Samedi, 28 mars 2026
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    Quartier Jeunesse Carrefour jeunesse-emploi, entrer dans la vie professionnelle plus en confiance

    Il n’est pas toujours évident de se lancer dans la vie active. Surtout quand on se sent différent.e, que ce soit par ses origines sociales, ethniques ou encore en raison de son orientation sexuelle et de son identité de genre. Et quand les trois s’entremêlent, cela devient un véritable parcours de  combattant.e, ce que Quartier Jeunesse Montréal a compris depuis bien longtemps, qui se veut un lieu de rencontres, d’échanges et d’écoute pour les jeunes de 15 à 35 ans, en prenant en compte toutes les dimensions de la vie de celleux-ci.

    On oublie ici les rencontres avec des conseillers qui, au regard d’un dossier, orientent les jeunes vers ce qui leur semble le plus approprié. On prend le temps d’écouter les jeunes en leur faisant rencontrer parfois des professionnel.e.s, mais surtout en comptant sur l’aide des pairs. Ils et elles sont nombreux et nombreuses à fréquenter le Quartier Jeunesse du centre-ville de Montréal, des jeunes qui viennent de quitter le collège, qui sont à l’université ou encore qui sont en rupture de ban avec leur famille ou le système scolaire. Martin Choquette, le directeur général de Quartier Jeunesse, n’est pas peu fier de la réussite de l’organisme au fil des années. « Le centre a aujourd’hui 25 ans d’existence, mais a beaucoup évolué au cours des années, notamment dans une approche qui prend en compte tous les besoins des participant.e.s dans une perspective globale, explique Martin Choquette. En fait, nous accompagnons chacun et chacune dans leur développement professionnel, mais aussi personnel. »
     
    Une majorité de jeunes LGBTQ+
    Ces dernières années, entre autres, ce sont des jeunes qui se réclament des communautés 2SLGBTQ qui forment la majorité des participant.e.s. La raison en est simple, selon Martin Choquette : « Ils et elles éprouvent parfois de la difficulté à se lancer sur le marché du travail, inquiet.e.s d’être véritablement reconnu.e.s ou de ne pas se retrouver dans un milieu sécuritaire. » Ce sentiment vécu représente alors un frein dans les démarches qu’ils et elles entreprennent, d’autant plus que certain.e.s ont aussi un passé difficile, que ce soit sur le plan familial ou encore sur le plan de la toxicomanie, accentuant ainsi leur insécurité et leur manque de confiance en eux. « Au Quartier Jeunesse, nous faisons le point avec eux sur tous les aspects de leur vie, quitte à les référer, avec leur accord, vers des professionnel.le.s, si nécessaire. Ce qui est intéressant, c’est qu’ils et elles proviennent de tous les milieux, [ils et elles] ont des parcours différents et, bien sûr, des attentes différentes, continue le directeur général de l’organisme. Nous avons donc des étudiant.e.s qui étudient dans les universités montréalaises, mais aussi celles et ceux qu’on appelle des décrocheuses et décrocheurs qui cherchent à s’orienter. Ce n’est pas évident et nous les accompagnons pour qu’ils et elles se sentent à l’aise dans les milieux professionnels ou encore si ces jeunes décident de partir en affaires. »
     
    La réussite d’un tel projet tient aussi dans la rencontre que ces jeunes peuvent avoir avec le milieu professionnel qui, pour beaucoup, serait source d’insécurité. Des initiatives sont mises en place pour que la rencontre se fasse, mais en dehors d’un cadre trop rigide. Des professionnel.le.s de tous les domaines sont invité.e.s au Quartier Jeunesse pour discuter avec les jeunes ; les premiers peuvent non seulement parler de leur activité, mais aussi expliquer ce qu’ils et elles attendent de leurs employé.e.s, alors que les seconds peuvent, sans être jugé.e.s, parler de leurs craintes, qu’elles soient ou non fondées.
     
    L’AntiSalon
    Les 11 et 12 mars, par exemple, a eu lieu l’AntiSalon de l’emploi, un moment de réseautage entre les participant.e.s et des employeur.euse.s. Pour le conseiller en emploi Nathan Narbarte, chargé de l’événement et lui-même ancien participant, « ce qui est important pour nous, c’est d’ouvrir un espace de dialogue entre les deux groupes plutôt et d’aplanir les zones d’appréhension qui pourraient exister. Un espace de travail n’est jamais neutre et beaucoup de jeunes pensent qu’ils et elles devront cacher une partie de ce qu’ils et elles sont pour ne pas être jugé.e.s ou encore pour être pris au sérieux. On ne peut promettre que tous les milieux seront inclusifs, mais on peut faire un travail en amont pour s’en assurer le plus que possible ».

    Pour ce faire, une douzaine d’employeur.euse.s ont accepté l’invitation et sont venus s’asseoir avec les jeunes, un temps où chacun et chacune a pu exposer ses préoccupations. « On souhaite créer un espace convivial où les jeunes peuvent discuter sans pression et, pour la 8e édition, nous avons choisi comme thématique les “métiers spécialisés” considérés comme traditionnellement masculins, comme le transport, la construction, la fabrication, etc., que l’on considère comme peu ouverts aux femmes ou aux personnes issu.e.s de la diversité. » L’AntiSalon se déroule dans les locaux de Quartier Jeunesse et non dans un lieu anonyme comme une salle d’hôtel, par exemple, pour rendre l’événement plus accueillant et créer un esprit plus festif.
     
