Directrice générale d’Aide aux trans du Québec
Tu travailles dans une organisation en soutien aux personnes trans. Tu es toi-même trans. Le contexte social est très difficile pour ta communauté. Comment gardes-tu l’équilibre entre ton travail et le besoin de prendre soin de toi ?
Victoria Legault : C’est un réel défi de garder l’équilibre puisque mon travail est centré autour d’enjeux qui me rejoignent de façon personnelle. Je suis profondément investie dans mon travail et passionnée par ce que je fais. Depuis trois ans à la direction d’ATQ, mon travail m’a obligée, par moments, à reporter des plans personnels et à faire des sacrifices, mais j’essaie de ne pas être trop dure envers moi-même quand je me retrouve dans ces situations.
Lorsque je travaille davantage durant une semaine, si on est pris dans une crise médiatique qui touche des enjeux trans, j’essaie de prendre ça plus relax la semaine suivante et d’adoucir mon rythme de vie.
Cela dit, les gens voient surtout mon travail médiatique, alors que mon boulot, à la base, est de gérer une organisation. Je fais beaucoup de travail dans l’ombre. Donc, quand je participe à des événements communautaires, des colloques et des 5 à 7, c’est un plaisir et ça me permet de garder le cap.
Comment garder espoir que les droits des personnes trans peuvent progresser, malgré les reculs?
Victoria Legault : Je puise une certaine force dans notre histoire collective. Je suis très
inspirée par le fait que ce n’est pas la première fois qu’on fait face à ce genre d’enjeux et à cette violence. Malgré les divergences de points de vue, on a toujours été capables de se solidariser et de passer au travers.
J’ai espoir que cette période plus difficile ne soit que passagère. Je pense que tout va s’équilibrer avec le temps. D’ici quelques années, on va retrouver une période davantage favorable aux personnes trans. C’est ce qui me pousse à continuer.
Y a-t-il une personne trans militante qui t’inspire ?
Victoria Legault : La fondatrice d’Aide aux trans du Québec, Marie-Marcelle Godbout, que je n’ai jamais eu la chance de connaître avant qu’elle quitte ce monde. Les gens m’en parlent beaucoup. J’ai appris plein de choses sur son histoire. J’ai une grande admiration pour le fait qu’elle a été une pionnière au Québec pour la reconnaissance et la visibilité des personnes trans, afin qu’on ait accès à des services spécialisés.

