Le 28 avril 2026, le Centre des arts actuels SKOL a accueilli plus de 150 personnalités du milieu communautaire LGBTQ+ pour un cocktail 6 à 9 célébrant la 500e édition du magazine Fugues — l’édition mai 2026.
La soirée, c’est déroulée dans une ambiance à la fois festive, chaleureuse et rassembleuse. Collaborateur·trice·s, partenaires communautaires et d’affaires, artistes, personnalités du milieu culturel et quelques ami·e·s du magazine se sont réuni·e·s pour souligner cet important jalon de l’histoire du média LGBTQ+ au Québec.
Retour en images sur cette soirée mémorable, marquée par les retrouvailles, les échanges et la célébration de plus de quatre décennies d’engagement, de visibilité et de culture.
Un immense merci à nos partenaires présentateurs ViiV Soins de santé Canada et Desjardins, ainsi que le Centre des arts actuels SKOL et LA QV (une agence en vins, cidres et spiritueux).
Merci 500 fois à nos fidèles lecteur.trice.s, à nos collaborateurs, aux organismes oeuvrant dans nos communautés, ainsi qu’aux annonceurs pour leur soutien indéfectible pour notre média.












( Dao Blanc et Rouge de chez Adega de Penalva )
Et voici, ci-dessous, le discours prononcé par Yves Lafontaine lors de l’événement
DISCOURS Yves — COCKTAIL / 500e édition de Fugues
Bonsoir et merci d’avoir trouvé le temps dans vos horaires que j’imagine assez chargé à en plein cœur des journées de la visibilité lesbienne, à quelques jours du festival de la Fierté trans, et de la journée internationale de lutte contre l’homophobie, la lesbophobie, la transphobie et la biphobie. Donc merci d’avoir accepté l’invitation et d’être ici.
Avant de débuter, laissez-moi remercier deux partenaires de longue date de Fugues : j’ai nommé VIIV Soins de santé et Desjardins, qui ont rendu en partie possible la section spéciale sur l’engagement et le militantisme du 500e numéro de Fugues et le cocktail de ce soir. J’en profite pour saluer Alex Filiatrault de ViiV et Simon Dery de Desjardins qui sont parmi nous.
Un merci également à La QV qui nous a offert les vins qui sont servis ce soir, ainsi qu’à l’équipe du Centre d’arts actuels SKOL qui nous fait l’honneur de nous accueillir dans leurs locaux. Parlant de SKOL, notez que le centre braque ses projecteurs sur des artistes LGBTQ+, en 2026, et ce pour toutes ses expositions, dont celle autour de nous, qui vient tout juste d’être inaugurée et qui nous fait découvrir les œuvres de 4 artistes LGBTQ des régions.
Célébrer une 500e édition, ce n’est pas seulement souligner un chiffre. C’est marquer un moment de mémoire, un moment de lucidité… et un moment de responsabilité.
Parce que si Fugues est encore là aujourd’hui, après tant d’années, ce n’est pas par hasard. C’est parce qu’il y a, derrière ce média, une communauté qui y travaille… souvent sans regarder les heures consacrées à la production de chacune des éditions. Mais aussi une communauté qui s’engage. Une communauté qui milite. Une communauté qui refuse de disparaître, et ce, dans tous les sens du terme.
L’engagement communautaire, c’est le travail de terrain au quotidien. Ce sont les personnes qui accompagnent un jeune en questionnement, qui organisent des groupes de soutien, qui créent des espaces sécuritaires, qui brisent l’isolement, qui conscientisent la population aux réalités des personnes LGBTQ+. Mais, c’est aussi des artistes qui mettent de l’avant dans leurs œuvres les réalités et des univers LGBTQ+ qui nous ressemblent, ou des professionnels, des travailleurs, des entrepreneurs ou des bénévoles ou simplement des parents ou des personnes en couples qui acceptent de parler publiquement de leurs réalités, parce que la représentation c’est aussi très important. L’engagement communautaire, quel qu’il soit, c’est ce qui permet, concrètement, de tenir debout individuellement et comme communauté.
Le militantisme, lui, agit à un autre niveau. Il conteste. Il revendique. Il cherche à transformer les lois, les institutions, les mentalités. C’est lui qui a permis de passer de la criminalisation à la reconnaissance, du silence à la visibilité.
Évidemment, dans la réalité, ces deux dimensions ne s’opposent pas, elles avancent ensemble. Elles se nourrissent l’une l’autre même. Et dans nos communautés, ici au Québec, elles ont toujours été indissociables.
Fugues, depuis ses débuts, s’est situé exactement à cette intersection : à la fois témoin, facilitateur et acteur.
Au fil des années, tout en étant une source d’information sur quoi faire et où sortir, le magazine a documenté les luttes, amplifié les voix des personnes engagées, donné une tribune aux revendications, mais aussi soutenu les organismes, les événements, les initiatives locales organisées ou personnelles. Il a contribué à créer du lien, à rendre visible, à faire exister.
