Deux jeunes femmes de 21 et 22 ans ont été arrêtées à la mi-février dans la ville d’Arua, au nord-ouest de l’Ouganda, après avoir été dénoncées par des voisins. Selon la police locale, elles auraient été vues à plusieurs reprises en train de s’embrasser et de vivre ensemble dans une chambre louée dans un quartier de la ville. Des habitants auraient photographié la scène avant d’alerter les autorités. Les deux femmes ont ensuite été interpellées puis accusées de « pratique de l’homosexualité », une infraction pénale en Ouganda.
D’après la presse locale, elles auraient d’abord été libérées sous caution avant d’être de nouveau arrêtées et placées en détention provisoire. La justice a ordonné leur maintien en prison dans l’attente d’une nouvelle audience prévue à la mi-mars.
Une législation parmi les plus sévères au monde
Cette affaire s’inscrit dans le contexte de la loi connue sous le nom d’Anti-Homosexuality Act, adoptée en 2023 et promulguée par le président Yoweri Museveni.
Le texte prévoit des sanctions extrêmement lourdes pour les relations entre personnes du même sexe. Dans certains cas, les peines peuvent aller jusqu’à la prison à vie, tandis que la peine de mort est prévue pour des faits qualifiés d’« homosexualité aggravée ».
L’Ouganda criminalisait déjà les relations homosexuelles à travers des dispositions héritées du droit colonial britannique. La loi adoptée en 2023 a toutefois considérablement renforcé la répression en introduisant de nouvelles infractions et en encourageant les signalements de comportements considérés comme homosexuels.
Depuis son adoption, plusieurs organisations de défense des droits humains dénoncent un climat de peur croissant pour les personnes LGBTQ+. Des militants locaux affirment que les arrestations, les expulsions de logement et les actes de chantage se sont multipliés.
Inquiétude des associations
L’arrestation des deux jeunes femmes illustre la manière dont cette législation peut être appliquée dans la vie quotidienne. Dans un contexte où l’homosexualité demeure fortement stigmatisée, de simples soupçons ou dénonciations peuvent suffire à déclencher une intervention policière.
Des militants ougandais des droits LGBTQ+ estiment que ces affaires alimentent un climat de surveillance et d’intimidation dans lequel des gestes d’affection ou des relations privées peuvent devenir des motifs d’arrestation.
Des critiques internationales persistantes
La loi ougandaise a suscité de vives réactions à l’étranger. Les Nations unies, plusieurs gouvernements occidentaux et de nombreuses organisations non gouvernementales ont dénoncé un texte jugé contraire aux droits fondamentaux.
Certaines institutions internationales ont également pris des mesures à la suite de son adoption. La Banque mondiale a notamment suspendu l’octroi de nouveaux financements au pays en 2023, estimant que la législation allait à l’encontre de ses principes en matière de lutte contre les discriminations.
Malgré ces critiques, les autorités ougandaises continuent de défendre la loi au nom de la protection des « valeurs culturelles » et de la famille.
Un symbole du climat actuel
L’arrestation de ces deux jeunes femmes constitue un nouvel exemple du climat qui règne dans le pays, où l’homosexualité est criminalisée et fortement stigmatisée, et où la frontière entre vie privée et poursuites pénales demeure extrêmement fragile.
Au-delà des débats politiques et juridiques, cette affaire rappelle surtout que derrière les lois et les discours se trouvent des vies concrètes — celles de personnes qui risquent la prison pour avoir simplement exprimé une relation ou un geste d’affection.

