L’acteur, scénariste et humoriste américain Joel Kim Booster sera de retour à Montréal cet été à titre de tête d’affiche du Festival Juste pour rire, l’événement qui a contribué à lancer sa carrière il y a près de dix ans, lorsqu’il avait été sélectionné dans la vitrine New Faces de JFL en 2016.
Mieux connu pour avoir écrit, produit et tenu la vedette du film Fire Island, une comédie romantique inspirée d’Orgueil et préjugés et nommée aux Emmy Awards, Booster joue également dans la relance de Scrubs pour ABC. On peut aussi le voir dans la série humoristique acclamée Loot sur Apple TV+, où il interprète Nicholas, l’assistant de confiance du personnage incarné par Maya Rudolph.
Dans son spectacle Netflix Joel Kim Booster: Psychosexual, il aborde avec franchise ses expériences en tant qu’homme gai américano-asiatique, en réfléchissant à l’identité, à la sexualité et aux attentes culturelles.
Originaire de Chicago et aujourd’hui installé à Los Angeles, l’humoriste — adopté à sa naissance par une famille évangélique blanche américaine — anime également le populaire balado Bad Dates, dans lequel il invite ses ami·es à raconter leurs pires histoires de rendez-vous amoureux. En décembre 2025, Booster, aujourd’hui âgé de 38 ans, a épousé son partenaire de longue date, le producteur de jeux vidéo John-Michael Sudsina.
Nous nous sommes récemment entretenus avec lui afin de souligner son retour triomphal à Montréal. Qu’est-ce qui te rend heureux dans l’humour?
Joel Kim Booster : Je vais dire une chose : beaucoup de gens — que ce soit à propos de mon travail comme acteur, scénariste ou producteur — adorent diminuer mes accomplissements en prétendant que je suis un « recrutement ÉDI » et que je dois mon succès uniquement aux efforts de diversification à Hollywood. Mais le stand-up, lui, est une véritable méritocratie. Quand je suis sur scène et que le public rit à mes blagues, c’est quelque chose de très viscéral et de très réel pour moi. Je veux continuer à en faire parce que ça me rappelle que lorsque je fais rire les gens, c’est parce que je suis bon dans ce que je fais.
Était-ce difficile d’être un humoriste ouvertement gai à tes débuts?
Joel Kim Booster : Oui et non. Le plus difficile, c’était surtout la solitude. J’ai commencé à faire du stand-up à Chicago à quelques semaines d’intervalle de Matteo Lane, et j’ai eu énormément de chance que les choses se passent ainsi. Nous sommes rapidement devenus très proches — nous le sommes toujours aujourd’hui — et nous avons été, d’une certaine façon, les bouées de sauvetage l’un de l’autre. À l’époque, nous n’étions pas nombreux à être ouvertement gais dans le milieu. Des humoristes plus âgés, qui avaient pourtant de bonnes intentions, me conseillaient de ne jamais parler de ma vie amoureuse parce que ça risquait de dégoûter le public. Malgré tout, j’ai continué à faire des blagues sur ma vie et, soir après soir, le public embarquait avec moi.
Te considères-tu comme un humoriste gai ou comme un humoriste qui se trouve à être gai?
Joel Kim Booster : Je dirais plutôt la deuxième option. C’est une question délicate. Honnêtement, je ne suis même pas certain que cette distinction importe tant que ça pour la plupart des gens, parce qu’ils vont vous étiqueter comme ils veulent, peu importe que ce soit juste ou non. Il y a aussi un double standard. Les humoristes hétéros ne cessent jamais de parler de leur hétérosexualité lorsqu’ils racontent des histoires sur leurs femmes, leurs blondes, leurs maris ou leurs chums.
Tu joues dans Scrubs et Loot. Préfères-tu travailler devant ou derrière la caméra, ou encore te produire sur scène devant un public?
Joel Kim Booster : Mes racines sont dans le théâtre. L’immédiateté du spectacle vivant est quelque chose qui, selon moi, ne pourra jamais être reproduit. J’adore l’électricité qu’il y a lorsqu’on se retrouve devant un public en chair et en os. Tout le travail que je fais devant ou derrière la caméra pourrait un jour être remplacé par l’intelligence artificielle, mais jamais les performances en direct. À l’université, tu écrivais des pièces mettant en scène des couples hétérosexuels blancs. Puis, en 2022, tu as créé Fire Island, avec notamment Bowen Yang, Conrad Ricamora, James Scully et Margaret Cho.
un film formidable, et tu as été nommé aux Emmy Awards pour ce projet. Le film a bousculé autant le public hétéro que le public queer. En quoi sa création t’a-t-elle mis au défi?