    Explorer les possibilités professionnelles
    Autre initiative : le programme ExploR, dirigé par un autre membre de Quartier Jeunesse, Yann Villeneuve, et qui s’étendra jusqu’à la fin de l’été. « Ce programme de 6 mois est destiné à des jeunes qui ont déjà vécu des expériences négatives ou des difficultés d’intégration dans le monde du travail, explique Yann Villeneuve, agent de projets. Il y a 6 semaines de formation où l’on travaille le développement personnel et professionnel. Nous continuons avec un mois de stage, puis on termine avec 4 mois d’intégration en milieu de travail.

    Nous avons actuellement 2 cohortes de 17 jeunes, dont la majorité a entre 20 et 25 ans. » Une stratégie qui permet de se familiariser avec des univers professionnels divers et de
    comprendre les rouages et les mécaniques d’une entreprise et de faciliter l’intégration de jeunes chercheur.euse.s d’emploi.

    Werk-it! Pour les emplois d’été
    Pour créer des passerelles entre les entreprises et les jeunes, le meilleur moyen n’est-il pas qu’ils se rencontrent, échangent et se connaissent ? En ce sens Werk-it !, qui se tiendra le 30 avril prochain, est un salon de l’emploi spécifiquement pour les communautés 2ELGBTQIA+ et donc consacré à la promotion de l’inclusion et de l’égalité. Toujours sous l’égide de Yann Villeneuve, celui-ci tient à souligner le partenariat avec Interligne et l’ATQ (Aide aux trans du Québec). « C’est une manière d’interagir avec des entreprises qui valorisent la diversité et l’inclusion et qui offrent des possibilités d’emplois, continue Yann Villeneuve. C’est un véritable espace de réseautage profitable pour les jeunes des communautés 2ELGBTQIA+. » Il s’agit déjà de la 3e édition de cette rencontre, à laquelle on attend près de 130 jeunes. Tout comme l’AntiSalon, Werk-it ! est proposé dans les locaux sympas de Quartier Jeunesse. 
     
    Monter un programme spécialement pour artistes du monde de la nuit
    Des projets, Quartier Jeunesse n’en manque pas afin de rejoindre tous les jeunes et de ne pas oublier tous les champs d’activité, comme les arts et la scène. Quartier Jeunesse est très sensible aux désirs des jeunes qui cherchent à faire carrière dans le domaine artistique et qui ne trouvent pas forcément la formation dans les institutions parce qu’ils et elles évoluent en dehors du circuit reconnu. Marie-Lou Bariteau, coordonnatrice au Quartier Jeunesse, est à l’origine de deux projets à l’attention de ces artistes en herbe.

    « Je me suis rendu compte, après avoir été invitée à un événement organisé par les gens de la nuit, que personne n’aurait pu avoir accès à nos services, explique-t-elle. Des jeunes qui se dédient au burlesque, comme [les] drags et [les artistes de] performance de genre ou encore [les] DJ, ils et elles ne rentraient dans aucune case. Il n’y avait aucun service pour eux, pas d’écoles de formation, pas de reconnaissance institutionnelle, alors que leur démarche se fondait sur de la recherche, de la discipline et de la création, et surtout, il n’y avait aucune association pour les défendre, les informer ou simplement les représenter. Un véritable angle mort. » Et, bien évidemment, c’est un milieu dans lequel évoluent ou veulent évoluer de nombreux jeunes des communautés 2ELGBTQIA+.

    « Le but de ce que nous avons appelé Noctambule, c’est de les professionnaliser, entre autres pour qu’ils et elles deviennent des travailleur.euse.s autonomes, en leur expliquant les incontournables, comme de négocier un contrat, gérer ses finances, vendre sa pratique, etc. Le but de l’exercice n’est pas de leur dire quoi créer, mais de leur donner des outils pour que leur pratique devienne viable », continue Marie-Lou Bariteau. La première cohorte portait sur la performance de genre, drag et burlesque. « Beaucoup de jeunes qui ont participé arrivaient avec un bagage de rejet, de confrontation, avec la famille, entre autres, et beaucoup de méfiance, constate Marie-Lou Bariteau. Il fallait tout d’abord installer un climat de confiance, avoir une équipe qui comprenne les enjeux pour ces jeunes. On a engagé un conseiller issu des communautés 2ELGBTQIA+ pour que les jeunes n’aient pas à expliquer leurs enjeux identitaires lors de chaque rencontre, rien de pire que d’avoir à éduquer son intervenant. (Rires !) En fait, il a fallu être un safe space avant d’être un programme. »
     
    Pour résumer ce programme sur trois ans, en reprenant les mots de la coordonnatrice,
    on peut dire qu’il s’agit de créer de la confiance, de donner la parole et de structurer une offre spécialisée. Un lourd projet, car, si le programme a un impact direct sur les jeunes qui en font partie, il ne faut pas oublier l’impact de l’environnement, soit des employeurs, des organisateurs et des institutions. Il n’est pas possible de travailler d’un seul côté.
     
    Quartier Jeunesse réussit à créer un véritable lieu de vie et d’échanges, des amitiés naissent, le sentiment d’appartenance à un groupe exempt de discrimination et de rejet grandit, un cadre épanouissant pour les jeunes se construit, ce qui devrait être la norme à tous les niveaux dans la société, à commencer par l’éducation et le monde sportif. Un exemple à suivre.

    INFOS | Pour infos sur Quartier Jeunesse et ses programmes : 
    https://cjemontreal.org

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