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    FRAGMENTS UNIQUES DE LA VIE : « Histoire de ma sexualité » d’Arthur Dreyfus / « Tant que je serai en vie » d’Olivier Charneux / « L’amant pur » de David Plante

    Ces trois livres racontent sous forme de fragments la vie, l’amour, le sexe, la mort. Chacun possède son ton, sa couleur, sa vibration, selon l’âge de l’auteur.

    Arthur Dreyfus est le plus jeune; il est né en 1986, et il n’a pas peur des tabous et de la censure dans son Histoire de ma sexualité. Olivier Charneux est né en 1963; son Tant que je serai en vie est marqué par la gravité, lesté par l’arrivée du sida et la mort de nombreux amis et connaissances. Quant à David Plante, né en 1940, son Amant pur, ayant pour sujet sa vie avec Nikos jusqu’à la mort de ce compagnon, est un livre de deuil. Ces trois écrivains ont adopté à leur manière le fragment, l’addition du détail pour composer des livres uniques.  

    Le désordre des fragments – mais désordre minutieusement élaboré – affiche une méthode chez Arthur Dreyfus: une tentative littéraire risquée de représenter le «spectacle» de sa vie, de sa jeunesse jusqu’à aujourd’hui. Cet écrivain, qui aussi scénariste, réalisateur, journaliste et animateur de radio, décrit dans son roman à la fois l’origine de son homosexualité et sa pratique actuelle.

    Roman? On y croit peu. En fait, on trouve ici un mélange du vrai et du faux dans lequel les éclats de vie s’appuient sur des souvenirs passés et actuels pour assembler sa propre histoire du désir. Dreyfus ajoute une anecdote à une dans un amalgame de dérision et de fantaisie décrivant une sexualité vécue comme un acharnement d’être soi-même.

    Il décrit tout, ses masturbations et son goût du travestissement, ses fréquentations et ses aventures sexuelles, sa famille et ses amis qui ont pour nom «Jeune homme», «Travesti» ou «Bord cadre». Il voit le livre qu’il écrit comme celui d’un voyeuriste, d’un exhibitionniste, d’un nombriliste, pourtant il n’en rien. Ce roman trace, entre délicatesse et crudité, un portrait en creux de l’écrivain, qui en voulant tout dire nous laisse un livre aussi complexe qu’un mystère impossible à éclairer.

    Tant que je serai en vie / Olivier Charneux

    Livre plus simple, mais plus sombre, que celui d’Olivier Charneux (romancier, comédien et dramaturge), qui cherche, tout compte fait, à comprendre pourquoi il est encore vie. Chaque chapitre de Tant que je serai en vie est un fragment identifié à l’œuvre d’un artiste (écrivain, chorégraphe, cinéaste…), œuvre qui devient autant une pierre blanche dans trente ans de vie, de 1981 à 2011. Violette Leduc, Marguerite Duras, Hervé Guibert, Pina Bausch, Nan Goldin, Gus Van Sant, Larry Clark, sont, entre autres, les figures tutélaires d’un apprentissage et une manière de vivre liés à la création.

    Charneux apprendra que la confiance en l’avenir est semé de pièges, que le sentiment de liberté (sexuelle, en particulier) peut être frappé de malédiction, mais que l’homosexualité n’est pas une tare, que l’amour peut y être entier (il vit avec le même homme depuis trente ans). Ce livre généreux, plein du souci de l’autre et du souci de l’écriture, est un hommage à l’art et une ode à l’existence. 

    L’amant pur: Mémoires de la douleur / David Plante

    David Plante, écrivain et essayiste américain, né d’une mère « canadienne-française », raconte, par des fragments rassemblés sous des lettres de l’alphabet grec, dans L’amant pur (sous-titré pertinemment Mémoires de la douleur), ses quarante ans de vie avec Nikos, poète, éditeur et intellectuel de gauche d’origine grecque.

    C’est en fait la biographie de l’être aimé. Chaque chapitre, surmonté d’une réflexion sur le deuil, décrit une relation intime à travers le travail de la mémoire et du souvenir. Perte et douleur déchirent cette remémoration de l’amour unique, d’un homme qui transpirait la pureté et la beauté.

    Comment se délivrer de cette absence ? Comment survivre à la douleur? Ce livre y répond en se métamorphosant en une élégie poignante, qui n’aura craint pas, dans ses dernières pages, de décrire la terrible agonie de Nikos, la chimio, la déchéance d’un corps envahi par un cancer des poumons qui se propagera à la colonne vertébrale et au cerveau – comme s’il fallait, après des pages de claire quiétude, que le lecteur passe lui aussi par cette épreuve, l’obligeant à croire à cet amour, à la vérité de l’amour. Pour également donner au temps de l’amour son sens. Son absolu.

    L’amant pur est autant une prière qu’un cri. C’est une plainte qui vous laisse pantelant, épuisé par sa profonde richesse, par le chagrin qui l’imprègne, par l’impardonnable deuil qui accable David Plante, par le terrible constat de la cruauté de la mort, car celle-ci ne peut jamais réunir deux êtres. Ces mémoires forment un livre capital.  

    Histoire de ma sexualité / Arthur Dreyfus. Paris: Gallimard, 2014. 363p.

    Tant que je serai en vie / Olivier Charneux. Paris: Grasset, 2014. 156p.

    L’amant pur: Mémoires de la douleur / David Plante, traduit de l’anglais (États-Unis) par Amélie de Maupeou. Paris: Plon, 2014. 142p. (coll. : Feux croisés)

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