Samedi, 27 novembre 2021
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    Hélène Messier, danser pour faire confiance à l’empathie

    Il s’écrira un jour une thèse sur la création pour les arts vivants ou les arts de la scène sans public en raison d’une pandémie. Comment créer en sachant que seule une ou deux caméras habiteront une salle vide pour capter un moment qui aurait dû être partagé avec des êtres humains, de chair et d’émotions. Pour autant, créateurs et créatrices, comédiens et comédiennes ne lâchent pas et maintiennent leur présence et leur création en tentant de s’adapter, de se jouer, voire d’utiliser les contraintes à l’intérieur de leur projet. C’est le cas de la chorégraphe-interprète Hélène Messier qui a décidé de mettre en scène son travail, présenté par Tangente. Un long aboutissement car Hélène Messier murit lentement tous ses projets jusqu’à l’obtention d’un résultat le plus proche de ce qu’elle est et de ce qu’elle veut exposer.

    Avec sa création SOIE, le titre dit tout. Hélène Messier continue une démarche entreprise il y a des années sur ce que le corps peut transmettre de nos états intérieurs même les plus silencieux et leur donner une chance d’aller vers la lumière et éclairer nos propres états intérieurs. S’inspirant du butō qu’elle a beaucoup étudié, de sa pratique de la méditation consciente et de son expérience de modèle vivant, la chorégraphe a choisi de faire ressentir par l’expression du corps une forme d’expérience spirituelle. Un défi à relever aujourd’hui devant une caméra pour aller au-delà du médium et toucher un public invisible et inconnu au moment de la captation. «Il faut composer avec la disparition du lien humain, qui est essentiel pour moi dans ma recherche et ma création, confie Hélène Messier en entrevue, SOIE sera présentée grâce à Tangente danse en webdiffusion, en temps réel, mais comportera aussi des moments filmés auparavant pour rendre au plus près ce passage d’émotions afin que l’esthétique soit aussi claire que si cela avait été présenté devant public».

    La caméra peut orienter une interprétation différente par les choix qu’elle fera de capter et modifier l’essence de l’œuvre de l’artiste. «Bien sûr, la danse qui m’inspire et mon travail chorégraphique amènent bien évidemment des mouvements lents, parfois presque imperceptibles, des mouvements fondés sur le ressenti, et une captation totalement live n’aurait pas rendu justice à mon travail, continue Hélène Messier, en faisant perdre soixante-dix pour cent de l’expressivité recherchée.»

    Tout au long de l’entrevue, des mots reviennent comme des respirations dans les propos de la chorégraphe, comme lien social, empathie, en fait tout ce qui nous permet d’être en communion avec soi mais aussi avec les autres. «Ce qui m’intéresse dans mon parcours, c’est l’expérience du moment, comment l’intime rencontre l’universel, travailler sur la porosité entre ces deux mondes, explique-t-elle, et comment cela touche chaque expérience humaine». Et dans le contexte actuel où la distance physique nous éloigne des autres, on comprendra que la
    démarche d’Hélène Messier relève d’un très grand défi. Créer cette osmose entre l’autre et soi le temps d’une représentation demandait la proximité d’un public. Cette osmose devra naître aujourd’hui par le truchement de la technologie.

    Rien ne destinait Hélène Messier à devenir danseuse. Elle se dirigeait dans ses études de piano à devenir concertiste jusqu’à ce qu’elle découvre le butō qui va radicalement changer sa vie. «Avec le butō, je me suis rendue compte que le corps nous permettait simplement d’être, tout comme il nous permettait d’être plus dans le sensible que dans le réfléchi. Et comme beaucoup de personnes m’ont confirmée dans ce choix, j’ai décidé de continuer», explique-t-elle.

    Pour quelques soirées, Hélène Messier nous invite à un spectacle de danse, mais centrée avant tout sur une expérience émotionnelle, à un laisser-aller de soi-même plus attentif à ce que nous balayons souvent d’un revers de l’intellect plus intéressé par le rationnel que par nos vibrations intérieures et les résonnances qu’elles peuvent avoir avec les autres. Alors que le lien social se délite, et on le constatait déjà avant la pandémie, avec SOIE, Hélène Messier nous ramène à l’essentiel, à ce qui doit nous maintenir ensemble, comme elle le dit si bien «pour faire confiance à l’empathie». Mais après tout tissé des liens n’est-il pas l’objectif de l’art?

    INFOS | SOIE, de et par Hélène Messier
    En webdiffusion Du 10 au 18 avril
    En salle Du 14 au 18 avril
    tangentedanse.ca

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