Enseignante à la retraite, syndicaliste et militante
Y a-t-il eu une conversation en particulier qui a déclenché ton militantisme?
Dominique Dubuc : J’ai deux enfants. Le déclencheur, ça a été de dire : Il n’y a aucun moment où je peux envoyer le message à mes enfants que c’est honteux, ce que je vis. J’essayais de faire mon coming out à mes groupes étudiants d’une façon aussi anodine : « J’ai fait telle chose avec ma conjointe. » Je me faisais dire par des personnes étudiantes par la suite que ça avait été important pour eux de voir une personne pour qui ça semblait être tellement naturel, alors que pour moi, il y avait quand même des petites pattes de canard qui travaillaient fort en dessous de l’eau!
Comment ton identité a-t-elle influencé ta façon de t’engager?
Dominique Dubuc : Mon créneau, c’est l’enseignement inclusif qui vise à être
non-hétéro-cisnormatif en éducation supérieure. Je me suis spécialisée là-dedans parce que je ne peux pas être mieux placée. J’ai eu le privilège de m’impliquer au niveau syndical, dans le comité confédéral LGBT+ de la CSN depuis ses tout débuts, et de siéger à la table nationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie des réseaux de l’éducation; ça a été déterminant pour moi. Le cégep m’a mandatée pour écrire une politique sur la diversité sexuelle et la pluralité des genres [et] des lignes directrices en matière de communication inclusive; j’ai fait un peu l’équivalent pour la FNEEQ, la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec. Je suis vraiment à la croisée des chemins pour avoir un regard intéressant.
Quelles sont tes plus grandes inquiétudes en ce moment?
Dominique Dubuc : Jusqu’en 2022, où il y a eu la reconnaissance des personnes non binaires, ça avançait lentement, mais toujours dans la bonne direction. Mais je n’ai jamais eu aussi peur pour l’avenir qu’en ce moment. Avant, on vivait du mépris, de l’ignorance. Là, c’est de la haine active, en parallèle avec la montée de la misogynie, du masculinisme, aussi du racisme, de la montée de l’islamophobie. On est vraiment à une époque que je ne pensais pas vivre.
Comment y faire face?
Dominique Dubuc : Il faut vraiment reconstruire les solidarités. Le droit à l’autonomie
corporelle, c’est un droit inaliénable pour tout le monde. Les femmes cisgenres, les personnes trans, les personnes non binaires. C’est un tout.
Des conseils pour des jeunes militant·e·s?
Dominique Dubuc : Il y a un an, j’étais en tabarnak en permanence, je ne pouvais pa
continuer comme ça. On est dans une situation tellement difficile en ce moment que c’est difficile de décrocher. Mais il faudrait que chaque personne prenne conscience des mécanismes qui peuvent l’aider à le faire. Pour moi, c’est l’ornithologie – oui, les oiseaux. Ça me fait un bien immense au niveau de ma santé mentale.

