Un homme de Toronto vivant avec le VIH depuis près de trois décennies est aujourd’hui en rémission — et pourrait même être considéré comme guéri, selon son équipe médicale — après avoir reçu une greffe de moelle osseuse provenant d’un donneur naturellement résistant au virus.
Si cette rémission se maintient pendant environ deux ans et demi, cet homme de 36 ans rejoindra le groupe très restreint des personnes dans le monde considérées comme guéries du VIH, actuellement au nombre d’une dizaine.
Une double bataille contre le cancer et le VIH
Le patient a reçu un diagnostic de leucémie myéloïde aiguë en 2021, nécessitant une greffe de moelle osseuse. Son équipe — composée de spécialistes du Réseau universitaire de santé, d’Unity Health Toronto et de l’Université de Toronto — a alors vu une occasion unique de cibler simultanément son infection au VIH.
Ce type d’intervention s’inscrit dans la lignée d’un précédent marquant : le « patient de Berlin », en 2007, premier cas documenté de guérison du VIH grâce à une greffe similaire impliquant un donneur porteur d’une mutation génétique particulière.
« Nous sommes raisonnablement optimistes que le virus a disparu, mais il est encore trop tôt pour affirmer avec certitude qu’il est guéri », explique la Dre Sharon Walmsley, directrice de la clinique VIH de l’Hôpital général de Toronto.
La spécialiste suit ce patient depuis la fin des années 1990, alors qu’il avait reçu un diagnostic de VIH et survécu à un lymphome agressif — un parcours qu’elle qualifie aujourd’hui de « remarquable ».
Une mutation génétique clé
Le succès de l’intervention repose sur une mutation rare du gène CCR5 chez le donneur. Cette mutation empêche le VIH d’entrer dans les cellules immunitaires, bloquant ainsi sa capacité à infecter l’organisme.
« En l’absence de cette “porte d’entrée”, le virus ne peut pas pénétrer dans les cellules », résume le Dr Mario Ostrowski, clinicien-chercheur à l’hôpital St. Michael et codirecteur du dossier.
Les nouvelles cellules issues de la greffe pourraient également contribuer à éliminer les réservoirs de VIH encore présents dans l’organisme — un des principaux obstacles à une guérison complète.
Une procédure lourde, mais porteuse d’espoir
La greffe, réalisée au Centre de cancérologie Princess Margaret en 2021, s’est accompagnée de complications, dont une pneumonie — des risques fréquents dans ce type d’intervention, qui transforme profondément le système immunitaire.
Au fil des mois, les analyses ont toutefois montré une disparition du virus dans les échantillons sanguins. Devant ces résultats, l’équipe médicale a pris une décision majeure : interrompre le traitement antirétroviral en juillet 2025, une première pour ce patient après près de 30 ans de médication continue.
Depuis, le VIH demeure indétectable et la leucémie est en rémission.
Un cas exceptionnel, mais riche en enseignements
Malgré ces résultats prometteurs, les spécialistes restent prudents. Les greffes de moelle osseuse comportent des risques importants et ne constituent pas une option viable comme traitement standard du VIH.
« Ce n’est pas une solution généralisable, mais ces cas nous permettent de mieux comprendre comment éliminer le virus », souligne le Dr Ostrowski.
Ces avancées pourraient néanmoins inspirer de nouvelles approches thérapeutiques, notamment en ciblant le gène CCR5 ou en développant des stratégies visant à éradiquer les réservoirs viraux.
Au Canada, certains experts évoquent aussi la possibilité de mieux structurer les programmes de dons de moelle osseuse afin d’identifier plus rapidement des donneurs compatibles porteurs de cette mutation rare.

