Les vacances des cinq ami.e.s prennent une tournure inattendue lorsqu’un dossier confidentiel est dérobé au père de Garance et Nathanaël : rien de moins que la recette de la farce des raviolis en boîte, dont la divulgation pourrait ébranler l’équilibre politique mondial. Il n’en faut pas davantage pour précipiter la joyeuse bande au cœur d’une nouvelle et palpitante aventure. Une seule piste semble retenir leur attention : sur la plage, les jeunes camarades ont croisé un garçon roumain de 12 ans, accompagné de son petit frère.
Que peuvent bien faire des Roumains dans les parages ? La coïncidence paraît pour le moins douteuse. Bien davantage, en tout cas, que celle concernant leur nouveau voisin, surpris dans le bureau de leur père le jour même du vol. Quel mystère ! On l’aura compris, ce roman se présente comme un véritable pastiche doublé d’une satire des ouvrages jeunesse publiés dans les années 1970 et 1980 par la Bibliothèque rose — plus particulièrement Le Club des Cinq et Le Clan des Sept — qui se caractérisaient par une naïveté désarmante. L’auteur, Fabcaro, en reprend les mécanismes narratifs, marqués par des intrigues prévisibles, des répétitions appuyées et une vision traditionnelle du monde. Il les détourne cependant avec un humour résolument au second degré : les personnages se livrent ainsi à des propos outranciers, et s’enlisent dans les pires clichés.
Le tout est constamment enveloppé d’une bienveillance dont la douceur n’en accentue que davantage le caractère délicieusement toxique. C’est ainsi que Garance s’inquiète de l’arrivée de nouveaux voisins, dont l’origine indéterminée suffit à éveiller sa suspicion, mais « malgré ses cheveux blonds, [il] n’avait pas froid aux yeux ». De son côté, le récit rappelle avec insistance qu’Apolline a ses règles, au point d’en faire le motif récurrent de ses moindres actions : « Les enfants grimpèrent les marches quatre à quatre jusqu’à l’étage, sauf Apolline, qui les gravit une à une, car elle avait ses règles. »
Nathanaël se définit presque exclusivement par son caractère sportif, trait que le récit rappelle sans aucune pertinence. Bruno, quant à lui, se caractérise par une sensibilité exacerbée, contemple avec insistance les cuisses musclées des hommes qu’il croise, manifeste un sens artistique développé et se distingue par des talents en dance, jugés « remarquables pour un hétérosexuel tout et rien : « Bruno, comme chaque fois, prit le grand lit car ses parents étaient morts dans un accident de voiture. » La petite meute est complétée par Attila, un chien dont les pattes arrière ont été écrasées et remplacées par de petites roues. La lecture du roman se révèle un plaisir irrésistible, particulièrement pour ceux et celles dont la Bibliothèque rose a marqué la jeunesse, qui y reconnaîtront des poncifs qui y sont poussés au maximum, générant des moments d’hilarité contagieuse.
L’hommage, teinté d’une ironie assumée, se prolonge d’ailleurs jusque dans l’objet-livre lui-même qui en reproduit avec soin les codes matériels, qu’il s’agisse des illustrations ou encore de la couverture. L’humour est sans aucun doute le plus beau des hommages et il est ici particulièrement réussi, puisque l’ouvrage s’abreuve à la nostalgie d’une littérature jeunesse surannée, tout en offrant une relecture à la fois grinçante et finement ironique, à laquelle il devient difficile — sinon impossible — de résister. À noter qu’à l’adolescence, mon cœur portait plutôt vers la Bibliothèque verte, qui proposait des récits orientés vers l’action, comme les aventures de Langelot, série écrite par le Lieutenant X (pseudonyme de Vladimir Volkoff). Ces romans, plus adultes, comportent même deux volets situés au Québec (Langelot et le gratte-ciel et Langelot et la danseuse) qui, assez étonnamment pour les années 70, intègrent un accent et un vocabulaire québécois assez crédibles.
INFOS | Les cinq ami.e.s l’échappent belle in extremis / Fabcaro. St-Jean de Védas, France : 6 Pieds sous terre, 2026, 100 p. (Bibliothèque du Monotrème)

