Le 20 janvier dernier, l’Institut national de la santé publique du Québec publiait son plus récent Portrait des infections transmissibles sexuellement et par le sang au Québec. Le rapport détaillant les données de 2023 rapporte une augmentation de 21 % des cas d’infection par le VIH comparativement à 2022 et de 69 % versus 2019. Bien que le taux moyen de nouveaux diagnostics pour l’ensemble du Québec demeure nettement inférieur à celui de Montréal (5,4 cas versus 16 cas pour 100 000 personnes), l’INSPQ souligne que l’on observe en région une augmentation des taux de VIH et que l’accès aux services y est une préoccupation importante en raison du manque de ressources spécialisées. Mylène St-Pierre, directrice, du Bureau de lutte aux infections transmises sexuellement et par le sang (BLITSS) de Victoriaville et sa collègue Valérie Plourde, intervenante psychosociale, discutent de la réalité et des enjeux des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) dans les régions québécoises situées à l’extérieur de Montréal.
« Nous sommes le seul organisme offrant des services aux PVVIH qui couvre le Centre-du-Québec. Notre territoire inclut 5 MRC, soit Bécancour, Drummondville, Nicolet, Plessisville et Victoriaville », illustre d’entrée de jeu Mylène St-Pierre, directrice du BLITSS.
Dans ce contexte, pour l’intervenante psychosociale Valérie Plourde, le BLITSS se doit d’offrir un éventail des services multiples et d’ouvrir ses portes à une population très diversifiée : « en région ce serait impossible d’avoir plusieurs organismes segmentés par clientèle, servant uniquement les femmes ou les hommes, par exemple. Nos services sont donc offerts à toutes les PVVIH sans aucun critère de discrimination. »
Le BLITSS a pour mission de faire la prévention des ITSS et la promotion d’une saine santé sexuelle et affective. Au cours de l’année 2024-2025, ce sont quelque 8 000 personnes qui ont été rencontrées ou qui ont eu recours aux services mis sur pied par les sept intervenants travaillant au sein de l’organisme victoriavillois. Chaque année de quatre à cinq événements sont organisés pour les PVVIH et la population générale de la région dans une optique éducative et récréative.
Les services offerts par le BLITSS se déclinent en deux volets : la prévention et l’intervention. Du côté de la prévention, il est entre autres question de tests de dépistage du VIH, de distribution de matériel de consommation stérile et d’outils de protection, dont un bar à condoms gratuits.
Au niveau de l’intervention, on compte notamment des services de relation d’aide, des services de défense des droits pour les PVVIH, des services en soutien aux intervenants dans les écoles secondaires et les établissements de santé de la région ainsi que des ateliers de formation. Parmi les formations offertes, on propose entre autres une formation VIH 101 aux futurs professionnels de la santé afin de mieux encadrer les donneurs de soins et de prévenir la stigmatisation et la discrimination : « quand on est heurté par la stigmatisation, c’est qu’on est confronté au manque de connaissance. Nous offrons donc des formations pour les futurs infirmiers, les préposés aux bénéficiaires, etc. », relate Mylène St-Pierre.
La directrice de l’organisme souligne que les besoins de formation sont teintés par la réalité des régions excentrées : « la PrEP, par exemple, est assez connue à Montréal, mais ici, en région, nous observons que ce traitement préventif est peu abordé entre les patients et leur professionnel de santé. » Pour Valérie Plourde, ce genre de formations données tant dans les établissements de santé que dans les milieux scolaires et communautaires est nécessaire pour déconstruire certains mythes tenaces : « encore aujourd’hui, dans chacune des formations VIH 101, la salive ressort parmi les liquides biologiques qui permettent de transmettre le VIH. »
Pour l’intervenante, un autre aspect différenciateur important entre les grandes villes et les régions comme le Centre-du-Québec se situe au niveau de la distance à parcourir pour avoir accès aux services. Par exemple, la région ne disposant pas des services d’un infectiologue, les personnes ayant besoin de ce type d’expertise doivent se rendre dans les grands centres, soit Sherbrooke, Trois-Rivières, Montréal ou Québec : « la superficie amène une complexité au niveau du kilométrage! L’un des défis pour les personnes est donc de se rendre à leurs rendez-vous puisqu’ils doivent être en déplacement durant plusieurs heures pour une seule rencontre. »
Pour répondre à ce type de besoins, le BLITSS offre donc un service de dépannage financier qui couvre les frais relatifs au transport, au stationnement, aux repas, etc., afin que l’aspect monétaire ne soit pas un obstacle à l’accès aux soins. À titre de perspective, le montant moyen couvert par le BLITSS pour un seul rendez-vous est d’environ 100 $, selon les intervenantes.
Le besoin d’anonymat peut parfois être plus accru dans les petites communautés que dans les grandes villes. C’est pour cette raison que le BLITSS offre au besoin des services d’intervention à domicile. L’équipe a aussi réorganisé ses bureaux récemment pour augmenter la confidentialité. Pour Mylène St-Pierre, il s’agit d’une manière d’offrir un service au diapason des besoins de la population : « franchir la porte peut parfois être difficile, donc nous modifions nos interventions en conséquence. Tous nos services sont confidentiels, il ne faut pas avoir peur de nous contacter. »
Comme pour le reste du Québec, le portrait du VIH à Victoriaville et dans le Centre-du-Québec a grandement évolué au cours des quelques dernières années. Alors qu’une grande proportion des clients du BLITSS étaient auparavant des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes, la situation est aujourd’hui toute autre : « depuis la pandémie, nous avons connu une augmentation du nombre de personnes ayant recours à nos services, incluant beaucoup de personnes immigrantes, de femmes et d’enfants. Ce ne sont pas seulement un ou deux cas ici et là, mais une grande proportion de notre clientèle », confirme Mylène St-Pierre.
Si le visage du VIH a évolué, les services du BLITSS ont eux aussi évolué et continuent de s’adapter dans une perspective d’amélioration continue. Parmi les priorités de l’organisme, on compte notamment une présence plus importante auprès de la communauté autochtone, surreprésentée au sein des PVVIH, ainsi qu’une augmentation des initiatives de prévention des ITSS : « il y a quelques années, on ne parlait presque plus de la syphilis, mais on voit aujourd’hui un retour en force inquiétant, illustre la directrice de l’organisme. Il est donc important de continuer le travail. »
Les deux intervenantes rappellent par ailleurs que le BLITSS développera au cours de la prochaine année un programme de pairs aidants pour les PVVIH qui voudraient redonner en soutenant des personnes vivant des situations similaires.
Que ce soit pour s’impliquer bénévolement ou pour avoir accès à de l’information ou des services, Mylène St-Pierre et Valérie Plourde lancent un message d’accueil à la communauté locale : « si une personne de Victo lit le Fugues, elle peut venir nous voir!
INFOS | Pour plus de renseignements à propos des services offerts par BLITSS,
on peut visiter le blitss.ca
Pour plus de renseignements à propos de ViiV Soins de santé Canada,
on peut visiter le viivhealthcare.com

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