Le sondage annuel 2025 de The Economist/YouGov, mené auprès de 1 623 adultes entre le 24 et le 27 octobre 2025, révèle que seulement 54 % des répondants croient que le mariage gai devrait être légal, contre 33 % qui s’y opposent et 13 % qui demeurent indécis. Ces résultats contrastent fortement avec ceux de Gallup en 2021, alors qu’un record de 70 % d’Américains se disaient en faveur du mariage entre personnes de même sexe.
Le sondage Gallup 2025 met aussi en lumière un écart politique spectaculaire : une différence de 47 points sépare désormais les deux grands partis. À peine 41 % des républicains appuient la reconnaissance légale des mariages gais — leur niveau le plus bas en dix ans — contre 88 % des démocrates. Il s’agit également du plus grand fossé partisan depuis que Gallup pose la question, en 1996. Malgré ces divisions, 68 % de l’ensemble des adultes américains interrogés se disent favorables à la reconnaissance légale des mariages entre personnes de même sexe.
Le sondage de The Economist/YouGov montre par ailleurs que l’appui envers les droits trans demeure nettement plus fragile. En 2025, 41 % des répondants estimaient que « notre société est allée trop loin dans l’acceptation des personnes transgenres », et 64 % s’opposaient à ce que les jeunes trans puissent intégrer des équipes sportives correspondant à leur identité de genre.
L’échantillon a été pondéré selon plusieurs critères, dont le genre, l’âge, la race, le niveau d’éducation, la région, la participation électorale en 2020 et 2024, le vote à la présidentielle, l’inscription électorale et l’identification partisane.
Une offensive conservatrice accrue contre les droits LGBTQ+
Depuis quelques années, des figures de la droite américaine multiplient les tentatives pour fragiliser les acquis LGBTQ+, particulièrement en ce qui concerne le mariage gai. Des sénateurs républicains d’au moins cinq États ont adopté des résolutions demandant à la Cour suprême de renverser l’arrêt Obergefell v. Hodges qui, en 2015, a légalisé le mariage entre personnes de même sexe à l’échelle nationale. La Southern Baptist Convention — la plus grande dénomination protestante au pays — a adopté une résolution similaire lors de son congrès annuel de 2024.
Parallèlement, des élus républicains dans quatre États ont présenté des projets de loi visant à instaurer les « mariages d’alliance », une forme de mariage explicitement religieuse, indiquant leur volonté de lier la reconnaissance civile du mariage à une définition religieuse. Le mois dernier, la Cour suprême du Texas a aussi adopté une règle permettant à des juges de refuser d’unir des couples de même sexe si cela contrevient à leurs « croyances religieuses sincères ».
Le lundi 10 novembre, la Cour suprême des États-Unis a toutefois refusé d’entendre la requête de Kim Davis — l’ex-greffière du Kentucky qui avait refusé d’émettre des licences de mariage gai — visant à revoir l’arrêt Obergefell.
Un statu quo fragile devant une Cour suprême ultra-partisane
Si le mariage gai demeure pour l’instant protégé, la Cour suprême, aujourd’hui profondément polarisée, a rendu cette année seule plusieurs décisions défavorables aux droits LGBTQ+.
Dans U.S. v. Skrmetti, les juges ont confirmé que les États peuvent interdire les soins d’affirmation de genre pour les mineurs trans. Dans Mahmoud v. Taylor, la Cour a statué que des parents peuvent retirer leurs enfants de classes où des livres LGBTQ+ sont utilisés. Et, la semaine dernière, la Cour a appuyé une politique de l’administration Trump interdisant aux Américains d’utiliser un marqueur de genre sur leur passeport qui ne correspond pas à leur sexe assigné à la naissance.

