Mercredi, 20 mai 2026
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    J’ai réalisé qu’il fourrait son « jumeau »

    Il s’est avancé dans le théâtre, une dizaine de rangées devant mon siège. Quelques mois après avoir crissé mon cœur par la fenêtre, il s’est assis avec son nouveau chum. Ma respiration s’est coupée. Puis, j’ai pris le temps de les analyser et j’ai compris qu’il fourrait son « jumeau ».

    Cette chronique ne parle pas d’inceste ni des homosexuels qui écrivent « Gay Twins Fucking » sur leur plateforme porno préférée, en espérant voir des jumeaux identiques copuler. Il s’agit plutôt d’une invitation à réfléchir à un phénomène qui me fascine depuis longtemps : les gais qui se mettent en couple avec leur sosie.

    Parlons d’abord de la situation dont j’ai été témoin. Trois mois après qu’un homme ait mis fin à notre fréquentation pour se mettre en couple avec un autre dude, je les ai vus ensemble. J’ai d’abord eu une petite émotion, car je revoyais pour la première fois celui avec qui j’avais développé une forte connexion. Ensuite, j’ai ressenti de l’envie en le voyant embrasser son copain. Une parcelle de mon cerveau se disait : « C’est à ça que j’aurais goûté s’il m’avait choisi ». Peu à peu, j’ai constaté à quel point ils se ressemblaient. Même calvitie. Mêmes traits du visage. Même look vestimentaire. Et, selon mon stalkage sur Instagram, même physique. Je n’ai pas pu m’empêcher de dire à l’ami qui m’accompagnait : « On dirait qu’il couche avec lui-même ! ». Bien entendu, ce sont des humains distincts. Ils n’ont pas le même parcours de vie, la même personnalité, ni le même métier. Mais pourquoi cette préférence ?

    Quittons maintenant cet exemple précis pour réfléchir au sujet de manière globale. Qu’est-ce qui pousse un individu à ressentir de l’attirance pour un homme qui lui ressemble autant physiquement ? Est-ce une façon — très inconsciente — d’apprendre à s’aimer soi-même à travers son partenaire ? Un moyen de compenser la haine de soi ressentie par tant d’homosexuels quand ils comprennent qu’ils sont différents de la majorité ? Ou plutôt la démonstration qu’ils sont attirés par des corps et des visages qui correspondent aux mêmes standards qu’ils s’imposent… ou qu’ils repoussent ?

    En effet, les deux options sont possibles. D’une part, plusieurs amoureux s’imposent les mêmes habitudes de vie qui leur offrent des corps sculptés selon des critères précis, qui veulent la même coupe chez leur coiffeur et qui taillent leurs poils de la même façon. Comme si, en fournissant tous ces efforts pour atteindre une image préfabriquée qui les rend fiers et qui déploie leur amour propre, ils en étaient venus à y résumer leur vision de la beauté et à chercher uniquement des hommes qui leur ressemblent.

    D’autre part, de nombreux individus vont vers des hommes qui n’ont rien à faire de ces carcans de beauté, qui ne lèvent pas le nez sur les corps plus ronds et plus poilus, qui ne s’obligent pas à porter les vêtements à la mode ou des coupes moulantes qui mettent en lumière leur corps et qui s’aiment ainsi. Dans ce refus des conventions de l’apparence, ces gais vont souvent, eux aussi, se mettre en relation avec des hommes qui leur ressemblent beaucoup.

    Un phénomène connexe s’ajoute aux gais qui fourrent leurs « jumeaux » : celui des homosexuels qui deviennent, avec le temps, une copie conforme de leur partenaire. Je ne parle pas ici du petit plaisir que nous avons, en tant qu’humains attirés par des personnes de même sexe, de pouvoir emprunter une chemise, un pantalon ou un chandail à notre amoureux, mais bien des couples qui se transforment en duos de clones. Des amoureux qui, un jour, adoptent le même look vestimentaire, la même coupe de cheveux et la même barbe. Combien de fois ai-je vu, dans les rues de Montréal, des tandems formés par des hommes qui se ressemblent tellement qu’on dirait une situation arrangée avec le gars des vues ?

    Peut-être que vous lisez cette chronique en vous disant que je réfléchis à un détail futile. Peut-être que j’accorde trop d’importance aux « jumeaux » qui tombent en amour. Peut-être que cette réalité observée des centaines de fois me surprend plus que vous, parce qu’il y a peu d’hommes à qui je ressemble assez pour faire partie de ce phénomène. Avec ma taille de géant, mes cheveux longs bouclés, les traits de mon visage que d’autres ont souvent décrits comme peu conventionnels et certains vêtements moins communs, les probabilités que j’aie un crush sur mon clone sont assez minces.

    Cela dit, je me questionne. Est-ce que le fait de côtoyer quelqu’un au quotidien peut nous pousser, sans trop nous en rendre compte, à adopter les choix de notre partenaire ? Ou y a-t-il plutôt une évolution — inconsciente, bien sûr — qui entraîne certains individus à perdre leur unicité ? Comme si c’était rassurant de devenir l’autre et de suivre un chemin tracé par autrui, au lieu de s’interroger sur ses propres désirs. Au fond, je ne doute pas que ces amoureux soient heureux, mais j’ai du mal à voir la joie de se départir de ce qui nous rend uniques.

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