Et ça, ce n’est pas rien, parce qu’il faut se rappeler d’où l’on vient. Il n’y a pas si longtemps, les descentes policières faisaient partie du quotidien. Le mois où je suis arrivé à Fugues, — février 1994 — il y a eu la descente au bar Katakombes de la Station C : 175 hommes furent arrêtés et la vie de certains d’entre eux, a été brisée. Il s’agissait d’un raid à l’image du harcèlement de l’époque, similaire à d’autres descentes contre des lieux gais. Il ne faut pas oublier que l’homophobie était normalisée à l’époque, et que les droits les plus fondamentaux n’étaient pas garantis.
Puis, au fil des décennies, grâce à des générations de militant·e·s et à un engagement communautaire constant, des gains immenses ont été réalisés : reconnaissance des couples, union civile, mariage, adoption, droits des personnes trans. Des avancées qui ne sont pas tombées du ciel. Il faut le rappeler, elles ont été arrachées.
Et aujourd’hui, alors que nous célébrons la sortie de la 500 édition de Fugues, il faut aussi avoir le courage de le dire : rien n’est acquis. Et je pense que vous serez d’accord avec moi, les deux dernières années nous l’ont rappelé brutalement.
La montée des discours conservateurs et masculinistes, les attaques contre les droits des personnes trans et des personnes non-binaires, les remises en question de principes qu’on croyait solidement établis… tout ça nous oblige à rester vigilants et à garder l’esprit ouvert.
Parce que l’histoire ne suit pas une ligne droite. Elle avance, elle recule parfois. Et chaque recul est un rappel que nos droits doivent être défendus, encore et encore.Dans ce contexte, le rôle d’un média comme Fugues est plus essentiel que jamais.
Pas seulement pour informer et divertir — ce qu’on fera toujours — mais aussi pour relier les gens et les idées. Pour donner du sens. Pour offrir un espace où les réalités LGBTQ+ peuvent être racontées dans toute leur complexité. Un espace où les voix minoritaires ne sont pas marginalisées, mais mises de l’avant sur une base régulière.
Mais Fugues, ce n’est pas qu’un média. C’est aussi une aventure humaine. Une aventure portée par des centaines de personnes au fil des 42 dernières années : des rédacteurs, des photographes, des graphistes, une équipe de ventes, des collaborateurs, des employés à temps plein ou partiel et des bénévoles, des partenaires communautaires et d’affaires. Des gens qui ont cru — et qui croient encore — que raconter nos histoires, que connecter des gens et des organisations ensemble c’est une manière de transformer la société dans laquelle nous vivons. Et ça, ça mérite aussi d’être souligné.
Fugues, c’est aussi une aventure qui s’est transformée avec son époque. D’un magazine artisanal, il est devenu un média multiplateforme. En plus de sa version magazine imprimée et numérique, il est présent en ligne, sur les réseaux sociaux, accessible partout en somme.
Au fil des ans, Fugues a su évoluer avec et au rythme des communautés, intégrer de nouvelles réalités, élargir ses perspectives, s’ouvrir à une diversité toujours plus grande.
Et malgré les crises économiques, les bouleversements technologiques, les pandémies… il a tenu bon. Sans jamais manquer une seule édition, dois-je le rappeler. Sans jamais cesser de faire le lien entre les personnes et les organisations communautaires, publiques et privées de nos communautés.
Au fond, ce qui fait la force de Fugues depuis 500 numéros, c’est pas seulement sa capacité d’adaptation. C’est sa raison d’être. Fugues existe parce que nos histoires comptent; parce que nos vies méritent d’être racontées; parce que nos luttes ne doivent pas être oubliées.
Ce soir, en célébrant cette 500e édition, on célèbre bien sûr le passé, ce qui a été accompli…Mais on regarde aussi vers l’avenir.
Un avenir où les défis sont nombreux : santé mentale, inclusion, lutte contre les discriminations, accès aux soins, montée des discours haineux et de la remise en question des droits et libertés des communautés LGBTQ+, mais aussi le rôle que joueront l’intelligence artificielle et le tout numérique dans nos vies. Un avenir où l’engagement communautaire et le militantisme devront continuer de travailler ensemble. Un avenir où prendre soin des personnes sera aussi, plus que jamais, une forme de résistance.
La section spéciale sur l’engagement communautaire et le militantisme de la 500e édition de Fugues, se veut d’ailleurs un appel et une inspiration par l’exemple pour inciter d’autres à mettre l’épaule à la roue pour sécuriser cet avenir.
Dans cet avenir, Fugues aura encore un rôle à jouer. Celui de raconter, de questionner, de divertir, d’informer et de rassembler.
Alors merci à ceux et celles qui ont été là depuis les débuts; à celles, ceux et celleux qui se sont joints en cours de route, ou qui, aujourd’hui encore, font vivre ce média. Et merci à vous, qui êtes ici ce soir. Parce que si Fugues existe encore après 500 éditions… c’est grâce un peu ou beaucoup à chacun d’entre vous.
Alors souhaitons-nous bonne 500e édition. Longue vie à notre précieuse collaboration et, bien évidement, longue vie à Fugues.

