Directeur général d’ENSEMBLE pour le respect de la diversité
Te considères-tu comme militant, ou simplement comme quelqu’un qui agit pour sa communauté?
Rafaël Provost : Je me considère comme quelqu’un qui passe à l’action avec cœur et
détermination. Le mot militant peut parfois sembler lourd de sens et éloigné, mais au fond, chaque geste posé avec intention pour faire avancer le respect et la dignité est une forme de militantisme, qu’on le nomme ainsi ou non. Walk the talk, comme on dit.
Quel moment de ton parcours militant t’a le plus marqué?
Rafaël Provost : Lorsque j’ai compris, à 27 ans, que mon propre vécu, mes vulnérabilités, mes blessures pouvaient devenir des outils pour aider d’autres personnes à se sentir moins seules. Pendant longtemps, j’ai cru que ces parts de moi étaient des freins. Aujourd’hui, je vois qu’elles sont devenues des leviers. Transformer des chapitres difficiles en résilience, en impact collectif pour aider la société, ça change une trajectoire. La mienne, et parfois celles des autres.
Le militantisme queer d’aujourd’hui est-il différent de celui d’il y a 10 ou 20 ans?
Rafaël Provost : Le militantisme queer a évolué. Il y a quelques années, même le mot se faisait rare, et les personnes qui l’incarnaient publiquement encore plus.
Aujourd’hui, on poursuit ce combat, comme une course à relais, et c’est à notre tour de foncer, parfois différemment, autrement, mais toujours pour la même raison : se faire respecter en étant soi-même, partout, tout le temps. La ligne d’arrivée est encore loin, mais j’ai espoir en notre énergie collective pour y arriver. C’est valide d’être différent!
Qu’est-ce qui te donne espoir quand tu regardes les nouvelles générations queer?
Rafaël Provost : Ce qui me donne espoir, c’est leur lucidité, leur indignation et leur courage. Elles nomment les choses, refusent les cadres trop étroits et osent être pleinement elles-mêmes, même quand c’est inconfortable.
Elles ne demandent pas simplement une place, elles redéfinissent l’espace. Comme d’autres avant elles, elles refusent l’intolérable, mais avec leurs mots, leurs codes, leur force. Ce n’est
pas une compétition, c’est une continuité nécessaire, un travail d’équipe entre générations
imparfaites qui nous pousse, collectivement, à faire mieux.
À quoi ressemble ton engagement au quotidien, concrètement?
Rafaël Provost : Mon engagement au quotidien, c’est d’ouvrir des conversations avec bienveillance et considération, de démocratiser le mot respect. Dans les écoles, dans les médias, dans les organisations, dans les maisons. C’est aussi de soutenir une équipe, de porter la vision d’un organisme qui, depuis 30 ans, lutte contre l’intimidation en promouvant le respect. De rappeler que derrière chaque statistique, il y a des visages, des histoires, des réalités. Et de répéter sans me tanner, à chaque occasion, que le dialogue, le vrai, reste la clé d’un meilleur vivre-ensemble.
Qu’est-ce que la communauté t’a apporté personnellement?
Rafaël Provost : Les communautés m’ont apporté un sentiment d’appartenance. Elles me challengent, me font grandir, me font sourire, mais m’apportent surtout une force par l’inspiration. Elles me rappellent que je ne suis pas seul, que nos luttes sont liées et que nos voix, ensemble, peuvent réellement faire bouger les choses. Ce n’est pas toujours simple, mais pas impossible.
En une phrase pourquoi il faut encore s’engager aujourd’hui, selon toi?
Rafaël Provost : Avons-nous vraiment trouvé notre définition commune du respect? Tant que la réponse ne sera pas claire, il faut continuer de s’engager, à notre façon.

