Lundi, 25 octobre 2021
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    BloodSisters: le 25e anniversaire du film évènement

    En 1995, Michelle Handelman produit et réalise le film BloodSisters : Leather, Dykes And Sadomasochism. Alors qu’il effectue un retour sur grand écran au Outfest Film Festival de Los Angeles en 2020 et que Kino Classics s’apprête à sortir le film sur DVD avec des suppléments inédits, explorons ce film culte, bien que largement méconnu, étant donné la culture underground qu’il met en scène.

    À l’aube des années 90, San Francisco est l’épicentre de la modification corporelle et de l’anticonformisme lié au genre. Des pionniers trans, au même titre que des queers et des lesbiennes, luttent pour la visibilité d’une audacieuse communauté sadomasochiste. Le documentaire, provocateur à souhait, s’intéresse à ces militants et leur époque, pour nous faire vivre leur zeitgeist, à travers images d’archives et témoignages de Tala Brandeis, Patrick Califia, J.C. Collins, Queen Cougar, Amy Marie Meek, Skeeter, Wickie Stamps, Peggy Sue, Ann Soucy-West. Les premiers mots prononcés dans le documentaire, tiré d’images d’archives, sont d’ailleurs exemplaires du propos « Mesdames et messieurs et ceux entre les deux ». Un propos qui désire transgresser les tabous, sans nécessairement ignorer, ou se conformer aux codes genrés. Briser les hypothèses sur le genre et la société lesbienne, sur les expressions personnelles de l’érotisme et leurs implications politiques. Pour ce faire, des images crues d’archives et parfois même des reconstitutions (vue subjective d’une scène S/M) sont au menu, afin de vous faire découvrir les codes sadomasochistes : les identités sont multiples (fem, butch, switch, lesbian, dyke, etc.) comme les objets utilisés (épingles à linge, meat tender, pinces, couteaux, aiguilles) qui dépassent largement vos menottes en moumoute de la Boutique Séduction… Sans compter les rôles, qui peuvent s’enchainer… « Il devrait y avoir une école sadomaso, car c’est mélangeant », exprime judicieusement une interviewée.

    Comme toute culture underground, les codes sont nombreux. Les préjugés, également. « Les gens ont des stéréotypes codifiés à propos de nous », ajoute une interviewée. « Les gens pensent qu’il n’y a pas de consentement, qu’on ne respecte pas notre partenaire, qu’il n’y a pas de limites, mais ce sont de mauvaises conceptions » explique l’une, sans compter que « dans la communauté lesbienne, le sadomasochisme était mal vu, car intolérable pour beaucoup de féministes à l’époque », ajoute une autre, « alors qu’au final, ce sont des femmes qui explorent librement leurs désirs avec consentement… »  J.C. Collins, porte du cuir et constate les préjugés. Peggy Sue, activiste, le constate également, au-delà des habits. Pourtant, « c’est une relation consensuelle basée sur la confiance et le respect qui vise à repousser les limites d’un individu. Le sexe est hot. Oui vous pouvez frapper quelqu’un, mais c’est contrôlé. Tout ira bien le lendemain. Le sadomasochisme laisse quelqu’un physiquement et psychologiquement intact, c’est consensuel. Au contraire d’un abus, qui est non consensuel et où la personne vit avec des cicatrices psychologiques pour toujours ».Enfin, la communauté BDSM est pour plusieurs de ses membres aux pratiques et orientations sexuelles rejetés par leur famille biologique, une famille renouvelée, qui remplace la « famille de sang ». « J’ai perdu tous mes amis et ma famille avant d’arriver dans le monde sadomasochiste », témoigne Patrick Califa. « Cela dit, c’est un gros poids de moins sur les épaules, car tu n’as plus à te cacher ou à mentir ». S’afficher au sein de cette communauté de « BloodSisters » est un statement politique en soi, inhérent à toute communauté marginalisée.

    Si, à l’époque de la HD léchée, ce film produit dans les années 90 a visuellement mal vieilli, notamment avec quelques split screens qui s’adaptent mal au widescreen, il n’en demeure pas moins que le propos, vieux comme le monde, est plus que jamais pertinent. Il démontre, une fois de plus, les préjugés et les jugements associés aux pratiques sexuelles qui sortent du cadre hétérosexuel classique. Le sadomasochisme, jumelé à l’orientation (homo)sexuelle (plus précisément, au lesbianisme), n’y échappe pas, au point de demeurer sur la scène underground. Si dans les années 1990, BloodSisters est attaquée au congrès par l’American Family Association pour ses représentations de la sexualité lesbienne radicale, vingt-cinq ans plus tard, le film demeure un précieux document archivistique présentant l’historique d’un mouvement ayant participé à faire tomber les barrières liées au sexe, au genre et à l’activisme.

    BloodSisters: Leather, Dykes & Sadomasochism (1995, États-Unis, 70 minutes) de Michelle Handelman est disponible dès le 29 juin 2021, en DVD, sous l’étiquette Kino Classics. Également disponible en version digitale sur Kino Now. https://kinonow.com/

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