Mardi, 9 août 2022
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    Homme de cœur, Hector Gomez nous a brutalement quittés  

    Ce début d’année a été marqué par le décès accidentel d’Hector Gomez. Renversé par un véhicule le 7 janvier dernier à Rivière-Rouge dans les Laurentides, la ville dans laquelle il résidait et travaillait. 

    Un choc pour le milieu communautaire où il était bien connu et les réseaux sociaux ont rapidement relaté la nouvelle. Les témoignages de tristesse se sont alors multipliés, les photos aussi où Hector Gomez apparaissait toujours avec le sourire aux lèvres. 
     
    On parle souvent d’intégration des immigrants et s’il en fut une qui a été particulièrement réussie, c’est celle de cet homme d’origine colombienne arrivé au Québec comme réfugié politique en 2000. Victime d’homophobie et ne pouvant trouver de véritable soutien de la part des autorités, c’est vers le Canada que son choix s’est porté. 
     
    C’est à Québec qu’il commence sa nouvelle vie, mais il est encore marqué par ce qu’il a vécu en Colombie et, comme il le dira dans une entrevue pour Fugues publiée en 2012 : « À l’époque, j’étais vulnérable et solitaire ». Comme il l’avait été tout au long de sa jeunesse, avec une grande difficulté à s’affirmer et à s’accepter. Son long cheminement vers une acceptation complète changera définitivement sa façon d’être. De fait et se fondant sur sa propre expérience, il se rendra compte que l’affirmation de soi passe aussi par le rejet de la culpabilité. 
     
    Quelques années plus tard, il déménage à Montréal et trouve sa voie en s’investissant dans un groupe de discussion aujourd’hui disparu, le GDM (le groupe du mercredi). Se fondant sur le schéma du groupe de discussion et avec l’aide de celui-ci, il forme un groupe pour les hispanophones gais, qui portera quelque temps plus tard le nom de ADA (Au-delà de l’arc-en-ciel). Il anime au même moment une émission de radio, El armario abierto (Le placard ouvert).

    Hector rencontre aussi les autres acteurs et actrices du milieu communautaire, comme en témoigne Marie Houzeau, directrice générale du GRIS-Montréal et qui a bien connu Hector : « J’ai rencontré Hector en 2009 et l’on s’est retrouvé ensuite lors d’activités que le GRIS organisait le 17 mai au parc Lafontaine en association avec les groupes multiculturels comme Afrique
    d’Arc-en-ciel et bien sûr ADA. » Ce qui a marqué Marie Houzeau au cours de toutes les années où elle a fréquenté Hector, c’était son engagement à démystifier l’homosexualité auprès de la population. « Hector croyait fermement à la sensibilisation et pour cela il allait sur le terrain dans les quartiers de Montréal à forte population multiculturelle. Il distribuait des pamphlets et aimait entamer des discussions avec les gens qu’ils croisaient lors de ces interventions aux portes des métros ou dans le métro ».

    Hector Gomez


    En parallèle de son parcours communautaire, Hector entreprend des cours pour obtenir un baccalauréat en travail social. Des études qu’il avait évité de choisir en Colombie, préférant celles d’architecte. Il souhaite mettre à profit des valeurs qu’il défend depuis longtemps, comme l’humanisme. Avec ces différentes activités communautaires, il gagne de la confiance en lui et souhaite que les immigrants hispanophones LGBT ne vivent pas la même chose que ce qu’il a vécu en arrivant à Québec : l’isolement et l’insécurité. 
     
    Son baccalauréat en travail social en poche, il rejoindra l’organisme REZO où, bien évidemment, il s’intéressera aux communautés culturelles avant d’accepter un poste dans les Laurentides, à Rivière-Rouge. 
     
    Marie Houzeau se souvient de sa personnalité attachante et résume bien tout ce que l’on a pu lire dans les commentaires sur les réseaux sociaux : « C’était quelqu’un de simple, sans malice, extrêmement doux, je ne l’ai jamais vu se fâcher, et surtout il était tout le temps enthousiaste, toujours prêt à rendre service, c’est une grande perte, nous perdons un véritable ami ». 
     
    Depuis son arrivée au Québec, Hector Gomez n’a jamais dévié des lignes qu’il s’était fixées et qu’il portait avec fierté et enthousiasme et il n’avait pas encore dit son dernier mot, ni même accompli la mission qu’il s’était donnée. Ses propos qui concluaient son entrevue pour Fugues restent encore d’actualité et doivent continuer à nous inspirer : « Je me rends compte que l’homophobie est plus une question de méconnaissance que de haine. Et nous devons surtout lutter contre l’homophobie intériorisée, nous affirmer plus. Chaque personne doit faire son cheminement, porter de bonnes valeurs, être solidaire pour une cause. J’ai pu ainsi développer une grande force en moi-même. Mon seul conseil : sortez-vous de vous-même, montrez-vous comme vous êtes, et plus loin, au-delà du Village… » 
     

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