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Des nouvelles de Québec, une communauté à la recherche d’un centre

Peu après son ouverture en 2019, la Librairie-Café Saint-Suave est devenue un centre communautaire de facto pour la communauté queer de Québec.

Le café a fermé ses portes en 2024. Les années suivantes ont vu un foisonnement d’initiatives nomades, comme Toustes Doux, un collectif de jeunes adultes queers et trans ; Raviver l’amour sorcier et Plurielles, qui organisent des événements lesbo-queers ; Les Aînés gais de la Capitale, qui organisent diverses activités sociales pour les hommes gais retraités ; et la Coop Lavande, qui jette les bases d’une éventuelle coopérative d’habitation LGBTQ+. Ces organismes desservent des publics différents, mais ont une chose en commun : ils n’ont pas de quartier général physique.

Marc-Antoine Tourville est membre du collectif Café Marsha, qui souhaite mettre sur pied un café événementiel queer. « Je ne suis jamais allé au Saint-Suave, mais j’ai ressenti une nostalgie quand ça a fermé, raconte-t-il. Quand on l’a perdu, on s’est rendu compte qu’il manquait quelque chose. »

Dans un incubateur d’entreprises sociales en 2024, il rencontre les cofondatrices du collectif et met son propre projet de côté pour s’impliquer dans le leur. Iels rêvent d’ouvrir un café au sein d’un OBNL. « On ne veut pas que le projet dépende d’une seule personne propriétaire. On veut que ce soit géré par la communauté, pour que, si jamais [les personnes cofondatrices] ne sont plus là, ça puisse continuer. »

Le nom, en hommage à Marsha P. Johnson, une militante associée aux émeutes de Stonewall, a été proposé par une personne ayant participé anonymement à un groupe de discussion.

Marc-Antoine Tourville explique que le but du collectif est de créer un lieu physique permanent, sans alcool et abordable, où l’on pourrait assister à un spectacle, mais aussi apprendre à tricoter, s’initier au maquillage drag ou tenir une rencontre politique. Bref, un quartier général informel.

Marc-Antoine Tourville

À la recherche d’un centre communautaire
Le GRIS-Québec cherche aussi l’adresse parfaite. En partenariat avec l’Alliance Arc-en-Ciel et Divergenres, il veut doter Québec d’un centre communautaire LGBTQ+ permanent.

Charles Anthony Gagnon Lemay, directeur général du GRIS-Québec, explique que le projet est en discussion depuis une dizaine d’années. « On a fait une première étude de faisabilité en 2021 et un plan d’affaires détaillé cette année. C’est cher à notre cœur depuis longtemps, mais cette année, on sent qu’il y a un intérêt, puis une effervescence. »

Il explique que le scénario idéal serait de disposer d’un bâtiment dédié. « Idéalement, on aimerait être dans un endroit central de la ville qui va permettre à l’ensemble des organismes d’offrir leurs services. […] On parle probablement de prendre possession d’un bâtiment existant plutôt que de faire une nouvelle construction, mais on regarde toutes les possibilités. »

Le centre serait doté d’une salle multifonctionnelle, de bureaux pour la prestation de services et d’espaces de socialisation. Il pourrait même éventuellement accueillir le Café Marsha. Son nom provisoire est la Maison de la Diversité (sans lien avec un projet de centre culturel du même nom, annulé par la Ville en 2023).

Les organismes partenaires souhaitent constituer un OBNL prochainement, avant de solliciter des bailleurs de fonds, des bénévoles et des donateurs de la communauté, ainsi que d’éventuelles personnes ou organisations prêtes à donner ou à vendre un bâtiment. Ils s’inspirent de projets comme l’Espace+Village, à Montréal.

« Un des premiers mandats d’un éventuel organisme qui va porter le projet sera de mobiliser la communauté et de chercher des fonds, note M. Gagnon Lemay. L’implication de la communauté va être un argument de plus pour convaincre les différents paliers gouvernementaux de participer. »

Comme Marc-Antoine Tourville, il déplore le manque d’espaces sociaux LGBTQ+ permanents à Québec. « Tous les jours, on a des appels de nouveaux arrivants qui cherchent à tisser des liens avec la communauté. Il y a deux bars [Le St-Matthews et Le Drague] qui s’adressent à la communauté dans le quartier gai historique, sur la rue Saint-Jean. C’est tout. »

Les personnes qui ne peuvent pas ou ne veulent pas fréquenter les bars — les jeunes ados, certaines personnes âgées, celles qui ne boivent pas d’alcool ou qui préfèrent des endroits moins bruyants — ont donc peu d’options.

« Avoir un endroit inclusif, sécuritaire, où l’ensemble de la communauté trouvera sa place, c’est un besoin criant, [surtout] devant la montée de l’intolérance », observe Charles Anthony Gagnon Lemay.

Il ne souhaite toutefois pas que le centre remplace les collectifs nomades. « Je pense que la communauté a créé ces points de rassemblement par nécessité. Mon souhait serait que cet espace ne remplace pas les initiatives déjà en place, mais que ça vienne les compléter, parce qu’on en a besoin. »

L’échéancier dépendra du bâtiment choisi et des travaux nécessaires. « Ça va probablement s’étaler sur deux ou trois ans à partir du moment où on aura une confirmation de l’ensemble des bailleurs de fonds, avant qu’on puisse ouvrir l’espace de façon permanente à tout le monde. »

Du côté du Café Marsha, Marc-Antoine Tourville espère qu’on pourra « s’y rencontrer autour d’un café » d’ici deux ou trois ans.

Pour faire un don ou s’impliquer dans le projet de la Maison de la Diversité, communiquez avec le GRIS-Québec, l’Alliance Arc-en-Ciel ou Divergenres. Pour suivre l’évolution du Café Marsha, rendez-vous sur Instagram : @lecafemarsha.

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