Vendredi, 17 avril 2026
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    Les écouteurs ne «rendent pas gai» : un influenceur MAGA recycle un vieux mythe homophobe

    Après le «stress au travail» qui, selon un ministre malaisien des Affaires religieuses, pourrait «rendre homosexuel», voilà qu’un nouvel objet du quotidien serait accusé de transformer l’orientation sexuelle : les écouteurs.

    Depuis quelques jours, l’influenceur américain Ian Miles Cheong, proche de la mouvance pro-Donald Trump, fait sourire — et lever les yeux au ciel — en affirmant sur la plateforme X que les écouteurs « rendent les hommes homosexuels ». Une déclaration fondée sur une lecture pour le moins fantaisiste d’une étude scientifique européenne.

    Une étude détournée
    Le 24 février, Cheong, suivi par plusieurs centaines de milliers d’abonnés, a partagé des extraits d’un rapport néerlandais portant sur la présence de substances chimiques dans 81 modèles d’écouteurs vendus en Europe. Selon lui, certains composants pourraient entraîner une « féminisation des mâles » — et donc influencer leur orientation sexuelle.

    Problème : l’étude en question n’avance absolument rien de tel.

    Le rapport analyse la présence de perturbateurs endocriniens et d’additifs potentiellement nocifs dans des produits de grande consommation. Les chercheurs évoquent des risques pour la santé liés à une exposition répétée à certaines substances — notamment des effets possibles sur le système hormonal ou reproductif. À aucun moment il n’est question d’orientation sexuelle.

    L’amalgame repose sur une confusion — volontaire ou non — entre troubles hormonaux et identité ou orientation sexuelle, deux réalités distinctes qui ne relèvent pas des mêmes mécanismes biologiques ou sociaux.

    Un mythe qui ne meurt jamais
    La publication a rapidement suscité une vague de réactions ironiques et critiques en ligne. Car aucune donnée scientifique reconnue ne permet d’affirmer qu’un objet de consommation, qu’il s’agisse d’écouteurs, de plastique ou de toute autre substance courante, puisse « rendre gai ».

    Depuis des décennies, les principales organisations scientifiques et médicales internationales considèrent l’homosexualité comme une variation naturelle de la diversité humaine. L’Organisation mondiale de la santé l’a retirée de la liste des maladies mentales en 1990. Les théories suggérant qu’elle serait « causée » par des facteurs environnementaux ou chimiques relèvent de mythes persistants, souvent recyclés dans des milieux complotistes ou ultraconservateurs.

    L’idée qu’un phénomène externe — stress, vaccins, pollution, nourriture, musique pop… ou maintenant écouteurs — puisse « provoquer » l’homosexualité n’est pas nouvelle. Elle s’inscrit dans une longue tradition de discours cherchant à présenter les identités LGBTQ+ comme des anomalies induites plutôt que comme des réalités humaines légitimes.

    Détourner le débat
    Au-delà de l’aspect absurde de la déclaration, l’épisode illustre la facilité avec laquelle une étude scientifique peut être instrumentalisée pour nourrir un agenda idéologique. En l’occurrence, le rapport néerlandais soulevait de véritables enjeux de santé publique liés à la composition chimique de produits électroniques courants — un sujet sérieux qui mérite débat et encadrement.

    En détournant ces conclusions pour alimenter une rhétorique sur la « féminisation » et l’homosexualité, le commentateur contribue à maintenir des représentations stigmatisantes et pseudo-scientifiques des personnes LGBTQ+. Au moment d’écrire ces lignes, aucune rectification n’avait été publiée par Ian Miles Cheong.

    Si vos écouteurs ne déterminent pas votre orientation sexuelle, certaines théories, elles, semblent éternellement branchées sur le mode délire.

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