Joel Kim Booster : Je dirais que si j’écrivais principalement sur des personnes blanches à l’université, c’est parce que nous n’étions que deux personnes racisées dans ma cohorte. Ce n’était donc pas tant un choix qu’un manque d’options à l’époque. Pour Fire Island, le défi consistait à trouver l’équilibre entre les éléments autobiographiques et la fiction. C’est une ligne très mince à tracer, parce qu’on cannibalise sa propre vie au service de son art. Jusqu’où est-on prêt à se dévoiler? Qu’est-ce qu’on garde pour soi? Je suis immensément reconnaissant que Bowen ait accepté de participer au projet, parce qu’une grande partie du film repose sur notre expérience commune, particulièrement celle des hommes asiatiques au sein de la communauté gaie.
Dans ton balado Bad Dates, tu invites tes ami·es à raconter leurs pires catastrophes amoureuses. Et toi, quelle est la tienne?
Joel Kim Booster : Pour être honnête, je n’ai jamais été un grand adepte des rendez-vous galants, mais si on parle de hookups, j’en ai une bonne. À ma troisième soirée à New York, après mon déménagement, je suis allé chez un homme rencontré en ligne. C’était mon tout premier hookup via Internet. Je savais qu’il était dans une relation ouverte, il me l’avait dit. Une fois sur place, alors que nous étions dans le salon, il m’a lancé : « On va devoir faire ça ici parce que mon mari est à la maison et il est vraiment raciste. » Je me suis arrêté net en lui demandant : « Qu’est-ce que ça veut dire pour moi, exactement? Qu’est-ce qui va se passer s’il sort de la chambre? » Je suis désolé de dire que c’est l’une des très rares fois de ma vie où j’ai pris mes jambes à mon cou. Il y a pourtant eu d’autres situations où j’aurais dû partir et où je suis resté. Mais celle-là était assez claire.
Ressens-tu une responsabilité particulière, comme homme gai américano-asiatique, de représenter ta communauté? Ou est-ce une attente injuste?
Joel Kim Booster : Je dirais que ce sentiment de responsabilité devient plus léger chaque année. Mon travail est de moins en moins centré sur mon identité et, surtout, il y a de plus en plus de gens qui prennent le relais. Nous sommes nombreux maintenant! Et c’est formidable, parce qu’à mes débuts nous étions très peu. Certains de mes critiques les plus sévères étaient d’ailleurs des hommes gais asiatiques. Quand il n’y a que Bowen et moi comme points de référence, et que les médias disent :
« Voilà ce que vous êtes », ça peut générer de la frustration si les gens ne se reconnaissent pas en nous. Aujourd’hui, il existe beaucoup plus de représentations, alors je ressens moins cette pression.
Tu as été adopté à la naissance par une famille évangélique blanche américaine. Tes parents t’ont-ils déjà vu faire du stand-up?
Joel Kim Booster : Mes parents ne m’ont jamais vu sur scène et ils ne me verront jamais. Mon père est décédé en 2021. Ma mère est toujours vivante et je l’aime énormément. Je crois que nous avons réduit la distance entre nous autant qu’il était possible de le faire. Mais au bout du compte, elle demeure très chrétienne, très conservatrice et très pro-Trump. Je sais qu’elle n’apprécierait pas mon travail, même si, comme toute mère, elle aimerait probablement être fière de son fils. Elle sait qu’elle n’aimerait pas ce que je fais, alors pourquoi faire semblant? Pourquoi lui montrer? J’ai cessé depuis longtemps d’attendre — et surtout d’avoir besoin — de l’approbation de ma famille. J’ai dans ma vie beaucoup de gens à qui je montre mes nouveaux projets, dont je recherche l’approbation et dont la fierté me nourrit. Mais ce n’est pas ma mère, et c’est correct. C’est correct que ce ne soit pas elle. Ma mère reste ma mère. Je l’aime profondément et elle représente beaucoup de choses pour moi. Elle n’est simplement pas cette personne-là.
On dirait que tu es dans un bon moment de ta vie.
Joel Kim Booster : Je l’espère! Que tes paroles parviennent jusqu’aux oreilles de mon thérapeute!
Es-tu enthousiaste à l’idée de revenir à Montréal?
Joel Kim Booster : Absolument! Montréal a été, à bien des égards, le point de départ de ma carrière. J’ai participé à New Faces au festival en 2016 et les Montréalais demeurent parmi mes publics préférés. J’ai vraiment hâte que les gens découvrent ce nouveau matériel.
INFOS | Joel Kim Booster sera en vedette au Studio TD le 23 juillet à 19 h. Just For Laugh, la version anglo de Juste pour rire Montréal, se déroule du 15 au 26 juillet dans différents lieux de la ville. Pour obtenir des billets : https://www.hahaha.com

