On pense à l’Afrique, à l’Asie, au Moyen-Orient, à la Russie et, aujourd’hui même, aux États-Unis. La liste n’est pas exhaustive.
Mais voilà. Force est de constater que nous sommes arrivé.e.s à frapper un mur. Passons rapidement sur les petits coups de canif de la part de la CAQ (Coalition Avenir Québec) dans la bonne entente avec nos communautés : création inutile d’un « comité des sages » pour réfléchir à la question des enfants transgenres, refus de l’écriture inclusive dans la fonction publique, prison pour femmes ou pour hommes en fonction du sexe à la naissance et non plus du genre de la personne, ou encore, plus récemment, le retour du Monsieur, Madame dans l’adresse aux enseignant.e.s de la part des étudiant.e.s. Pourquoi ne pas avoir ajouté le Mademoiselle pour faire comme dans le bon vieux temps ?
Les droits ne sont pas directement attaqués, disons qu’on les rogne par la petite porte d’à côté en espérant que cela passera comme dans du beurre. Et c’est d’ailleurs ce qui est arrivé.
Plus inquiétants sont les sondages et les études qui montrent aujourd’hui un recul. Deux exemples : le rapport 2023-2024 des différents GRIS à travers la province, paru en janvier 2025, qui démontre une hausse significative de l’intolérance à l’égard des personnes 2SLGBTQ+ ; et, plus récemment, l’enquête menée par l’équipe de Diana Miconi (professeure à l’Université de Montréal), qui montre que 34 % des adolescent.e.s interrogé.e.s soutiennent des propos masculinistes (une grande majorité des gars), et que 29 % pensent que les armes et les bombes, c’est plutôt « cool » (étude réalisée pour le compte de la campagne « On s’écoute », menée par la professeure et auteure Léa Clermont-Dion). Bien sûr, l’enquête ne portait pas sur leur degré d’acceptation des personnes 2SLGBTQ+. Cependant, les jeunes qui glorifient le rôle de l’homme comme dominant considèrent les femmes, comme les 2SLGBTQ+ et souvent les minorités ethniques, comme des dangers à contrôler, voire à éliminer.
Éducation, sensibilisation, information, etc., une trilogie développée et vantée aussi bien par les organismes d’aide et de défense des personnes 2SLGBTQ+ que dans les brochures institutionnelles, qu’elles émanent du ministère de la Santé et des Services sociaux ou d’autres ministères, montrent leurs limites. Et quand une stratégie ne fonctionne plus, il faut la changer. D’autant qu’en termes de recul pouvant mettre en jeu nos droits et notre sécurité, ce n’est qu’un début. Nombre de pays tentent actuellement de restreindre ou d’interdire des droits récemment acquis, comme les États-Unis, et cela libère et cautionne une parole de plus en plus forte, homophobe et transphobe.
Je sais, ce n’est pas bon de le rappeler, mais il existe une homophobie et une transphobie systémiques, qui dépassent de loin nos frontières. Et elles sont bien difficiles à combattre, car elles se heurtent à une hégémonie patriarcale qui est bien loin de rendre les armes. Cette hégémonie continue de gérer et de contrôler toutes les sphères de nos sociétés, qu’elles soient sociales, économiques, politiques et même religieuses.
Regardez ceux qui sont au pouvoir : des Trump, des Poutine, des Musk, qui sont des modèles que beaucoup suivent. Ce sont des hommes, des vrais, qui ne craignent pas de jouer du coup de poing. Ils symbolisent la réussite dans toute sa splendeur du mâle, du maître, du père. Ils perpétuent le fort qui s’est construit sur des siècles et ne sont pas prêts à lâcher le pouvoir, soutenus aujourd’hui par un grand nombre d’hommes qui se sentent menacés par les 2SLGBTQ+.
Nous avons montré patte blanche jusqu’à aujourd’hui, préférant le dialogue à de grandes confrontations, mais devant l’ampleur de la tâche, il me semble que l’on est démuni. Bref, nous avons beau égratigner les colonnes du temple patriarcal avec nos petits ongles (manucurés ou non), celles-ci ne tremblent même pas. Continuer à vivre dans ce « mâle » foutu monde. Continuer à sensibiliser, à informer, à éduquer, mais en étant prêt.e.s à résister aux tempêtes qui pourraient advenir.6

