Jeudi, 18 août 2022
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    Isabelle Hamon, réalisatrice de porno entre hommes

    Dans la série documentaire Boy Boy Montreal, diffusée cet automne sur OutTV, on apprenait qu’Isabelle Hamon, une femme lesbienne, était la réalisatrice de films pornos entre hommes la plus en demande dans la métropole. Fugues a eu envie d’en savoir plus à son sujet.


    Quelle était ta perception de la porno avant d’en réaliser?
    Je croyais que ma perception était positive… jusqu’à ce qu’on m’offre d’y travailler. Je ne jugeais pas les personnes qui en faisaient, mais il y a une différence entre le fait d’avoir des amis qui font de la porno, leur poser des questions et trouver ça drôle, et m’engager moi-même dans cette industrie. Je n’avais pas le gout de vivre avec les stigmas entourant la porno. C’est ironique, parce que j’évolue dans un univers de personnes stigmatisées. Je suis lesbienne. Depuis que j’ai dix-huit ans, tous mes amis sont gais. Plusieurs d’entre eux font de la porno ou sont des escortes.

    Comment es-tu arrivée au cinéma en général?
    J’ai travaillé durant des années dans l’évènementiel et ça m’amenait régulièrement sur les plateaux de tournage. Comme je trouvais ça l’fun, j’ai eu envie de me réorienter et j’ai débuté un programme en production télévisuelle. Un jour, mon meilleur ami, l’acteur porno Brandon Jones, m’a appris que l’industrie cherchait du monde pour filmer. Ça ne me tentait pas plus qu’il faut, mais quand il m’a dit combien ce serait payé et à quel équipement j’aurais accès, j’ai décidé d’essayer. Finalement, je suis tombée en amour avec le milieu.

    Qu’est-ce qui t’a séduite?
    Dans mes expériences sur les plateaux non pornographiques, je travaillais dans de grosses équipes. Tout le monde faisait sa petite affaire. On devait apprendre son petit métier, mais on pouvait difficilement devenir polyvalent. C’était de longues heures de tournage, souvent douze à quatorze par jour, et les conditions de travail n’étaient pas super. À l’inverse, la porno se tourne avec des petites équipes. Je peux travailler avec les acteurs, réfléchir à la direction photo et penser à la caméra. On se promène partout pour tourner. Les tournages durent entre quatre et cinq heures. Le contact humain est plus grand. Quand j’arrive sur un plateau, les acteurs et moi discutons de nos idées selon les scénarios fournis par les studios. Au fond, ce n’est pas nécessairement de filmer du sexe qui m’allume, mais la possibilité de créer et l’intimité avec l’équipe.

    Il existe d’innombrables facettes à la porno. Pourquoi t’es-tu spécialisée dans la porno entre hommes?
    À Montréal, l’industrie s’est concentrée sur la porno gaie parce qu’il y a plus d’acteurs et de modèles gais qu’ailleurs. Si on avait plus de filles, c’aurait probablement été davantage hétéro. En bout de ligne, la porno entre hommes me convient très bien. J’ai l’impression de bien comprendre la dynamique gaie. Je suis lesbienne. Je suis entourée de couples d’hommes gais. La sensibilité entre deux hommes vient me chercher davantage que celle entre un homme et une femme.

    Comment peux-tu suggérer des idées de sexe entre hommes, alors que ta sexualité est différente?
    Ce n’est pas nécessairement moi qui apporte les idées sur ce qui va se passer au niveau de la sexualité. Les modèles trouvent ensemble ce qu’ils veulent vivre et montrer. Je ne leur dis pas quoi faire. Je les invite à faire ce qui les excite, et moi je vais faire briller leur moment. Je ne suis pas là pour réaliser mes fantasmes, mais pour magnifier les leurs.

    «Je ne suis pas là pour réaliser mes fantasmes, mais pour magnifier les leurs»


    À quel point la créativité est la bienvenue dans le domaine?
    Il y a deux types de porno : la porno artistique, dans laquelle les réalisateurs mettent de l’avant leurs concepts, et la porno imposée par les studios, qui tentent de reproduire ce qui est le plus populaire. Quand je réalise pour un studio, les demandes sont très claires. C’est pour ça que j’ai lancé mon OnlyFans : je voulais aussi réaliser mes idées.


    Comment réagissent tes proches à ton métier?
    Mon entourage est super ouvert. Ma famille et ma copine le savent et ils trouvent ça drôle. Seuls mes beaux-parents l’ignorent parce qu’ils sont un peu plus vieux. Quand je rencontre quelqu’un de nouveau et qu’on parle de ma profession, je l’assume. C’est une fierté pour moi. Je veux que la porno se démocratise et que le monde arrête de se cacher. Il y a tellement de belles personnes dans cette industrie-là.

    À quel point la porno te permet de bien gagner ta vie?
    C’est vraiment payant, on va se le dire. Je peux gagner plus de 100 000$ par année en participant à dix ou quinze tournages par mois, à raison de quatre ou cinq heures par tournage. Je travaille à temps plein depuis cinq ans et je suis la réalisatrice la plus occupée à Montréal en porno gaie.

    Lisez aussi l’article «Boy Boy Montreal : le docu de la porno gaie montréalaise» du Fugues de Novembre 2021

    INFOS | BOY BOY MONTREAL sur OutTv

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