Journaliste
Comme journaliste, tu traites souvent des sujets queers. Pourquoi ?
Quentin Dufranne : Je viens d’un milieu rural en France et, très jeune, j’ai compris à quel point l’ignorance pouvait mener à la discrimination, au rejet et à la haine. Je suis journaliste depuis cinq ans et, dès que l’actualité le permet — ou l’exige —, je traite de sujets queers. Quand on regarde en arrière, notamment dans les années 1990 avec la crise du VIH-sida, la couverture médiatique pouvait être affligeante. Pour moi, c’est presque un devoir : ne pas reproduire les erreurs du passé, que ce soit pour les personnes queers ou pour tout autre sujet.
Quelles recherches t’ont le plus marqué ?
Quentin Dufranne : Mon enquête sur les thérapies de conversion reste l’une des plus marquantes. J’ai infiltré des églises montréalaises et constaté que, même si ces pratiques étaient illégales depuis un an, certains groupes continuaient à les proposer. Je m’intéresse aussi beaucoup aux politiques publiques liées au VIH-sida au Québec. On observe encore une hausse des contaminations et une persistance des discriminations envers les personnes séropositives. Si les grands médias en parlent peu, c’est peut-être parce qu’il manque de journalistes spécialisés. Cela dit, il y a une certaine ouverture : dans mon agence, on me laisse couvrir ces enjeux. Mais est-ce le cas partout ? Je n’en suis pas certain.
Tu ne te définis pas comme militant ?
Quentin Dufranne : Non, même si j’ai beaucoup de respect pour les militant·es. Comme journaliste, je dois respecter un code déontologique qui exige neutralité et objectivité. Les réalités queers font partie de nos sociétés : il est normal d’en parler, mais encore faut-il les connaître. J’ai simplement une sensibilité plus grande face à ces sujets, comme d’autres journalistes sont plus attiré·es par le sport, l’économie ou la culture. On ne traite pas une femme qui parle de maternité, par exemple, de militante féministe. C’est pareil pour moi. Tout comme j’ai d’autres sujets qui m’intéressent beaucoup, comme l’itinérance, la santé publique et bien d’autres.
Tu as tout de même fondé l’Association des journalistes queers du Québec (AJQ).
Quentin Dufranne : C’est avant tout un lieu d’échanges sur nos expériences respectives,
un espace pour partager de l’information sur la façon de couvrir des sujets queers — en fait, un lieu de réseautage. D’autant que ce n’est pas parce que l’on est une personne queer que l’on a tout compris. En rencontrant des personnes des communautés queers, on continue à apprendre, à découvrir, à comprendre des problématiques. Et c’est important pour transmettre, dans notre travail, la meilleure information possible. Ce n’est pas parce qu’on se définit comme queer que l’on comprend automatiquement les personnes trans, lesbiennes ou non binaires.
Qu’est-ce que ces rencontres t’ont apporté ?
Quentin Dufranne : Une plus grande ouverture, une meilleure compréhension… et un
sentiment d’appartenance renforcé. Et puis, il y a aussi quelque chose de très personnel :
à travers ces échanges, on apprend à mieux se connaître.
Pourquoi continuer à parler de ces enjeux ?
Quentin Dufranne : Parce que le constat est clair — et ce n’est pas du militantisme de le dire : partout dans le monde, on observe un recul des droits des personnes 2SLGBTQ+, y compris ici. On voit aussi une montée des discours haineux en ligne et une recrudescence des actes homophobes et transphobes. Les conditions de vie des personnes 2ELGBTQI+, comme celles de toutes les communautés marginalisées, sont un reflet direct de l’état de notre société. On ne peut pas ignorer ça. Il faut en parler.

